LES ACTES DES SAINTS APOTRES

LES ACTES

DES

SAINTS APOTRES 

________ 

Chapitres  Chapitre I.   Chapitre II.  Chapitre III.   Chapitre IV.   Chapitre V.   Chapitre VI.   Chapitre VII. Chapitre VIII.  Chapitre IX. Chapitre X.  Chapitre XI.   Chapitre XII.  Chapitre XIII.   Chapitre XIV. Chapitre XV.  Chapitre XVI.  Chapitre XVII.  Chapitre XVIII.  Chapitre XIX.   Chapitre XX.   Chapitre XXI.  Chapitre XXII.   Chapitre XXIII.   Chapitre XXIV.   Chapitre XXV.   Chapitre XXVI. Chapitre XXVII.  Chapitre XXVIII  Livres

ARGUMENT 

St. Luc raconte dans ce livre comment la religion chrétienne s’établit après l’ascension de Jésus-Christ, premièrement à Jérusalem et ensuite en divers autres lieux par le moyen des apôtres et principalement par le ministère de Saint Pierre et de Saint Paul. Cette histoire comprend le temps qui s’est écoulé depuis l’ascension de Jésus-Christ jusqu’au premier emprisonnement de St. Paul à Rome, ce qui fait l’espace d’environ vingt-huit ans. 

CHAPITRE I.

Dans le premier chapitre, Saint Luc rapporte deux choses :

I. L’ascension de notre Seigneur.

II. L’établissement de Saint Matthias dans la charge d’apôtre. 

1 J’ai parlé dans mon premier livre, ô Théophile, de toutes les choses que Jésus a faites et a enseignées,

2 Jusqu’au jour qu’il fut élevé dans le ciel, après avoir donné ses ordres, par le Saint-Esprit, aux apôtres qu’il avait choisis ;

3 auxquels aussi, après qu’il eut souffert, il se montra lui-même vivant, et leur en donna plusieurs preuves, se faisant voir à eux pendant quarante jours, et leur parlant de ce qui regarde le royaume de Dieu.

4 Et les ayant assemblés, il leur commanda de ne point partir de Jérusalem, mais d’y attendre la promesse du Père, laquelle, dit-il, vous avez ouïe de moi.

5 Car Jean a baptisé d’eau, mais vous serez baptisés du Saint-Esprit dans peu de jours.

6 Eux donc, étant assemblés, lui demandèrent : Seigneur, sera-ce en ce temps que tu rétabliras le royaume d’Israël ?

7 Mais il leur dit : Ce n’est pas à vous de savoir les temps ou les moments dont le Père a réservé la disposition à sa propre puissance.

8 Mais vous recevrez la vertu du Saint-Esprit, qui descendra sur vous ; et vous me servirez de témoins, tant à Jérusalem que dans toute la Judée, et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.

9 Et après qu’il eut dit ces paroles, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée l’emporta de devant leurs yeux.

10 Et comme ils avaient les yeux attachés au ciel pendant qu’il y montait, deux hommes se présentèrent devant eux en vêtements blancs,

11 Et leur dirent : Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé d’avec vous dans le ciel, en reviendra de la même manière que vous l’y avez vu monter.

12 Alors ils s’en retournèrent à Jérusalem, de la montagne qu’on appelle des Oliviers, qui est près de Jérusalem, l’espace du chemin d'un sabbat.

13 Et quand ils furent arrivés, ils montèrent dans une chambre haute, où demeuraient Pierre, Jacques, Jean, André, Philippe, Thomas, Barthélemi, Matthieu. Jacques, fils d’Alphée, Simon Zélote, et Jude, frère de Jacques.

14 Tous ceux-là persévéraient d’un commun accord dans la prière et dans l’oraison, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec ses frères.

15 En ces jours-là Pierre se leva au milieu des disciples, qui étaient assemblés au nombre d’environ cent vingt personnes, et il leur dit :

16 Mes frères, il fallait que ce que le Saint-Esprit a prédit dans l’Ecriture, par la bouche de David, touchant Judas, qui a été le conducteur de ceux qui ont pris Jésus, fût accompli.

17 Car il était de notre nombre, et il avait eu sa part à ce ministère.

18 Mais, après avoir acquis un champ, du salaire de son crime, il s’est précipité, il a crevé par le milieu, et toutes ses entrailles ont été répandues ;

19 ce qui a été si connu de tous les habitants de Jérusalem, que ce champ-là a été appelé en leur propre langue, Haceldama, c’est-à-dire, le champ du sang.

20 Aussi est-il écrit dans le livre des psaumes : Que sa demeure devienne déserte, et qu’il n’y ait personne qui l’habite ; et : Qu’un autre prenne sa charge.

21 Il faut donc que de ceux qui ont été avec nous pendant tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu parmi nous,

22 depuis le baptême de Jean, jusqu’au jour que le Seigneur a été enlevé d’avec nous, il y en ait un qui soit témoin avec nous de sa résurrection.

23 Alors ils en présentèrent deux : Joseph, appelé Barsabas, surnommé Juste, et Matthias.

24 Et priant, ils dirent : Toi, Seigneur, qui connais les cœurs de tous, montre-nous lequel de ces deux tu as choisi ;

25 afin qu’il ait part au ministère et à l’apostolat que Judas a abandonné pour s’en aller en son lieu.

26 Et ils jetèrent le sort sur eux ; et le sort tomba sur Matthias, qui, d’un commun accord, fut mis au rang des onze apôtres. 

REFLEXIONS

La première partie de ce chapitre nous apprend que notre Seigneur, étant ressuscité, demeura pendant quarante jours sur la terre pour persuader d’autant mieux les apôtres de la vérité de sa résurrection et pour leur donner les instructions qui leur étaient nécessaires. Au bout de ces quarante jours, il fut élevé au Ciel en leur présence parce qu’ils devaient être tous témoins de cet événement et des anges leur apparurent alors qui les assurèrent que Jésus était monté au Ciel et qu’il en reviendrait au dernier jour. Nous avons en cela des preuves très convaincantes de l’ascension de Jésus-Christ et de la certitude   de son dernier retour. Ces vérités étant attestées par le témoignage des apôtres, par celui des anges aussi bien que par des effets merveilleux qui suivirent l’élévation de Jésus-Christ dans la gloire céleste. Notre Seigneur étant ainsi monté au Ciel, tous les hommes doivent reconnaître qu’il a une souveraine puissance sur toutes choses et que son règne est spirituel et céleste. Cela doit aussi nous engager à avoir sans cesse nos pensées et nos désirs élevés vers ce séjour glorieux où notre Seigneur est à la droite de Dieu son Père et où il nous prépare des demeures éternelles et à vivre une pratique continuelle de la piété en attendant son retour.

Dans la seconde partie de ce chapitre, il y a deux choses principales à remarquer :

L’une que les assemblées religieuses sont autorisées par l’exemple des apôtres et des premiers disciples de Jésus-Christ, lesquels, après que notre Seigneur fut monté au Ciel, étaient ordinairement assemblés pour vaquer à la prière et à l’oraison.

L’autre que, comme Jésus avait choisi douze apôtres, l’un des premiers soins de St. Pierre et de ses collègues fut d’établir un apôtre à la place de Judas, que pour cet effet ils présentèrent deux hommes qui avaient été les témoins de la vie et de la résurrection de Jésus-Christ, mais qu’ils jetèrent le sort sur eux et qu’ils prièrent le Seigneur de montrer lequel des deux il avait élu, parce que les apôtres devaient être choisis immédiatement par Jésus-Christ lui-même.

CHAPITRE II.

Saint Luc rapporte quatre choses dans ce chapitre :

I. Comment les apôtres reçurent le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte.

II. Le discours que Saint Pierre fit aux Juifs ce jour-là.

III. L’effet de ce discours qui fut la conversion de trois milles personnes.

IV. L’état où était alors l’église de Jérusalem. 

1 Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils étaient tous d’un accord dans un même lieu.

2 Alors il se fit tout à coup un bruit qui venait du ciel, comme le bruit d’un vent qui souffle avec impétuosité ; et il remplit toute la maison où ils étaient.

3 Et ils virent paraître des langues séparées les unes des autres, qui étaient comme de feu, et qui se posèrent sur chacun d’eux.

4 Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler des langues étrangères, selon que l’Esprit les faisait parler.

5 Or, il y avait alors à Jérusalem des Juifs craignant Dieu, de toutes les nations qui sont sous le ciel.

6 Après donc que le bruit s’en fut répandu, il s’assembla une multitude de gens, qui furent tout étonnés de ce que chacun d’eux les entendait parler en sa propre langue.

7 Et ils en étaient tous hors d’eux-mêmes et dans l’admiration, se disant les uns aux autres : Ces gens-là qui parlent, ne sont-ils pas tous Galiléens ?

8 Comment donc les entendons-nous parler chacun la propre langue du pays où nous sommes nés ?

9 Parthes, Mèdes, Elamites, ceux qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont et l’Asie,

10 la Phrygie, la Pamphylie, l’Egypte, les quartiers de la Libye qui est près de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome ;

11 tant Juifs que Prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler en nos langues des choses magnifiques de Dieu.

12 Ils étaient donc tous étonnés, et ne savaient que penser, se disant l’un à l’autre : Que veut dire ceci ?

13 Et les autres, se moquant, disaient : C’est qu’ils sont pleins de vin doux.

14 Mais Pierre, se présentant avec les onze, éleva sa voix, et leur dit : Hommes Juifs, et vous tous qui habitez à Jérusalem, sachez ceci, et écoutez avec attention mes paroles :

15 Ces gens-ci ne sont point ivres, comme vous le pensez, puisqu’il n’est encore que la troisième heure du jour.

16 Mais c’est ici ce qui a été prédit par le prophète Joël :

17 Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; vos fils prophétiseront, et vos filles aussi ; vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes.

18 Et dans ces jours-là, je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes, et ils prophétiseront ;

19 et je ferai des prodiges en haut dans le ciel, et des signes en bas sur la terre, du sang et du feu, et une vapeur de fumée ;

20 le soleil sera changé en ténèbres, et la lune en sang, avant que le grand et illustre jour du Seigneur vienne ;

21 et il arrivera que quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

22 Hommes Israélites, écoutez ceci : Jésus le Nazarien, homme approuvé de Dieu parmi vous par les effets de sa puissance, par les merveilles et par les miracles que Dieu a faits par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ;

23 ce Jésus ayant été livré par la volonté déterminée et selon la prescience de Dieu, vous l’avez pris, et vous l’avez fait mourir par les mains des méchants, l’ayant attaché à la croix.

24 Mais Dieu l’a ressuscité, ayant rompu les liens de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il y fût retenu.

25 Car David dit de lui : Je voyais toujours le Seigneur devant moi, parce qu’il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé.

26 C’est pour cela que mon cœur s’est réjoui, et que ma langue a fait éclater sa joie, et même ma chair reposera dans l’espérance ;

27 parce que tu ne me laisseras point dans le sépulcre, et tu ne permettras point que ton Saint sente la corruption.

28 Tu m’as fait connaître le chemin de la vie : tu me rempliras de joie en me faisant voir ta face.

29 Mes frères, je puis bien vous dire avec assurance, touchant le patriarche David, qu’il est mort, et qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est encore aujourd’hui parmi nous.

30 Mais étant prophète, et sachant que Dieu lui avait promis avec serment qu’il ferait naître le Christ de sa postérité selon la chair, pour le faire asseoir sur son trône ;

31 prévoyant cela, il a parlé de la résurrection du Christ, disant, qu’il n’a point été laissé dans le sépulcre, et que sa chair n’a point senti la corruption.

32 Dieu a ressuscité ce Jésus ; et nous en sommes tous témoins.

33 Après donc qu’il a été élevé par la droite de Dieu, et qu’il a reçu de son Père le Saint-Esprit qui avait été promis, il a répandu ce que vous voyez et que vous entendez maintenant.

34 Car David n’est point monté au ciel, mais il a dit lui-même : L’Eternel a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite,

35 jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis pour te servir de marchepied.

36 Que toute la maison d’Israël sache donc certainement que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié.

37 Ayant ouï ces choses, ils furent touchés de componction en leur cœur, et ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : Hommes frères, que ferons-nous ?

38 Et Pierre leur dit : Convertissez-vous ; et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour obtenir la rémission des péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit.

39 Car la promesse a été faite à vous et à vos enfants, et à tous ceux qui sont éloignés, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera.

40 Et il les pressait par plusieurs autres discours, et les exhortait, en leur disant : Sauvez-vous du milieu de cette race perverse.

41 Ceux donc qui reçurent de bon cœur sa parole, furent baptisés ; et il y eut environ trois mille personnes qui furent ajoutées ce jour-là à l’Eglise.

42 Or, ils persévéraient tous dans la doctrine des apôtres, dans la communion, dans la fraction du pain et dans les prières.

43 Et tout le monde avait de la crainte, et il se faisait beaucoup de miracles et de prodiges par les apôtres.

44 Et tous ceux qui croyaient, étaient ensemble dans un même lieu, et avaient toutes choses communes ;

45 ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon le besoin que chacun en avait.

46 Et ils étaient tous les jours assidus au temple d’un commun accord ; et rompant le pain de maison en maison, ils prenaient leurs repas avec joie et simplicité de cœur ;

47 louant Dieu, et étant agréables à tout le peuple ; et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’Eglise des gens pour être sauvés.

REFLEXIONS

Il faut remarquer en premier lieu sur ce chapitre que Jésus-Christ, en faisant descendre le Saint-Esprit sur les apôtres, accomplit les promesses qu’il leur avait faites de leur envoyer cet Esprit après son départ et qu’il leur donna en cela des preuves certaines et indubitables de son élévation au Ciel. Il leur communiqua le don de parler toutes sortes de langues pour leur montrer qu’ils devaient annoncer l’Évangile à tous les peuples du monde et pour les mettre en état de le faire. Et cette merveille arriva un jour solennel et en présence d’une grande multitude de personnes qui étaient venues à Jérusalem de divers pays étrangers, afin que le bruit de cet événement miraculeux se répandît de tous côtés et que cela servit à faire recevoir la prédication des apôtres.

II. Le but de ce discours que St. Pierre fit aux Juifs était de leur apprendre que ce qui venait d’arriver avait été prédit par le prophète Joël, que ce Jésus qu’ils avaient crucifié était ressuscité, que Dieu l’avait élevé au Ciel, que c’était lui qui venait de répandre sur les apôtres le don de parler diverses langues et que tous les hommes devaient le regarder comme le Messie et comme leur Seigneur et leur Roi. C’est aussi là la substance de l’Évangile et ce qu’il faut croire touchant Jésus-Christ.

III. La conversion de ces trois mille Juifs qui reçurent le baptême en ce jour-là fut une preuve admirable de l’efficace de la prédication de Saint Pierre et leur exemple nous montre qu’une vive componction de cœur et une humble docilité qui dispose le pécheur à suivre tout ce qu’il plaira à Dieu de lui prescrire est le caractère des vrais pénitents et le sûr moyen de s’amender et d’entrer dans les voies du salut.

IV. Enfin, on doit faire l’attention la plus sérieuse à ce que Saint Luc rapporte dans ce chapitre de la piété de ces premiers chrétiens, de leur assiduité à la prière, à la célébration de l’eucharistie et aux autres exercices religieux, de l’union admirable qu’il y avait entre eux, de leur charité et en général de l’innocence et de la simplicité de leurs mœurs. À tous ces égards, ces anciens fidèles qui composaient l’église de Jérusalem doivent servir de modèle à toutes les églises et à apprendre aux chrétiens de tous les temps à être zélés et assidus à la prière et à toutes les parties du service divin, à vivre dans la paix et dans la concorde, à pratiquer les œuvres de charité et à se rendre agréable à Dieu et aux hommes par des mœurs pures et par la sainteté de leur conduite. 

CHAPITRE III.

Ce chapitre contient :

Le récit d’un miracle que Saint Pierre fit en guérissant un homme perclus de ses membres.

Ce que cet apôtre dit aux Juifs pour leur apprendre que ce miracle avait été fait au nom de Jésus-Christ.

 1 Quelques jours après, Pierre et Jean montaient ensemble au temple à l’heure de la prière, qui était la neuvième du jour.

2 Et il y avait un homme qui était impotent dès sa naissance, qu’on portait, et qu’on mettait tous les jours à la porte du temple appelée la belle porte, pour demander l’aumône à ceux qui entraient dans le temple.

3 Cet homme, voyant Pierre et Jean qui allaient entrer dans le temple, les pria de lui donner l’aumône.

4 Mais Pierre et Jean ayant les yeux arrêtés sur lui, Pierre lui dit : Regarde-nous.

5 Et il les regardait attentivement, s’attendant à recevoir quelque chose d’eux.

6 Alors Pierre lui dit : Je n’ai ni argent, ni or ; mais ce que j’ai, je te le donne ; au nom de Jésus-Christ de Nazareth, lève-toi et marche.

7 Et l’ayant pris par la main droite, il le leva ; et à l'instant les plantes et les chevilles de ses pieds devinrent fermes ;

8 et il se leva debout en sautant, il marcha, et il entra avec eux dans le temple, marchant, sautant et louant Dieu.

9 Et tout le peuple le vit qui marchait et qui louait Dieu.

10 Et ils reconnurent que c’était celui-là même qui était à la belle porte du temple, pour demander l’aumône ; et ils furent remplis d’admiration et d’étonnement de ce qui lui était arrivé.

11 Et comme l’impotent qui avait été guéri, tenait par la main Pierre et Jean, tout le peuple étonné courut à eux au portique qu'on appelle de Salomon.

12 Mais Pierre, voyant cela, dit au peuple : Hommes Israélites, pourquoi vous étonnez-vous de ceci ? ou pourquoi avez-vous les yeux arrêtés sur nous, comme si c’était par notre propre puissance, ou par notre piété que nous eussions fait marcher cet homme ?

13 Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères a glorifié son Fils Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate, quoiqu’il jugeât qu’il devait être relâché.

14 Mais vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier ;

15 et vous avez fait mourir le Prince de la vie, que Dieu a ressuscité des morts : de quoi nous sommes témoins.

16 C’est par la foi en son nom, que son nom a raffermi cet homme que vous voyez et que vous connaissez ; et c’est la foi que nous avons en lui qui a opéré dans cet homme cette parfaite guérison en présence de vous tous.

17 Et maintenant, mes frères, je sais que vous l’avez fait par ignorance, aussi bien que vos conducteurs.

18 Mais c’est ainsi que Dieu a accompli ce qu’il avait prédit par la bouche de tous ses prophètes, que le Christ devait souffrir.

19 Amendez-vous donc et vous convertissez, afin que vos péchés soient effacés.

20 Quand les temps du rafraîchissement seront venus de la part du Seigneur, et qu’il aura envoyé Jésus-Christ, qui vous a été annoncé auparavant,

21 lequel il faut que le ciel contienne jusqu’au temps du rétablissement de toutes les choses, dont Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes, dès le commencement.

22 Car Moïse a dit à nos pères : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera, d’entre vos frères, un prophète comme moi, écoutez-le en tout ce qu’il vous dira.

23 Et quiconque n’écoutera pas ce prophète, sera exterminé du milieu de son peuple.

24 Tous les prophètes qui ont parlé depuis Samuel, et ceux qui l’ont suivi, ont aussi prédit ces jours-ci.

25 Vous êtes les enfants des prophètes, et de l’alliance que Dieu a traitée avec nos pères, en disant à Abraham : Toutes les familles de la terre seront bénies en ta postérité.

26 C’est pour vous premièrement que Dieu, ayant suscité son Fils Jésus, l'a envoyé pour vous bénir, en retirant chacun de vous de vos iniquités. 

REFLEXIONS

L’histoire de la guérison de cet homme qui était perclus montre qu’aussitôt après l’ascension de notre Seigneur, les apôtres firent voir aux yeux de tous les Juifs par des miracles éclatants que Jésus-Christ était élevé au Ciel et qu’il leur avait donné le pouvoir de faire des miracles semblables aux siens. Ce fut par ce moyen que l’Évangile continua à faire de grands progrès dans la ville de Jérusalem, tout le peuple ayant été rempli d’admiration à la vue de cette guérison miraculeuse.

II. On doit remarquer après cela dans le discours de St. Pierre le zèle et la hardiesse avec laquelle cet apôtre reprocha aux Juifs le crime qu’ils avaient commis en crucifiant Jésus-Christ et leur déclara ouvertement que ce Jésus était le Messie dont tous les prophètes avaient prédit la venue. C’est ainsi qu’il faut toujours confesser le nom de notre Seigneur et rendre un témoignage authentique à la vérité.

III. On voit ici que bien que les Juifs eussent crucifié le fils de Dieu, Pierre ne laissa pas de les exhorter à la repentance et qu’il leur promet que leurs péchés seraient effacés pourvu qu’ils se convertissent et qu’ils ne s’obstinassent pas dans leur incrédulité. D’où nous devons recueillir que le retour à la grâce de Dieu est ouvert à tous ceux qui se repentent et qui s’amendent, quelques coupables qu’ils soient.

IV. Enfin, Saint Pierre nous apprend que Jésus est ce grand prophète dont Moïse avait parlé et duquel Dieu a dit : qu’on doit l’écouter en tout ce qu’il dira et que ceux qui refuseront de l’écouter seront retranchés de son peuple.

C’est cela même que Saint Pierre marque dans le dernier verset de ce chapitre en disant : que Dieu a envoyé son fils Jésus pour nous bénir en nous retirant chacun de nous de nos péchés.

Le but de l’envoi du fils de Dieu a donc été de retirer les hommes de leurs vices et ce n’est que par là qu’ils peuvent avoir part à la bénédiction que ce grand Sauveur a apportée au monde. 

CHAPITRE IV.

Saint Luc rapporte :

I. L’emprisonnement de St. Pierre et de St. Jean,

II. Leur comparution devant le conseil des Juifs, et ce qui s’y passa.

III. Une prière qu’ils firent à Dieu après qu’on leur eut défendu avec de sévères menaces de plus parler au nom de Jésus-Christ.

IV. L’état de l’église de Jérusalem et surtout de l’admirable charité qui y régnait. 

1 Mais comme Pierre et Jean parlaient au peuple, les sacrificateurs, le capitaine du temple et les sadducéens survinrent,

2 étant fort en peine de ce qu’ils enseignaient le peuple, et de ce qu’ils annonçaient la résurrection des morts au nom de Jésus.

3 Et s’étant saisis d’eux, ils les mirent en prison jusqu’au lendemain, parce qu’il était déjà tard.

4 Cependant, plusieurs de ceux qui avaient entendu la parole, crurent, et le nombre de ces personnes fut d’environ cinq mille.

5 Mais il arriva, le lendemain, que les chefs du peuple, les sénateurs et les scribes s’assemblèrent à Jérusalem,

6 Avec Anne, le souverain sacrificateur, Caïphe, Jean, Alexandre et tous ceux qui étaient de la race sacerdotale ;

7 et ayant fait paraître au milieu d’eux Pierre et Jean, ils leur dirent : Par quel pouvoir, ou au nom de qui avez-vous fait ceci ?

8 Alors Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit : Chefs du peuple, et vous, sénateurs d’Israël,

9 puisque nous sommes aujourd’hui recherchés pour avoir fait du bien à un homme impotent, afin de savoir par quel moyen il a été guéri ;

10 sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que c’est au nom de Jésus-Christ de Nazareth, que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité des morts ; c’est par lui que cet homme se présente guéri devant vous.

11 C’est cette pierre qui a été rejetée par vous qui bâtissez, qui a été faite la principale pierre de l’angle.

12 Et il n’y a point de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés.

13 Eux voyant la hardiesse de Pierre et de Jean, et sachant que c’étaient des hommes sans lettres et du commun peuple, ils étaient dans l’étonnement, et ils reconnaissaient qu’ils avaient été avec Jésus.

14 Et voyant que l’homme qui avait été guéri était présent avec eux, ils n’avaient rien à opposer.

15 Alors leur ayant commandé de sortir du conseil, ils consultèrent entre eux,

16 disant : Que ferons-nous à ces gens-ci ? car c’est une chose connue à tous les habitants de Jérusalem, qu’ils ont fait un miracle ; cela est évident, et nous ne pouvons pas le nier.

17 Mais afin que cela ne se répande pas davantage parmi le peuple, défendons-leur, avec de grandes menaces, de parler à qui que ce soit en ce nom-là.

18 Et les ayant rappelés, ils leur défendirent absolument de parler, ni d’enseigner en aucune manière au nom de Jésus.

19 Mais Pierre et Jean leur répondirent : Jugez vous-mêmes s’il est juste devant Dieu, de vous obéir plutôt qu’à Dieu.

20 Car pour nous, nous ne pouvons pas ne point parler des choses que nous avons vues et que nous avons entendues.

21 Ils les renvoyèrent donc avec de grandes menaces, ne trouvant pas le moyen de les punir à cause du peuple ; parce que tous glorifiaient Dieu de ce qui était arrivé.

22 Car l’homme sur qui cette miraculeuse guérison avait été faite, avait plus de quarante ans.

23 Après qu’on les eut laissés aller, ils vinrent vers leurs frères, et leur racontèrent tout ce que les principaux sacrificateurs et les sénateurs leur avaient dit.

24 Ce qu’ayant entendu, ils élevèrent tous d’un accord leur voix à Dieu, et dirent : Seigneur, tu es le Dieu qui a fait le ciel, la terre, et la mer, et toutes les choses qui y sont ;

25 et qui a dit par la bouche de David ton serviteur : Pourquoi les nations se sont-elles émues, et pourquoi les peuples ont-ils projeté des choses vaines ?

26 Les rois de la terre se sont soulevés, et les princes se sont assemblés contre le Seigneur et contre son Oint.

27 Car en effet, Hérode et Ponce-Pilate, avec les Gentils et le peuple d’Israël, se sont assemblés contre ton saint Fils Jésus, que tu as oint,

28 Pour faire toutes les choses que ta main et ton conseil avaient auparavant déterminé devoir être faites.

29 Maintenant donc, Seigneur, regarde à leurs menaces, et donne à tes serviteurs d’annoncer ta parole avec une pleine hardiesse ;

30 en étendant ta main, afin qu’il se fasse des guérisons, des miracles et des merveilles par le nom de ton Saint Fils Jésus.

31 Lorsqu’ils eurent prié, le lieu où ils étaient assemblés trembla ; et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils annonçaient la parole de Dieu avec hardiesse.

32 Or, la multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme ; et personne ne disait que ce qu’il possédait fût à lui en particulier ; mais toutes choses étaient communes entre eux.

33 Et les apôtres rendaient témoignage, avec beaucoup de force, de la résurrection du Seigneur Jésus ; et il y avait une grande grâce sur eux tous.

34 Car il n’y avait personne parmi eux qui fût dans l’indigence ; parce que tous ceux qui possédaient des fonds de terre, ou des maisons, les vendaient, et apportaient le prix de ce qu’ils avaient vendu.

35 Ils le mettaient aux pieds des apôtres ; et on le distribuait à chacun selon qu’il en avait besoin.

36 Ainsi Joses, surnommé par les apôtres Barnabas, c’est-à-dire fils de consolation, qui était lévite et originaire de Chypre,

37 ayant un fonds de terre, le vendit, et en apporta le prix, et le mit aux pieds des apôtres. 

REFLEXIONS

On voit premièrement dans ce chapitre l’accomplissement de ce que Jésus-Christ avait prédit aux apôtres, savoir qu’ils seraient mis en prison et menés devant les magistrats à cause de lui, mais on remarque aussi que les rigueurs qu’on exerçait contre eux n’ébranlaient point leur confiance et que le nombre de chrétiens croissait chaque jour nonobstant les oppositions des Juifs.

II. Les apôtres paraissant devant le conseil y parlèrent avec sainte hardiesse et avec tant de force que leurs ennemis en étaient étonnés et qu’ils n’avaient rien à leur opposer. C’est là un effet de la vertu divine dont les apôtres étaient revêtus et des promesses que Jésus-Christ leur avaient faites de les fortifier et de leur donner une sagesse à laquelle personne ne pourrait résister.

III. St. Pierre et St. Jean firent encore paraître leur zèle lorsque le magistrat leur ayant défendu de plus annoncer l’Évangile, ils répondirent : qu’il n’était pas juste d’obéir aux hommes plutôt qu’à Dieu.

Cette généreuse résolution des apôtres montre qu’il n’y a rien au monde qui doive nous empêcher d’obéir à Dieu et qu’en particulier les ministres du Seigneur, qui par des égards mondains ou par la crainte des hommes n’osent pas dire et faire tout ce que Dieu leur commande, sont des lâches et des prévaricateurs.

IV. On voit dans l’ardente prière que les apôtres présentèrent à Dieu pour implorer son secours, le courage et la confiance dont ils étaient animés. Et les marques que Dieu leur donna de sa présence et de sa faveur en faisant trembler le lieu où ils étaient assemblés les assurèrent que Dieu agréait et exauçait leur prière et qu’il les couvrirait de sa protection. On a toujours un secours puissant et une ressource sûre dans la prière lorsqu’on craint Dieu et qu’on n’a en vue que sa gloire. Dieu ne manque jamais d’exaucer ceux qui l’invoquent ainsi et quand on défend sa cause, on doit se mettre peu en peine des vains efforts des hommes.

V. Ce qui est dit sur la fin de ce chapitre de l’union qu’il y avait entre les fidèles de Jérusalem et de l’usage qu’ils faisaient de leurs biens fait voir que l’esprit du christianisme est un esprit de paix et de concorde, que les vrais chrétiens ne sont qu’un cœur et qu’une âme et qu’ils exercent avec plaisir et libéralement la charité envers les nécessiteux. 

CHAPITRE V.

St Luc fait l’histoire du péché d’Ananias et de Saphira et de la punition que Dieu en fit.

II. Il parle ensuite des miracles des apôtres et des progrès merveilleux que l’Évangile faisait à Jérusalem.

III. Les apôtres sont mis en prison une seconde fois, mais Dieu les en délivre par un ange et ils continuent à annoncer l’Évangile.

IV. Ils paraissent encore devant le conseil qui les condamne à être fouettés et qui leur défend de plus parler de Jésus-Christ et de sa doctrine. 

1 Mais un certain homme nommé Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une possession ;

2 et il retint une partie du prix, du consentement de sa femme, et il en apporta le reste, et le mit aux pieds des apôtres.

3 Mais Pierre lui dit : Ananias, pourquoi Satan s’est-il emparé de ton cœur, pour te faire mentir au Saint-Esprit, et détourner une partie du prix de ce fonds de terre ?

4 Si tu l’eusses gardé, ne te demeurait-il pas ? et l’ayant vendu, n’était-il pas en ton pouvoir d’en garder le prix ? Comment cela a-t-il pu entrer dans ton cœur ? Ce n’est pas aux hommes que tu as menti, mais c’est à Dieu.

5 Ananias, à l’ouïe de ces paroles, tomba, et rendit l’esprit ; ce qui causa une grande crainte à tous ceux qui en entendirent parler.

6 Et quelques jeunes gens se levant, le prirent, l’emportèrent, et l’ensevelirent.

7 Environ trois heures après, sa femme ne sachant rien de ce qui était arrivé, entra.

8 Et Pierre prenant la parole, lui dit : Dis-moi, avez-vous vendu le fonds de terre autant ? Et elle dit : Oui, nous l’avons vendu autant.

9 Alors Pierre lui dit : Pourquoi vous êtes-vous accordés ensemble pour tenter l’Esprit du Seigneur ? Voilà, ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront.

10 Au même instant elle tomba à ses pieds et rendit l’esprit. Et ces jeunes gens étant entrés, ils la trouvèrent morte, et ils l’emportèrent, et l’ensevelirent auprès de son mari.

11 Cela donna une grande crainte à toute l’Eglise et à tous ceux qui en entendirent parler.

12 Et il se faisait beaucoup de miracles et de prodiges parmi le peuple, par le moyen des apôtres, et ils étaient tous d’un accord dans le portique de Salomon.

13 Et aucun des autres n’osait se joindre à eux, mais le peuple leur donnait de grandes louanges.

14 Et la multitude de ceux qui croyaient au Seigneur, tant des hommes que des femmes, s’augmentait de plus en plus ;

15 jusque-là qu’on apportait les malades dans les rues, et on les mettait sur des lits et sur des couchettes, afin que quand Pierre viendrait à passer, son ombre du moins en couvrît quelques-uns.

16 Le peuple des villes voisines venait aussi en foule à Jérusalem ; et on y apportait les malades, et ceux qui étaient tourmentés par les esprits immondes, et tous étaient guéris.

17 Alors le souverain sacrificateur et tous ceux qui étaient avec lui, lesquels étaient de la secte des sadducéens, se levèrent et furent remplis d’envie.

18 Et ils se saisirent des apôtres, et les mirent dans la prison publique.

19 Mais un ange du Seigneur ouvrit, pendant la nuit, les portes de la prison, et les ayant fait sortir, il leur dit :

20 Allez, et vous présentant dans le temple, annoncez au peuple toutes les paroles de cette doctrine de la vie.

21 Ce qu’ayant ouï, ils entrèrent, dès le point du jour, dans le temple, et ils y enseignaient. Cependant le souverain sacrificateur étant arrivé, et ceux qui étaient avec lui, ils assemblèrent le conseil et tous les sénateurs du peuple d’Israël ; et ils envoyèrent à la prison pour faire amener les apôtres.

22 Mais les sergents y étant allés, ils ne les trouvèrent point dans la prison ; ainsi ils s’en retournèrent, et firent leur rapport,

23 Disant : Nous avons trouvé la prison bien fermée, et les gardes dehors, devant les portes ; mais l’ayant ouverte, nous n’avons trouvé personne dedans.

24 Le souverain sacrificateur, le capitaine du temple et les principaux sacrificateurs, ayant ouï cela, furent fort en peine au sujet des apôtres, ne sachant ce qui arriverait de tout cela.

25 Mais quelqu’un survint, qui leur fit ce rapport : Voilà ces gens que vous aviez mis en prison, qui sont dans le temple, et qui enseignent le peuple.

26 Alors le capitaine du temple, avec les huissiers, s’en alla, et il les amena, mais sans violence ; car ils craignaient d’être lapidés par le peuple.

27 Et les ayant amenés, ils les présentèrent au conseil. Et le souverain sacrificateur les interrogea, et leur dit :

28 Ne vous avons-nous pas défendu expressément d’enseigner en ce nom-là ? et vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine, et vous voulez faire venir sur nous le sang de cet homme.

29 Mais Pierre et les autres apôtres répondirent : Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

30 Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus, que vous avez fait mourir, le pendant au bois.

31 C’est lui que Dieu a élevé à sa droite, pour être le Prince et le Sauveur, afin de donner à Israël la repentance et la rémission des péchés.

32 Et nous lui sommes témoins de ces choses, aussi bien que le Saint-Esprit que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent.

33 Eux entendant cela, grinçaient les dents, et ils délibéraient de les faire mourir.

34 Mais un Pharisien, nommé Gamaliel, docteur de la loi, honoré de tout le peuple, se levant dans le conseil, commanda qu’on fît retirer les apôtres pour un peu de temps.

35 Et il leur dit : Hommes Israélites, prenez garde à ce que vous avez à faire à l’égard de ces gens.

36 Car il y a quelque temps que Theudas s’éleva, se disant être quelque chose ; auquel un nombre d’environ quatre cents hommes se joignit ; mais il fut tué, et tous ceux qui l’avaient cru furent dissipés et réduits à rien.

37 Après lui, s’éleva Judas le Galiléen, du temps du dénombrement, et il attira à lui un grand peuple ; mais il périt aussi, et tous ceux qui le crurent furent dispersés.

38 Je vous dis donc maintenant : Ne poursuivez plus ces gens-là, mais laissez-les en repos ; car si ce dessein est un ouvrage des hommes, il se détruira de lui-même ;

39 mais s’il vient de Dieu, vous ne pouvez le détruire, et prenez garde qu’il ne se trouve que vous avez fait la guerre à Dieu. Et ils furent de son avis.

40 Et ils firent rentrer les apôtres ; et après les avoir fait fouetter, ils leur défendirent de parler au nom de Jésus ; et ils les laissèrent aller.

41 Ils sortirent donc de devant le conseil, remplis de joie d’avoir été trouvés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus.

42 Et ils ne cessaient tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus-Christ, dans le temple et de maison en maison. 

REFLEXIONS

Il y a trois réflexions à faire sur l’histoire d’Ananias.

I. La première, que Dieu frappa de mort cet homme et sa femme pour avoir menti à St. Pierre, afin de donner de la crainte à tous les membres de l’église, de soutenir l’autorité des apôtres dans les commencement de la prédication de l’Évangile et de faire voir la divinité de la doctrine qu’ils annonçaient.

II. La seconde, que Dieu connait les cœurs et les choses cachées, que quand même on pourrait tromper les hommes, on ne saurait le tromper et que ceux qui mentent aux hommes et en particulier à leurs conducteurs spirituels dans des occasions où l’on est obligé de dire la vérité, mentent à Dieu et s’exposent à sa vengeance.

III. La troisième, que c’est un très grand péché d’user de mensonge et de tromperie dans l’exercice de la charité. On est libre de donner ou de ne pas donner, mais quand on a consacré une chose à Dieu et à des usages de charité, il n’est pas permis de la reprendre, ni même d’en retenir la moindre partie.

Ce que St. Luc dit des miracles surprenants que les apôtres faisaient, de l’accroissement merveilleux de l’église de Jérusalem aussi bien que de l’amour et du respect que tout le monde avait pour les chrétiens est tout à fait remarquable. C’étaient là des preuves authentiques de la divinité de la doctrine chrétienne et de son efficace. Et puisque ces progrès de l’Évangile étaient le fruit, non seulement des miracles des apôtres, mais aussi de l’union qui régnait parmi les fidèles et de l’innocence de leurs mœurs, on voit par-là combien la bonne vie des chrétiens contribue à rendre la religion de Jésus-Christ honorable et à l’établir dans le monde.

Les apôtres furent emprisonnés pour la seconde fois en ce temps-là, mais Dieu leur fit ouvrir miraculeusement les portes de la prison par un ange. Cette nouvelle marque de la protection de Dieu devait les remplir d’assurance et faire voir à leurs ennemis que c’était en vain qu’ils s’opposaient à la prédication de l’Évangile. Après que les apôtres furent sortis de prison, ils allèrent enseigner dans le temple, nonobstant les défenses qui leur avaient été faites et étant appelés pour cela devant le conseil, ils y parlèrent avec beaucoup de sagesse et de fermeté en déclarant : qu’il fallait plutôt obéir à Dieu qu’aux hommes.

Ce courage et ce zèle des apôtres nous apprennent qu’il faut toujours suivre les mouvements de sa conscience sans s’effrayer des menaces des hommes et que les ordres où les défenses des magistrats ne doivent jamais nous arrêter quand il s’agit d’obéir à Dieu et de faire ce qu’il commande.

Il faut remarquer ensuite que le conseil étant irrité contre les apôtres voulait les faire mourir, mais que Dieu se servit des sages avis de Gamaliel pour les garantir du danger qui les menaçait. La manière dont ce sénateur parla dans le conseil doit nous faire reconnaitre que les avis modérés et pieux doivent être suivis, qu’il ne faut jamais rien faire par passion et par un zèle inconsidéré, surtout en matière de religion, que les entreprises dont Dieu n’est pas l’auteur se dissipent tôt ou tard d’elles-mêmes, mais que celles qui viennent de lui s’accomplissent infailliblement, malgré l’opposition des hommes et que ceux qui s’y opposent font la guerre à Dieu.

Enfin, l’on voit ici que les apôtres ayant été condamnés à être fouettés se réjouirent d’avoir eu l’honneur de souffrir cet opprobre pour Jésus-Christ et qu’ils continuèrent à prêcher l’Évangile. C’est ainsi qu’il faut souffrir constamment et même avec joie les maux auxquels on pourrait être exposés en faisant son devoir et s’en acquitter toujours avec persévérance. 

CHAPITRE VI.

Ce chapitre a deux parties :

I. On lit dans la première l’établissement des diacres dont la charge était d’administrer les aumônes de l’église, et dans la seconde comment St. Étienne fut accusé devant le conseil des Juifs. 

1 En ce temps-là, comme les disciples se multipliaient, il s’éleva un murmure des Grecs contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient négligées dans la distribution qui se faisait chaque jour.

2 C’est pourquoi les douze apôtres, ayant convoqué la multitude des disciples, leur dirent : Il n’est pas raisonnable que nous laissions la prédication de la parole de Dieu, pour servir aux tables.

3 Choisissez donc, frères, sept hommes d’entre vous, de qui l’on ait un bon témoignage, et qui soient pleins du Saint-Esprit et de sagesse, afin que nous leur commettions cet emploi.

4 Et pour nous, nous continuerons à vaquer à la prière et au ministère de la parole.

5 Cette proposition plut à toute l’assemblée ; et ils élurent Etienne, homme plein de foi et du Saint-Esprit, Philippe et Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, prosélyte antiochien ;

6 et ils les présentèrent aux apôtres, qui, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

7 Et la parole de Dieu se répandait, et le nombre des disciples se multipliait fort à Jérusalem. Il y avait même un grand nombre de sacrificateurs qui obéissaient à la foi.

8 Or, Etienne, plein de foi et de force, faisait de grands prodiges et de grands miracles parmi le peuple.

9 Mais quelques-uns de la synagogue, qu’on appelle la synagogue des affranchis, et de celle des Cyrénéens, des Alexandrins, et de ceux de Cilicie et d’Asie, s’élevèrent et disputaient contre Etienne.

10 Et ils ne pouvaient résister à la sagesse et à l’Esprit par lequel il parlait.

11 Alors ils subornèrent des hommes, pour dire : Nous lui avons ouï proférer des paroles blasphématoires contre Moïse et contre Dieu.

12 Et ils émurent le peuple, et les sénateurs, et les Scribes ; et se jetant sur lui, ils le saisirent par force et l’emmenèrent au conseil ;

13 Et ils produisirent de faux témoins, qui disaient : Cet homme-ci ne cesse de proférer des paroles blasphématoires contre ce saint lieu et contre la loi.

14 Car nous lui avons ouï dire que ce Jésus de Nazareth détruira ce lieu, et changera les ordonnances que Moïse nous a données.

15 Et comme tous ceux qui étaient assis au conseil avaient les yeux arrêtés sur lui, son visage leur parut semblable à celui d’un ange.

REFLEXIONS

On voit dans ce chapitre l’institution de la charge des diacres qui furent établis par les apôtres pour dispenser les charités des fidèles. Quoi que cette charge soit aujourd’hui abolie dans la plupart des églises chrétiennes par la faute des hommes et par le désordre qui y règne à divers égards, elle ne laisse pas d’être une institution divine et très utile pour l’édification de l’église.

II. Puisque Dieu voulut que l’administration des aumônes fut confiée à des gens sages et remplis du Saint-Esprit, il parait de là que la charité est un devoir très important, que les aumônes des fidèles doivent être distribuées avec beaucoup de prudence et de sagesse, que, pour cet effet, l’église doit commettre des gens intègres et craignant Dieu qui soient chargés de ce soin et qu’en général on ne doit mettre dans les charges ecclésiastiques que des personnes qui aient un bon témoignage et qui soient d’une probité reconnue.

III. L’on voit ici que St. Étienne, l’un des sept diacres qui était illustre par sa foi, par son zèle et par les miracles qu’il faisait ne tarda pas à éprouver la haine des Juifs. Il fut accusé d’être un ennemi de Dieu et de la loi de Moïse et amené devant le conseil pour y être condamné. Mais il y parut avec une sainte hardiesse et d’une manière qui étonna les juges.

C’est de tout temps que les gens de bien ont été exposés à la haine des méchants et à leurs calomnies, mais l’injustice et la violence dont on use contre eux ne les empêchent jamais de s’acquitter courageusement de leur devoir et de satisfaire aux engagements de leur vocation et de leur conscience. 

CHAPITRE VII.

Ce chapitre contient premièrement le discours que St. Étienne fit devant le conseil des Juifs. II. Le récit de son martyre et de sa mort. 

1 Alors le souverain sacrificateur dit à Etienne : Ces choses sont-elles ainsi ?

2 Et Etienne dit : Mes frères et mes pères, écoutez-moi. Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu’il était en Mésopotamie, avant qu’il demeurât à Carran ;

3 et il lui dit : Sors de ton pays et de ta parenté et viens dans le pays que je te montrerai.

4 Alors, étant sorti du pays des Chaldéens, il vint demeurer à Carran. De là, après que son père fut mort, Dieu le fit passer dans ce pays que vous habitez maintenant,

5 où il ne lui donna aucun fonds, non pas même un pied de terre ; mais il lui promit de lui en donner la possession, et à sa postérité après lui, lorsqu’il n’avait point encore d’enfant.

6 Et Dieu lui parla ainsi : Ta postérité habitera dans une terre étrangère pendant quatre cents ans ; et on la réduira en servitude, et on la maltraitera.

7 Mais je jugerai la nation qui les aura asservis, dit le Seigneur, et après cela ils sortiront, et me serviront en ce lieu-ci.

8 Puis il lui donna l’alliance de la circoncision ; et ensuite Abraham eut pour fils Isaac, qu’il circoncit le huitième jour, et Isaac eut Jacob, et Jacob les douze patriarches.

9 Et les patriarches, étant émus d’envie, vendirent Joseph pour être mené en Égypte ; mais Dieu fut avec lui.

10 Il le délivra de toutes ses afflictions, et, par la sagesse qu’il lui donna, il le rendit agréable à Pharaon, roi d’Égypte, qui l’établit gouverneur d’Égypte et de toute sa maison.

11 Alors il arriva une famine dans tout le pays d’Égypte, et en Canaan, et une grande misère, en sorte que nos pères ne pouvaient trouver des vivres.

12 Mais Jacob, ayant appris qu’il y avait du blé en Égypte, y envoya nos pères une première fois.

13 Et la seconde fois, Joseph fut reconnu par ses frères, et Pharaon sut quelle était l’extraction de Joseph.

14 Alors Joseph envoya quérir Jacob son père, et toute sa famille, qui consistait en soixante et quinze personnes.

15 Jacob donc descendit en Égypte et y mourut, lui et nos pères,

16 Qui furent transportés en Sichem, et mis dans le sépulcre qu’Abraham avait acheté à prix d’argent, des fils d’Hémor de Sichem.

17 Mais, comme le temps approchait, auquel devait s’accomplir la promesse que Dieu avait faite avec serment à Abraham, le peuple s’accrut et se multiplia beaucoup en Égypte,

18 Jusqu’à ce qu’il vint un autre roi en Égypte, qui n’avait point connu Joseph.

19 Ce roi, usant d’artifice contre notre nation, traita durement nos pères, jusqu’à leur faire exposer leurs enfants, afin d’en faire périr la race.

20 En ce temps-là Moïse naquit, qui était parfaitement beau, et qui fut nourri trois mois dans la maison de son père.

21 Ensuite, ayant été exposé, la fille de Pharaon le fit emporter, et le fit élever comme son fils.

22 Et Moïse fut instruit dans toutes les sciences des Égyptiens ; et il était puissant en paroles et en œuvres.

23 Mais quand il eut atteint l’âge de quarante ans, la pensée lui vint d’aller visiter ses frères, les enfants d’Israël.

24 Et voyant qu’on en maltraitait un sans sujet, il prit sa défense, et vengea celui qui était outragé, en tuant l’Égyptien.

25 Or, il croyait que ses frères comprendraient que Dieu les voulait délivrer par son moyen ; mais ils ne le comprirent point.

26 Le lendemain, il en vit quelques-uns d’eux qui se battaient, et il tâcha de les mettre d’accord, en leur disant : Ô hommes, vous êtes frères ; pourquoi vous maltraitez-vous l’un l’autre ?

27 Mais celui qui maltraitait son prochain, repoussa Moïse, en lui disant : Qui t’a établi prince et juge sur nous ?

28 Veux-tu me tuer, comme tu tuas hier l’Égyptien ?

29 A cette parole Moïse s’enfuit, et il demeura comme étranger au pays de Madian, où il eut deux fils.

30 Quarante ans après, l’ange du Seigneur lui apparut au désert de la montagne de Sina, dans la flamme d’un buisson qui était en feu.

31 Et quand Moïse le vit, il fut étonné de ce qu’il voyait ; et comme il s’approchait pour considérer ce que c’était, la voix du Seigneur lui fut adressée,

32 Qui lui dit : Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob. Et Moïse, tout tremblant, n’osait considérer ce que c’était.

33 Alors le Seigneur lui dit : Ôte les souliers de tes pieds ; car le lieu où tu es est une terre sainte.

34 J’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Egypte, et j’ai entendu leur gémissement, et je suis descendu pour les délivrer. Viens donc maintenant, et je t’enverrai en Egypte.

35 Ce Moïse qu’ils avaient rejeté, en disant : Qui t’a établi prince et juge ? c’est celui que Dieu envoya pour prince et pour libérateur, sous la conduite de l’ange qui lui était apparu dans le buisson.

36 C’est celui qui les tira de là, en faisant des prodiges et des miracles en Egypte, dans la mer Rouge, et au désert, pendant quarante ans.

37 C’est ce Moïse qui a dit aux enfants d’Israël : Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un prophète comme moi, d’entre vos frères ; écoutez-le.

38 C’est lui qui, lorsque le peuple fut assemblé au désert, s’entretenait avec l’ange qui lui parlait sur la montagne de Sina, c’est lui qui fut avec nos pères et qui a reçu des paroles de vie pour nous les donner.

39 Nos pères ne voulurent point lui obéir, mais ils le rejetèrent, et retournèrent de leur cœur en Egypte,

40 Disant à Aaron : Fais-nous des dieux qui marchent devant nous ; car pour ce Moïse qui nous a tirés du pays d’Egypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé.

41 Alors ils firent un veau d'or, et ils offrirent des sacrifices à l’idole, et se réjouirent dans les ouvrages de leurs mains.

42 C’est pourquoi Dieu se détourna d’eux, et les abandonna à servir l’armée du ciel, comme il est écrit dans le livre des prophètes, : Maison d’Israël, est-ce à moi que vous avez offert des victimes et des sacrifices durant quarante ans au désert ?

43 Vous avez porté le tabernacle de Moloch, et l’astre de votre dieu Remphan, qui sont des figures que vous avez faites pour les adorer ; c’est pourquoi je vous transporterai au delà de Babylone.

44 Le tabernacle du témoignage a été avec nos pères au désert, comme l’avait ordonné celui qui avait dit à Moïse de le faire selon le modèle qu’il avait vu.

45 Et nos pères, l'ayant reçu, l’emportèrent, sous la conduite de Josué, au pays qui était possédé par les nations que Dieu chassa de devant nos pères, jusqu’aux jours de David,

46 qui trouva grâce devant Dieu, et qui lui demanda qu’il pût bâtir une demeure au Dieu de Jacob.

47 Et Salomon lui bâtit un temple.

48 Mais le Très-Haut n’habite point dans des temples faits par la main des hommes, comme le prophète le dit :

49 Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied. Quelle maison me bâtiriez-vous, dit le Seigneur, ou quel serait le lieu de mon repos ?

50 Ma main n’a-t-elle pas fait toutes ces choses ?

51 Gens de cou raide, et incirconcis de cœur et d’oreilles, vous vous opposez toujours au Saint-Esprit ; vous êtes tels que vos pères.

52 Quel est le prophète que vos pères n’aient pas persécuté ? Ils ont même tué ceux qui ont prédit l’avènement du Juste, que vous avez livré, et dont vous avez été les meurtriers ;

53 Vous qui avez reçu la loi par le ministère des anges, et qui ne l’avez point gardée.

54 Entendant ces choses, ils étaient transportés de rage dans leurs cœurs, et ils grinçaient les dents contre lui.

55 Mais Etienne, étant rempli du Saint-Esprit, et ayant les yeux attachés au ciel, vit la gloire de Dieu, et Jésus qui était à la droite de Dieu ;

56 et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme qui est à la droite de Dieu.

57 Alors ils poussèrent de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles, et ils se jetèrent tous ensemble sur lui ;

58 Et l’ayant traîné hors de la ville, ils le lapidèrent, et les témoins mirent leurs habits aux pieds d’un jeune homme nommé Saul.

59 Et pendant qu’ils lapidaient Etienne, il priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit.

60 Puis s’étant mis à genoux, il cria à haute voix : Seigneur, ne leur impute point ce péché. Et quand il eut dit cela, il s’endormit. 

REFLEXIONS

Le but du discours que St. Étienne fit devant le conseil était de faire voir :

I. Qu’il n’était pas un ennemi de Dieu et de la loi comme on l’en accusait, mais qu’il adorait le Dieu d’Abraham et des patriarches ;

II. Que Jésus était le Messie qui devait naître de la postérité d’Abraham et dont Moïse et les prophètes avaient marqué la venue ;

III. Que l’alliance de Dieu et son service n’étaient pas attachés à la nation des Juifs, ni au temple de Jérusalem, non plus qu’au service cérémoniel que Moïse avait prescrit ;

IV. Que les Juifs avaient été de tout temps rebelles à Dieu, qu’ils avaient rejeté et persécuté les prophètes et qu’ainsi il n’était pas surprenant qu’ils eussent rejeté Jésus-Christ et qu’ils persécutassent ses serviteurs.

On remarque dans tout ce discours de St. Étienne le grand zèle dont il était animé et la sainte liberté avec laquelle il reprocha aux Juifs leur endurcissement, quoi qu’il vît bien qu’en parlant ainsi il s’exposait à leur fureur et au danger de perdre la vie. Les Juifs transportés de rage condamnèrent ce fidèle serviteur de Dieu à être lapidé, mais Dieu lui fit voir pour l’encourager les Cieux ouverts et Jésus-Christ assis à sa droite, après quoi St. Étienne souffrit cette mort cruelle avec constance en invoquant le Seigneur Jésus jusqu’au dernier soupir et en priant pour ceux qui le faisaient mourir.

Cette mort du premier martyr de l’Église apprend à tous les chrétiens à souffrir courageusement tous les maux que la profession de la verité peut attirer sur eux et même la mort s’ils y étaient appelés, à pardonner à ceux qui leur font le plus mal et à prier pour eux.

On voit encore dans ce récit combien la mort des vrais fidèles est douce et de quelles consolations elle est accompagnée, ce qui doit nous animer fortement à la piété, afin qu’à notre dernière heure, nous puissions aussi remettre notre esprit entre les mains du Seigneur Jésus-Christ et nous endormir paisiblement dans l’espérance d’une meilleure vie. 

CHAPITRE VIII.

St. Luc rapporte ici :

I. La persécution qui s’éleva contre l’église de Jérusalem après la mort de St. Étienne,

II. Comment St. Philippe prêcha l’Évangile à Samarie,

III. L’histoire de la conversion d’un seigneur étranger qui était trésorier de Candace, reine d’Éthiopie. 

1 Or, Saul avait consenti à la mort d’Etienne ; et en ce temps-là, il s’éleva une grande persécution contre l’Eglise de Jérusalem ; et tous les fidèles, excepté les apôtres, furent dispersés par les quartiers de la Judée et de la Samarie.

2 Et quelques hommes pieux emportèrent Etienne pour l’ensevelir, et ils firent un grand deuil sur lui.

3 Mais Saul ravageait l’Eglise, entrant dans les maisons ; et traînant par la force les hommes et les femmes, il les faisait mettre en prison.

4 Ceux donc qui furent dispersés, allaient de lieu en lieu, et ils annonçaient la parole de Dieu.

5 Philippe donc, étant descendu à la ville de Samarie, leur prêcha Christ.

6 Et le peuple était attentif, d’un commun accord, à ce que Philippe disait, en écoutant, et en voyant les miracles qu’il faisait.

7 Car les esprits immondes sortaient de plusieurs qui en étaient possédés, en jetant de grands cris ; et beaucoup de paralytiques et d’impotents furent guéris.

8 Ce qui causa une grande joie dans cette ville.

9 Or, il y avait auparavant, dans la même ville, un homme nommé Simon, qui exerçait la magie et remplissait d’étonnement le peuple de Samarie, se faisant passer pour un grand personnage.

10 Tous lui étaient attachés, depuis le plus petit jusqu’au plus grand ; et ils disaient : Celui-ci est la grande puissance de Dieu.

11 Et ils étaient attachés à lui, parce que depuis longtemps il leur avait renversé l’esprit par ses enchantements.

12 Mais quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait ce qui concerne le royaume de Dieu et le nom de Jésus-Christ, ils furent baptisés, tant les hommes que les femmes.

13 Et Simon lui-même crut aussi, et après avoir été baptisé, il ne quittait point Philippe ; et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il était tout hors de lui-même.

14 Cependant, les apôtres qui étaient à Jérusalem, ayant appris que ceux de Samarie avaient reçu la parole de Dieu, ils leur envoyèrent Pierre et Jean,

15 qui, y étant descendus, prièrent pour eux, afin qu’ils reçussent le Saint-Esprit.

16 Car il n’était point encore descendu sur aucun d’eux ; mais ils avaient été seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus.

17 Alors les apôtres leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit.

18 Mais Simon voyant que le Saint-Esprit était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur offrit de l’argent, et leur dit :

19 Donnez-moi aussi ce pouvoir, que tous ceux à qui j’imposerai les mains reçoivent le Saint-Esprit.

20 Mais Pierre lui dit : Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait avec de l’argent.

21 Tu n’as point de part, ni rien à prétendre en cette affaire ; car ton cœur n'est pas droit devant Dieu.

22 Repens-toi donc de cette méchanceté, et prie Dieu, afin que, s’il est possible, cette pensée de ton cœur te soit pardonnée.

23 Car je vois que tu es dans un fiel très amer, et dans les liens de l’iniquité.

24 Alors Simon répondit, et leur dit : Priez vous-mêmes le Seigneur pour moi, afin qu’il ne m’arrive rien de ce que vous avez dit.

25 Eux donc, après avoir ainsi rendu témoignage à la parole du Seigneur, et l’avoir annoncée, retournèrent à Jérusalem, et prêchèrent l’évangile en plusieurs bourgs des Samaritains.

26 Et un ange du Seigneur parla à Philippe, et lui dit : Lève toi et va du côté du midi, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza la déserte.

27 Et il se leva, et s’en alla. Or, un Ethiopien, eunuque, qui était un puissant seigneur a la cour de Candace, reine d’Ethiopie, surintendant de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer Dieu.

28 Comme il s’en retournait, étant assis dans son chariot, il lisait le prophète Esaïe.

29 Alors l’Esprit dit à Philippe : Approche-toi, et joins ce chariot.

30 Et Philippe accourut, et entendit qu’il lisait le prophète Esaïe ; et il lui dit : Entends-tu bien ce que tu lis ?

31 Il lui répondit : Et comment le pourrais-je entendre, si quelqu’un ne me guide ? Et il pria Philippe de monter, et de s’asseoir auprès de lui.

32 Or, le passage de l’Ecriture qu’il lisait, était celui-ci : Il a été mené comme une brebis à la boucherie ; et de même qu’un agneau muet devant celui qui le tond, il n’a pas ouvert la bouche.

33 Sa condamnation a été levée dans son abaissement. Mais qui pourra compter sa durée ? Car sa vie a été retranchée de la terre.

34 Alors l’eunuque prit la parole et dit à Philippe : Je te prie, de qui le prophète dit-il cela ? Est-ce de lui-même, ou de quelque autre ?

35 Là-dessus, Philippe, prenant la parole, et commençant par cet endroit de l'Ecriture, il lui annonça Jésus.

36 Et comme ils allaient par le chemin, ils arrivèrent à un endroit où il y avait de l’eau ; et l’eunuque dit : Voici de l’eau ; qu’est-ce qui empêche que je ne sois baptisé ?

37 Et Philippe lui dit : Si tu crois de tout ton cœur, cela t’est permis. Et l’eunuque, répondant, dit : Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.

38 Et il commanda qu’on arrêtât le chariot ; et ils descendirent tous deux dans l’eau, Philippe et l’eunuque ; et Philippe le baptisa.

39 Et quand ils furent remontés hors de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l’eunuque ne le vit plus, et il continua son chemin plein de joie.

40 Mais Philippe se trouva dans Azot ; et il annonça l'évangile par toutes les villes où il passa, jusqu’à ce qu’il vint à Césarée. 

REFLEXIONS

Il faut remarquer sur ce chapitre que la mort de St Étienne et la persécution qui fut suscitée contre l’église de Jérusalem tournèrent à l’avancement de l’Évangile, puisque les fidèles qui furent dispersés annoncèrent en divers lieux la parole de Dieu. Voilà comment les persécutions, que les premiers ennemis de l’église excitèrent contre elle, servirent à étendre davantage la religion de Jésus-Christ.

II. Ce qu’on lit ici de la créance que le peuple de Samarie donnait à Simon le magicien fait voir que les personnes qui ne connaissent pas la vérité se laissent aisément séduire par des imposteurs. Mais le changement qui arriva dans cette ville après que Philippe y eut annoncé l’Évangile montre que la vérité triomphe de l’erreur et du mensonge. St Luc remarque que Simon lui-même se fit baptiser et qu’il était tout ravi de voir les miracles que Philippe faisait. Cet exemple prouve que les méchants sont quelquefois touchés de l’excellence de l’Évangile et qu’ils en embrassent même la profession, mais ne le faisant pas par de bons motifs, leur conversion n’est pas sincère. Sur ce qui est ajouté que Simon offrit de l’argent à St. Pierre pour obtenir le don de communiquer le Saint-Esprit et de faire des miracles et que St. Pierre, rempli d’indignation lui dénonça le jugement de Dieu, il faut remarquer que c’est une impiété détestable de faire servir la religion à l’avarice ou à l’ambition et de prétendre acheter ou vendre les choses saintes en quelque manière que cela se fasse. Cependant, St. Pierre exhorta Simon à se repentir et Simon effrayé pria les apôtres d’intercéder pour lui auprès de Dieu. Cela nous apprend qu’il ne faut jamais abandonner entièrement les plus grands pécheurs, ni leur refuser le secours de nos exhortations et de nos prières.

III. Dieu appela en ce temps-là un officier de la reine Candace à la foi en Jésus-Christ afin de montrer que l’Évangile serait bientôt annoncé à tous les peuples et afin de répandre par le moyen de cet homme la vraie religion dans l’Éthiopie. Ce seigneur, qui était du nombre des prosélytes païens qui avaient renoncé à l’idolâtrie, venait adorer le vrai Dieu à Jérusalem et il était occupé à la lecture des livres sacrés lorsque Dieu lui adressa Philippe pour l’instruire. On voit par-là que la providence prend un soin particulier de ceux qui ont de bonnes intentions et que Dieu accorde une nouvelle mesure de ses grâces à ceux qui font un bon usage de celles qu’ils ont déjà reçues et qui cherchent sincèrement la vérité. Le désir que cet officier fit paraître d’entendre le sens du passage d’Ésaïe qu’il lisait et la docilité avec laquelle il écouta Philippe montrent que chacun doit travailler à s’instruire des vérités du salut, tant par soi-même que par le secours d’autrui et qu’on ne doit pas négliger les instructions des ministres que Dieu a établis. L’officier ayant ouï Philippe souhaita d’être baptisé et après qu’il eût fait une profession ouverte de la foi, il reçût le baptême. C’est ainsi qu’en usent ceux qui aiment la vérité aussitôt qu’elle est connue, ils en embrassent la profession et ils ne renvoient jamais à s’acquitter de leur devoir.

IV. Enfin, comme ce seigneur après avoir été baptisé s’en retourna plein de joie dans son pays, il faut aussi que nous estimions par-dessus toutes choses le bonheur que nous avons de croire en Jésus-Christ et que l’avantage d’être de son église fasse toute notre consolation et toute notre joie. 

CHAPITRE IX VERSETS 1 - 22

C’est ici l’histoire de la conversion de Paul. 

1 Cependant, Saul ne respirant toujours que menace et que carnage contre les disciples du Seigneur, s’adressa au souverain sacrificateur,

2 Et il lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que s'il trouvait quelques personnes de cette secte, hommes ou femmes, il les amenât liés à Jérusalem.

3 Et comme il était en chemin, et qu’il approchait de Damas, tout d’un coup une lumière venant du ciel resplendit comme un éclair autour de lui.

4 Et étant tombé par terre, il entendit une voix qui lui dit : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?

5 Et il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur lui dit : Je suis Jésus que tu persécutes ; il te serait dur de regimber contre les aiguillons.

6 Alors, tout tremblant et effrayé, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, et entre dans la ville, et là on te dira ce qu’il faut que tu fasses.

7 Or, les hommes qui faisaient le voyage avec lui s’arrêtèrent tout épouvantés, entendant bien une voix, mais ne voyant personne.

8 Et Saul se leva de terre, et ayant ouvert les yeux, il ne voyait personne, de sorte qu’ils le conduisirent par la main, et le menèrent à Damas,

9 Où il fut trois jours, sans voir, et sans manger ni boire.

10 Il y avait alors à Damas un disciple, nommé Ananias, à qui le Seigneur dit dans une vision : Ananias. Et il répondit : Me voici, Seigneur.

11 Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, et t’en va dans la rue qu’on appelle la rue droite, et cherche dans la maison de Judas un nommé Saul, de Tarse ; car il est présentement en prières.

12 (Au même temps, Saul vit en vision un homme, nommé Ananias, qui entrait et qui lui imposait les mains, afin qu’il recouvrât la vue.)

13 Ananias répondit : Seigneur, j’ai ouï dire à plusieurs personnes combien cet homme a fait de maux à tes Saints dans Jérusalem.

14 Il est même ici, avec pouvoir, de la part des principaux sacrificateurs, de lier tous ceux qui invoquent ton nom.

15 Mais le Seigneur lui dit ; Va ; car cet homme est un instrument que j’ai choisi pour porter mon nom devant les Gentils, devant les rois, et devant les enfants d’Israël ;

16 et je lui montrerai combien il faudra qu’il souffre pour mon nom.

17 Ananias donc s’en alla, et étant entré dans la maison, il lui imposa les mains, et lui dit : Saul mon frère, le Seigneur Jésus, qui t’est apparu dans le chemin par où tu venais, m’a envoyé afin que tu recouvres la vue, et que tu sois rempli du Saint-Esprit.

18 Et aussitôt il tomba de ses yeux comme des écailles, et à l’instant il recouvra la vue ; puis il se leva, et fut baptisé.

19 Et ayant mangé, il reprit ses forces. Et Saul fut quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas.

20 Et il prêcha incontinent dans les synagogues, que Christ était le Fils de Dieu.

21 Et tous ceux qui l’entendaient étaient hors d’eux-mêmes et disaient : N’est-ce pas là celui qui persécutait dans Jérusalem ceux qui invoquaient ce nom, et qui est venu ici exprès, afin de les emmener liés aux principaux sacrificateurs ?

22 Mais Saul se fortifiait de plus en plus, et il confondait les Juifs qui habitaient à Damas, démontrant que Jésus était le Christ. 

REFLEXIONS

On doit faire une grande attention à cette histoire et y considérer en premier lieu que St. Paul, qui fut un si excellent Apôtre, était avant sa conversion et dans le temps qu’il était encore Juif un ennemi déclaré de la religion de Jésus-Christ et un ardent persécuteur des chrétiens. Cet Apôtre nous dit lui-même sur cela que Dieu l’appela dans cet état afin de donner en sa personne un exemple illustre de sa miséricorde envers les pécheurs. Cependant il faut se souvenir que si Saul persécutait l’église, il le faisait par ignorance et par un faux zèle, croyant même faire une chose agréable à Dieu, mais qu’il était du reste d’une vie irréprochable. Quand on ne pèche pas par malice et par un effet de corruption du cœur, mais par ignorance et par la force des préjugés, on peut en revenir plus facilement et avoir part à la miséricorde de Dieu.

II. Le moyen dont le Seigneur se servit pour convertir Saul est remarquable. Dans le temps qu’il allait à Damas pour persécuter les chrétiens, Jésus-Christ l’arrêta près de cette ville par une apparition qui le rempli de frayeur. Il lui parla des Cieux, il le renversa par terre et il le frappa d’aveuglement. Notre Seigneur en usa ainsi parce que dans les dispositions où Saul était, il fallait quelque chose d’extrêmement fort pour vaincre ses préjugés et pour le rendre docile.

C’est ainsi que Dieu, par un effet de sa bonté et de sa sagesse, emploie les moyens les plus propres pour retirer les pécheurs de leurs égarements.

III. Ces paroles : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? marquent que Jésus-Christ regarde ce que l’on fait contre ses membres et contre son église comme s’il était fait contre lui-même et ce que Saul répondit en disant : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? exprime les sentiments d’humilité et de docilité qui se rencontrent dans les pécheurs qui sont salutairement touchés. Ils obéissent sans délai à la vocation céleste, ils s’abandonnent entièrement à Dieu et ils sont prêts à suivre tous les conseils qu’il leur donne.

IV. Il faut remarquer que Dieu après avoir mis Saul en état d’écouter et de recevoir ce qui lui serait dit le renvoya à Ananias pour apprendre de lui ce qu’il devait faire et que cependant il prépara Ananias par une vision à aller voir Saul et à l’instruire. C’est ainsi que Dieu disposait les choses avec une grande sagesse pour achever l’ouvrage de la conversion de Saul.

V. Enfin, Saul après avoir été en jeûne et en prière pendant trois jours, recouvra la vue, il fut instruit et baptisé par Ananias et incontinent après il commença à prêcher l’Évangile dans les synagogues des Juifs. L’on doit admirer la puissance et la bonté de Dieu dans cet événement qui fut si salutaire à Paul et si avantageux à toute l’église et ce grand et prompt changement qui se fit dans cet apôtre fait voir que ceux qui sont véritablement convertis changent entièrement de sentiments et de conduite et qu’ils donnent de marques publiques et certaines de la sincérité de leur repentance. 

CHAPITRE IX, VERSETS 23-43

Saul, après sa conversion, étant persécuté par les Juifs à Damas, s’en va à Jérusalem d’où la persécution l’oblige encore à se retirer pour aller à Césarée et de là à Tarse. St. Luc rapporte ensuite lieu l’heureux état des églises de la Judée et des lieux voisins, et enfin, le miracle de la guérison d’Énée et celui de la résurrection de Tabitha. 

23 Quelque temps après, les Juifs délibérèrent de faire mourir Saul.

24 Mais il fut averti de leur complot. Or, ils gardaient les portes de la ville jour et nuit, pour le faire mourir.

25 Mais les disciples, le prenant pendant la nuit, le descendirent par la muraille, dans une corbeille.

26 Et quand Saul fut arrivé à Jérusalem, il tâchait de se joindre aux disciples ; mais tous le craignaient, ne croyant pas qu’il fût un disciple.

27 Mais Barnabas le prit et le mena aux apôtres, et leur raconta comment le Seigneur lui était apparu sur le chemin et lui avait parlé ; et comment il avait parlé ouvertement à Damas au nom de Jésus.

28 Ainsi il allait et venait avec eux dans Jérusalem.

29 Et parlant avec hardiesse au nom du Seigneur Jésus, il parlait et disputait avec les Grecs ; mais ils tâchaient de lui ôter la vie.

30 Ce que les frères ayant découvert, ils le menèrent à Césarée, et l’envoyèrent à Tarse.

31 Cependant les Eglises étaient en paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie, étant édifiées et marchant dans la crainte du Seigneur, et elles étaient multipliées par la consolation du Saint-Esprit.

32 Il arriva, comme Pierre les visitait toutes, qu’il vint aussi vers les saints qui demeuraient à Lydde.

33 Et il y trouva un homme, nommé Enée, qui était couché dans un petit lit depuis huit ans, et qui était paralytique.

34 Et Pierre lui dit : Enée, Jésus, qui est le Christ, te guérit : lève-toi, et accommode ton lit. Et incontinent il se leva.

35 Et tous ceux qui demeuraient à Lydde et à Saron le virent, et ils se convertirent au Seigneur.

36 Il y avait aussi à Joppe une certaine femme qui était des disciples, nommée Tabitha, c’est-à-dire, en grec, Dorcas, laquelle était remplie de bonnes œuvres, et qui faisait beaucoup d’aumônes.

37 Elle tomba malade en ce temps-là, et elle mourut. Et après l’avoir lavée, ils la mirent dans une chambre haute.

38 Et comme Lydde était près de Joppe, les disciples ayant appris que Pierre y était, ils envoyèrent vers lui deux hommes, pour le prier de venir chez eux sans tarder.

39 Pierre donc se leva, et s’en alla avec eux. Et lorsqu’il fut arrivé, ils le menèrent à la chambre haute ; et toutes les veuves se présentèrent à lui en pleurant, et en lui montrant combien Dorcas faisait de robes et d’habits lorsqu’elle était avec elles.

40 Et Pierre, après les avoir tous fait sortir, se mit à genoux et pria, puis se tournant vers le corps, il dit : Tabitha, lève-toi. Et elle ouvrit les yeux, et ayant vu Pierre, elle s’assit.

41 Et Pierre lui donnant la main, la leva ; et ayant appelé les saints et les veuves, il la leur présenta vivante.

42 Cela fut connu de toute la ville de Joppe ; et plusieurs crurent au Seigneur.

43 Et Pierre demeura plusieurs jours à Joppe, chez un certain Simon, corroyeur. 

REFLEXIONS

Il faut considérer ici :

I. Qu’aussitôt que St. Paul eut été converti et eut commencé à annoncer l’Évangile il fut persécuté par les Juifs. Dieu voulut par-là éprouver la fidélité de cet apôtre et lui apprendre à souffrir pour Jésus-Christ. Voilà ce qui arrive ordinairement à ceux qui prennent la résolution de suivre le Seigneur et de vivre dans la piété, ils ressentent les effets de la haine du monde et ils sont exposés à des traverses, mais ces oppositions ne les étonnent point comme elles n’étonnèrent pas St. Paul qui, malgré la fureur des Juifs, continua à annoncer l’Évangile, même dans la ville de Jérusalem.

II. Ce que St. Luc dit de l’heureux état des églises de la Judée, de la Galilée et de la Samarie nous présente ces deux réflexions.

L’une, que, si Dieu permet que l’église soit persécutée, il lui donne aussi du relâche.

L’autre, que, ce qui rend les églises heureuses et florissantes, c’est quand elles marchent dans la crainte du Seigneur et que les dons du Saint-Esprit s’y multiplient.

III. Les deux miracles qui sont récités sur la fin de ce chapitre prouvent que les apôtres faisaient des miracles semblables à ceux que notre Seigneur avait faits pendant qu’il était au monde, ce qui contribuait à la conversion d’un grand nombre de personnes. Nous avons dans l’histoire de la maladie et de la mort de Tabitha un bel exemple qui doit inciter tous les chrétiens et principalement les personnes de son sexe à la piété et aux œuvres de la charité et la résurrection de cette femme doit être considérée comme une récompense que Dieu voulut accorder à sa foi et comme une preuve qui doit nous confirmer dans la croyance de la résurrection et dans l’espérance de la vie éternelle.  

CHAPITRE X.

Ce chapitre contient l’histoire de la conversion du centenier Corneille à la religion chrétienne. Cet homme était païen de naissance, mais il adorait le vrai Dieu. 

1 Il y avait à Césarée un homme nommé Corneille, centenier d’une compagnie de la légion appelée Italique.

2 Il était religieux et craignant Dieu, lui et toute sa famille, faisant aussi beaucoup d’aumônes au peuple, et priant Dieu continuellement.

3 Il vit clairement dans une vision, environ la neuvième heure du jour, un ange de Dieu qui vint à lui, et lui dit : Corneille !

4 Et Corneille, ayant les yeux attachés sur lui, et tout effrayé, dit : Qu’y a-t-il, Seigneur ? Et l’ange lui dit : Tes prières et tes aumônes sont montées en mémoire devant Dieu.

5 Envoie donc présentement des gens à Joppe, et fais venir Simon, qui est surnommé Pierre.

6 Il est logé chez un certain Simon, corroyeur, qui a sa maison près de la mer ; c’est lui qui te dira ce qu’il faut que tu fasses.

7 Quand l’ange qui parlait à Corneille se fut retiré, il appela deux de ses domestiques et un soldat craignant Dieu, d’entre ceux qui se tenaient près de lui.

8 Et leur ayant tout raconté, il les envoya à Joppe.

9 Le lendemain, comme ils étaient en chemin, et qu’ils approchaient de la ville, Pierre monta sur le haut de la maison, environ la sixième heure, pour prier.

10 Et ayant faim, il voulut prendre son repas ; et comme on le lui apprêtait, il lui survint un ravissement d’esprit.

11 Il vit le ciel ouvert, et un vaisseau qui descendait sur lui comme une grande nappe, liée par les quatre coins, et qui s’abaissait sur la terre ;

12 Dans lequel il y avait de toutes sortes d’animaux terrestres à quatre pieds, et de bêtes sauvages, de reptiles, et d’oiseaux du ciel.

13 Et il y eut une voix qui lui dit : Pierre, lève-toi, tue, et mange.

14 Mais Pierre répondit : Non, Seigneur : car je n’ai jamais rien mangé d’impur ou de souillé.

15 La voix lui parlant encore pour la seconde fois, lui dit : Ne regarde pas comme souillé ce que Dieu a purifié.

16 Et cela arriva par trois fois ; après quoi le vaisseau fut retiré dans le ciel.

17 Comme Pierre était en peine de ce que pouvait signifier cette vision qu’il avait eue, les hommes envoyés de la part de Corneille, s’étant informés de la maison de Simon, arrivèrent à la porte.

18 Et ayant appelé quelqu’un, ils demandèrent si Simon, surnommé Pierre, était logé là ?

19 Et comme Pierre pensait à la vision qu’il avait eue, l’Esprit lui dit : Voilà trois hommes qui te demandent.

20 C’est pourquoi, lève-toi et descends, et t’en vas avec eux, sans en faire difficulté ; car c’est moi qui les ai envoyés.

21 Pierre étant donc descendu vers ces hommes qui lui étaient envoyés de la part de Corneille, il leur dit : Me voici, je suis celui que vous cherchez ; pour quel sujet êtes-vous venus ?

22 Ils lui dirent : Corneille, centenier, homme juste et craignant Dieu, et à qui toute la nation des Juifs rend un bon témoignage, a été averti de Dieu par un saint ange, de te faire venir dans sa maison, pour entendre ce que tu lui diras.

23 Pierre les ayant donc fait entrer, les logea ; et le lendemain il s’en alla avec eux, et quelques-uns des frères de Joppe l’accompagnèrent.

24 Le jour suivant ils entrèrent à Césarée. Or, Corneille les attendait avec ses parents et ses plus intimes amis, qu’il avait assemblés chez lui.

25 Et comme Pierre entrait, Corneille alla au-devant de lui, et se jetant à ses pieds, il l’adora.

26 Mais Pierre le releva, lui disant : Lève-toi ; je ne suis qu’un homme, non plus que toi.

27 Et s’entretenant avec lui, il entra, et trouva plusieurs personnes qui étaient là assemblées.

28 Et il leur dit : Vous savez qu’il n’est pas permis à un Juif d’avoir aucune liaison avec un étranger, ni d’aller chez lui ; mais Dieu m’a fait voir que je ne devais appeler aucun homme souillé ou impur.

29 C’est pourquoi, ayant été appelé, je suis venu sans aucune difficulté. Je vous demande donc pour quel sujet vous m’avez fait venir ?

30 Alors Corneille lui dit : Il y a maintenant quatre jours que j’étais en jeûne et en prières dans ma maison à la neuvième heure, et tout d’un coup un homme, vêtu d’un habit resplendissant, se présenta devant moi,

31 Et me dit : Corneille, ta prière est exaucée, et Dieu s’est souvenu de tes aumônes.

32 Envoie donc à Joppe, et fais venir Simon, surnommé Pierre ; il est logé dans la maison de Simon, corroyeur, près de la mer ; quand il sera venu, il te parlera.

33 C’est pourquoi j’ai incontinent envoyé vers toi, et tu as bien fait de venir. Nous voici donc tous maintenant présents devant Dieu, pour entendre ce que Dieu t’a commandé de nous dire.

34 Alors Pierre prenant la parole, dit : En vérité, je reconnais que Dieu n’a point d’égard à l’apparence des personnes ;

35 mais qu’en toute nation, celui qui le craint et qui s’adonne à la justice, lui est agréable.

36 C’est ce qu’il a fait entendre aux enfants d’Israël, en leur annonçant la paix par Jésus-Christ qui est le Seigneur de tous.

37 Vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, et qui a commencé par la Galilée, après le baptême que Jean a prêché ;

38 comment Dieu a oint du Saint-Esprit et de puissance Jésus de Nazareth, qui allait de lieu en lieu, en faisant du bien, et guérissant tous ceux qui étaient opprimés par le diable ; parce que Dieu était avec lui.

39 Et nous sommes témoins de toutes les choses qu’il a faites, tant au pays des Juifs qu’à Jérusalem. Cependant ils l’ont fait mourir, le pendant au bois.

40 Mais Dieu l’a ressuscité le troisième jour, et il a voulu qu’il se fît voir,

41 non à tout le peuple, mais aux témoins qui avaient été auparavant choisis de Dieu ; à nous qui avons mangé et bu avec lui, après qu’il a été ressuscité des morts.

42 Et il nous a commandé de prêcher au peuple, et d’attester que c’est lui qui est établi de Dieu pour être le juge des vivants et des morts.

43 Tous les prophètes rendent de lui ce témoignage, que quiconque croira en lui, recevra la rémission de ses péchés par son nom.

44 Comme Pierre tenait encore ce discours, le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient ce qu’il disait.

45 Et tous les fidèles circoncis, qui étaient venus avec Pierre, furent étonnés de ce que le don du Saint-Esprit était aussi répandu sur les Gentils.

46 Car ils les entendaient parler diverses langues, et glorifier Dieu.

47 Alors Pierre prit la parole et dit : Quelqu’un pourrait-il empêcher qu’on ne baptise ceux qui ont reçu le Saint-Esprit, aussi bien que nous ?

48 Et il commanda qu’on les baptisât au nom du Seigneur. Après cela ils le prièrent de demeurer quelques jours avec eux.

 REFLEXIONS

Cette histoire a été rédigée par écrit pour nous apprendre de quelle manière l’Évangile commença d’être annoncé aux païens. Il faut admirer ici les voies dont la providence se servit pour la conversion de Corneille. Dieu lui envoya un ange pour lui dire de faire venir St. Pierre et dans ce même temps, il disposait cet apôtre à aller chez Corneille, ce qu’il n’aurait pas fait si Dieu ne lui eût fait connaître qu’il n’y avait point d’homme qu’il fallût regarder comme souillé et que l’Évangile devait être annoncé aux païens aussi bien qu’aux Juifs. C’est à quoi tendait la vision de ce vaisseau dans lequel il y avait des bêtes dont la loi défendait aux Juifs de manger.

II. Il est à remarquer que Corneille, quoi qu’engagé dans la profession des armes, était un homme dévot, charitable et craignant Dieu. À cause de cela, Dieu lui envoya un ange pour l’assurer qu’il s’était souvenu de ses prières et de ses aumônes et il l’amena à la connaissance de Jésus-Christ par le moyen de St. Pierre. On voit par-là que les œuvres de charité et de piété sont très agréables à Dieu et qu’il accorde de nouvelles lumières et de nouvelles grâces à ceux qui ont le cœur bon, qui l’invoquent et qui le craignent.

III. Le discours que St. Pierre fit chez Corneille renferme la substance de la doctrine que les apôtres prêchaient, savoir que Dieu avait envoyé son fils pour annoncer le salut aux Juifs, que les Juifs l’avaient fait mourir, mais qu’il était ressuscité et qu’il devait être le juge des vivants et des morts. Ce sont là les vérités les plus importantes de la religion et qui doivent être reçues par tous les chrétiens. Elles tendent à nous apprendre que la foi en Jésus-Christ et la sainteté de la vie sont l’unique moyen d’être sauvé et c’est ce qui est surtout marqué par ces paroles de Saint Pierre : Que Dieu n’a point d’égard à l’apparence des personnes, mais qu’en tout nation, celui qui le craint et qui fait ce qui est juste lui est agréable et que quiconque croit en Jésus-Christ recevra la rémission des péchés par son nom.

IV. L’attention, la soumission et l’obéissance avec laquelle Corneille et tous ceux de sa maison écoutèrent St. Pierre doit nous apprendre à recevoir la parole de Dieu avec les mêmes dispositions quand elle nous est annoncée.

V. Dans le temps que l’apôtre parlait à Corneille, le Saint-Esprit descendit sur ceux qui l’écoutaient et ils reçurent le don de parler diverses langues. Dieu en faisant alors en faveur des païens une merveille semblable à celle qu’il avait faite en envoyant le Saint-Esprit aux apôtres le jour de la Pentecôte marquait de la manière la plus claire qu’il voulait aussi faire part de sa grâce aux Gentils et c’est ce qui nous oblige, nous qui étions autrefois païens, à rendre grâce à Dieu de ce qu’il voulut ainsi recevoir dans son alliance ces peuples idolâtres et répandre son Esprit et sa grâce sur eux aussi bien que sur les Juifs. 

CHAPITRE XI.

Ce chapitre a deux parties :

I. Les Juifs de Jérusalem qui s’étaient convertis à la religion chrétienne ayant trouvé mauvais que St. Pierre fut allé chez Corneille qui était païen, cet apôtre les informa de la manière dont Dieu lui avait fait connaître qu’il devait annoncer l’Évangile à Corneille et du succès de sa prédication, de quoi les chrétiens de Jérusalem eurent une grande joie.

II. St. Luc rapporte comment l’Évangile se répandit en divers lieux et particulièrement à Antioche, il parle aussi d’un prophète nommé Agabus qui prédit une famine. 

1 Les apôtres et les frères qui étaient en Judée, apprirent que les Gentils avaient aussi reçu la parole de Dieu.

2 Et lorsque Pierre fut de retour à Jérusalem, les fidèles circoncis disputaient contre lui,

3 et lui disaient : Tu es entré chez des incirconcis, et tu as mangé avec eux.

4 Mais Pierre commença à leur raconter par ordre ce qui s’était passé, et leur dit :

5 J’étais en prière dans la ville de Joppe, lorsqu’étant ravi en extase, j’eus une vision : je vis descendre du ciel un vaisseau comme une grande nappe, liée par les quatre coins, et qui vint jusqu’à moi.

6 Et l’ayant considéré avec attention, j’y vis des animaux terrestres à quatre pieds, des bêtes sauvages, des reptiles et des oiseaux du ciel.

7 J’entendis aussi une voix qui me dit : Pierre, lève-toi, tue, et mange.

8 Et je répondis : Non, Seigneur ; car jamais rien d’impur ni de souillé n’entra dans ma bouche.

9 La voix me parla du ciel une seconde fois, et me dit : Ne regarde pas comme souillé ce que Dieu a purifié.

10 Et cela se fit jusqu’à trois fois, après quoi tout fut retiré dans le ciel.

11 Au même instant, trois hommes, qui m’avaient été envoyés de Césarée, se présentèrent à la porte de la maison où j’étais.

12 Et l’Esprit me dit que j’allasse avec eux, sans en faire aucune difficulté. Ces six de nos frères, que voilà, vinrent aussi avec moi, et nous entrâmes dans la maison de cet homme,

13 qui nous raconta comment il avait vu un ange dans sa maison, qui s’était présenté à lui, et lui avait dit : Envoie des gens à Joppe, et fais venir Simon, surnommé Pierre,

14 qui te dira des choses par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison.

15 Et comme j’eus commencé à leur parler, le Saint-Esprit descendit sur eux, ainsi qu’il était aussi descendu sur nous au commencement.

16 Alors je me souvins de cette parole du Seigneur : Jean a baptisé d’eau ; mais vous serez baptisés du Saint-Esprit.

17 Puis donc que Dieu leur a donné le même don qu’à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour m’opposer à Dieu ?

18 Alors, ayant entendu ces choses, ils s’apaisèrent et glorifièrent Dieu, en disant : Dieu a donc aussi donné aux Gentils même la repentance, afin qu’ils aient la vie.

19 Pour ce qui est de ceux qui avaient été dispersés par la persécution arrivée à l’occasion d’Etienne, ils passèrent jusqu’en Phénicie, en Chypre et à Antioche, n’annonçant la parole à personne qu’aux Juifs seulement.

20 Mais quelques-uns d’entre eux, qui étaient de Chypre et de Cyrène, étant entrés dans Antioche, parlèrent aux Grecs, leur annonçant le Seigneur Jésus.

21 Et la main du Seigneur était avec eux, de sorte qu’il y en eut un grand nombre qui crurent et se convertirent au Seigneur.

22 Or, le bruit en vint jusqu’à l’Eglise de Jérusalem ; c’est pourquoi ils envoyèrent Barnabas pour passer jusqu’à Antioche ;

23 qui y étant arrivé, et ayant vu la grâce de Dieu, se réjouit, et les exhorta tous à demeurer attachés au Seigneur avec un cœur ferme.

24 Car c’était un homme de bien, plein du Saint-Esprit et de foi, et une grande multitude se joignit au Seigneur.

25 Barnabas s’en alla ensuite à Tarse, pour chercher Saul.

26 Et l’ayant trouvé, il l’amena à Antioche ; et pendant toute une année, ils s’y assemblèrent avec l’Eglise, et instruisirent un grand peuple, de sorte que ce fut à Antioche que les disciples commencèrent à être nommés Chrétiens.

27 En ce temps-là, quelques prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche.

28 Et l’un d’eux, nommé Agabus, se leva, et prédit par l’Esprit qu’il y aurait une grande famine par toute la terre ; ce qui arriva en effet sous l’empereur Claude.

29 Et les disciples résolurent d’envoyer, chacun selon son pouvoir, quelques secours aux frères qui demeuraient en Judée.

30 Ce qu’ils firent aussi, l’envoyant aux anciens par les mains de Barnabas et de Saul. 

REFLEXIONS

La première partie de ce chapitre nous apprend que les chrétiens de Jérusalem se scandalisèrent d’abord de ce que St. Pierre avait été chez Corneille, parce qu’il n’était pas permis aux Juifs d’aller chez les païens et d’avoir un commerce familier avec eux. Mais quand ils eurent appris que cet apôtre y était allé par l’ordre de Dieu et que même le Saint-Esprit avait été donné à Corneille et à ceux qui étaient avec lui, ils s’apaisèrent et ils se réjouirent de ce que Dieu appelait aussi les Gentils au salut et à la vie.

Jamais il ne faut être jaloux des grâces que Dieu fait aux autres, au contraire, nous devons nous en réjouir, surtout lorsqu’il les appelle à la repentance et au salut.

Au reste, cet heureux événement qui causa tant de joie aux fidèles de Jérusalem et qui leur fit dire : Dieu a donc aussi donné la repentance aux Gentils afin qu’ils aient la vie !

Doit aussi faire à jamais la matière de notre joie et de nos louanges puisqu’il nous regarde directement.

Il y a trois considérations à faire sur la seconde partie de ce chapitre :

I. La première, que la dispersion de l’église de Jérusalem et la persécution qu’on avait suscitée contre les chrétiens contribua à répandre l’Évangile en divers lieux et à établir plusieurs belles églises et particulièrement l’église d’Antioche où les disciples de Jésus-Christ commencèrent à être appelé chrétiens.

II. La deuxième, que ces églises furent fondées et entretenues par le ministère de Barnabas, de St. Paul et des autres personnes qui s’employèrent à leur édification. Cela montre que le ministère des serviteurs de Dieu est d’une grande utilité dans l’église, pourvu qu’il soit exercé par des personnes qui soient gens de bien et remplis de foi et de Saint-Esprit, tels qu’étaient ceux dont St. Luc parle.

III La prédiction que fit Agabus d’une famine qui devait arriver montre que Dieu, outre le pouvoir de faire des miracles accordait en ces temps-là à ses serviteurs le don de prédire l’avenir et qu’il n’arrive rien dans le monde que par la providence et par la volonté de Dieu. Et la résolution que les chrétiens prirent de faire une collecte pour leurs frères qui étaient en Judée est un exemple qui doit nous inciter à secourir les personnes qui se trouvent dans la nécessité et surtout ceux qui sont nos frères et les membres de Jésus-Christ et même à prévenir leurs besoins.

CHAPITRE XII

St. Luc récite trois choses dans ce chapitre.

  1. Le martyre de St. Jacques frère de St Jean.
  2. L’emprisonnement de St. Pierre et sa délivrance miraculeuse.

III. La mort du roi Hérode qui mourut frappé par un ange. 

1 En ce même temps, le roi Hérode se mit à maltraiter quelques-uns de l’Eglise.

2 Il fit mourir par l'épée Jacques, frère de Jean ;

3 et voyant que cela était agréable aux Juifs, il fit aussi arrêter Pierre.

4 C’était pendant les jours des pains sans levain. L’ayant donc fait arrêter, il le fit mettre en prison, et le donna à garder à quatre bandes, de quatre soldats chacune, dans le dessein de l’exposer au supplice devant le peuple, après la fête de Pâque.

5 Pierre était donc gardé dans la prison ; mais l’Eglise faisait sans cesse des prières à Dieu pour lui.

6 Et la nuit de devant le jour qu’Hérode devait l’envoyer au supplice, Pierre dormait entre deux soldats, étant lié de deux chaînes ; et les gardes qui étaient devant la porte gardaient la prison.

7 Et un ange du Seigneur survint tout à coup, une lumière resplendit dans la prison, et l’ange, poussant Pierre par le côté, l’éveilla, et lui dit : Lève-toi promptement. Et les chaînes tombèrent de ses mains.

8 Et l’ange lui dit : Ceins-toi, et attache tes souliers ; ce qu’il fit. Puis l’ange ajouta : Mets ta robe et suis-moi.

9 Et Pierre étant sorti, le suivait sans savoir que ce que l’ange faisait se fît réellement, mais il croyait qu’il avait une vision.

10 Et quand ils eurent passé la première et la seconde garde, ils vinrent à la porte de fer, qui conduit à la ville, et la porte s’ouvrit à eux d’elle-même ; et étant sortis, ils allèrent le long d’une rue, et aussitôt l’ange se retira d'avec lui.

11 Alors Pierre, étant revenu à soi, dit : Je reconnais maintenant véritablement que le Seigneur a envoyé son ange, et qu’il m’a délivré de la main d’Hérode, et de tout ce que le peuple juif attendait.

12 Et après y avoir réfléchi, il alla à la maison de Marie, mère de Jean, surnommé Marc, où plusieurs personnes étaient assemblées et faisaient des prières.

13 Quand il eut frappé à la porte du vestibule, une servante, nommée Rhode, vint pour savoir qui c’était.

14 Et ayant reconnu la voix de Pierre, de la joie quelle eut, elle n’ouvrit point la porte ; mais elle courut annoncer que Pierre était devant la porte.

15 Et ils lui dirent : Tu es folle. Mais elle assurait que la chose était ainsi ; et eux disaient : C’est son ange.

16 Cependant, Pierre continuait à frapper, et quand ils eurent ouvert, ils le virent et furent ravis hors d’eux-mêmes.

17 Mais lui, leur ayant fait signe de la main de faire silence, leur raconta comment le Seigneur l’avait fait sortir de la prison ; et il leur dit : Faites savoir ceci à Jacques et à nos frères ; après quoi il sortit, et s’en alla à un autre lieu.

18 Quand il fut jour, il y eut un grand trouble parmi les soldats, pour savoir ce que Pierre était devenu.

19 Et Hérode, l’ayant fait chercher sans qu’on le pût trouver, il fit faire le procès aux gardes, et il commanda qu’on les menât au supplice. Puis il descendit de Judée à Césarée, où il s’arrêta.

20 Or, Hérode avait dessein de faire la guerre aux Tyriens et aux Sidoniens. Mais ils vinrent le trouver d’un commun accord, et ayant gagné Blaste, qui était chambellan, ils demandèrent la paix, parce que leur pays tirait sa subsistance de celui du roi.

21 Hérode donc, leur ayant donné jour pour leur parler, se revêtit de ses habits royaux, s’assit sur son trône, et les harangua.

22 Et le peuple s’écria : Voix d’un Dieu, et non point d’un homme !

23 Et à l’instant un ange du Seigneur le frappa, parce qu’il n’avait pas donné gloire à Dieu, et il mourut, rongé des vers.

24 Mais la parole du Seigneur faisait de grands progrès, et se répandait de plus en plus.

25 Et Barnabas et Saul, après s’être acquittés de leur ministère, revinrent de Jérusalem, ayant aussi pris avec eux Jean, surnommé Marc. 

REFLEXIONS

On voit d’abord dans ce chapitre que l’apôtre St. Jacques de même que St. Étienne scella la vérité de l’Évangile par son sang et qu’ainsi la religion chrétienne s’est établie par les souffrances de ceux qui l’annonçaient, ce qui en fait voir la vérité et la divinité.

II. Dieu qui avait permis que St. Jacques fût mis à mort permit aussi que le roi Hérode mit St. Pierre en prison, mais le Seigneur délivra miraculeusement cet apôtre en envoyant un ange qui lui ouvrit les portes de la prison et le mis en liberté. Cette merveilleuse délivrance nous donne lieu de reconnaître que si Dieu souffre quelques fois que les méchants exécutent leurs desseins, il ne leur permet pas toujours de faire tout le mal qu’ils avaient résolu et qu’il veille pour ses fidèles serviteurs. Mais on voit aussi en cela combien la prière a d’efficace puisque l’église de Jérusalem obtint la délivrance de St. Pierre par les prières qu’elle fit à Dieu.

III. La mort du roi Hérode, qui fut rongé de vers pour punition de son orgueil, est digne d’attention. Cet événement, qui est aussi rapporté par Josephe, historien juif, montre que Dieu confond les orgueilleux, que les persécuteurs de l’église font d’ordinaire une fin funeste et que les princes cruels et superbes reçoivent tôt ou tard la peine due à leur méchanceté.

CHAPITRE XIII

Paul et Barnabas vont d’Antioche à Chypre et de là à Paphos où St. Paul frappe d’aveuglement un imposteur juif et où il convertit à la foi le proconsul Serge Paul qui était le premier magistrat de cette île.

Après cela, St. Paul, étant arrivé à Antioche de Pisidie, fait un discours aux Juifs de cette ville-là dans lequel il leur montre que Dieu, selon les promesses qu’il avait faites à leurs pères avait envoyé Jésus-Christ, que ce Jésus qui avait été crucifié était ressuscité et que tous ceux qui croiraient en lui obtiendraient le salut.

Plusieurs, tant Juifs que Gentils, ayant cru à la prédication de St. Paul, les Juifs s’irritèrent contre lui et   le firent même chasser avec Barnabas, mais ces apôtres leur déclarèrent que puisqu’ils rejetaient l’Évangile, ils l’annonceraient aux païens, et ils se retirèrent. 

1 Il y avait dans l’Eglise d’Antioche quelques prophètes et docteurs, savoir, Barnabas, Siméon appelé Niger, Lucius le Cyrénéen, Manahem, qui avait été élevé avec Hérode le tétrarque, et Saul.

2 Comme donc ils vaquaient au service du Seigneur, et qu’ils jeûnaient, le Saint-Esprit leur dit : Séparez-moi Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés.

3 Après donc qu’ils eurent jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les firent partir.

4 Eux donc, étant envoyés par le Saint-Esprit, descendirent à Séleucie, où ils s’embarquèrent pour aller en Chypre.

5 Et lorsqu’ils furent arrivés à Salamine, ils annoncèrent la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs, et ils avaient Jean avec eux, pour les aider.

6 Ayant ensuite traversé l’île jusqu’à Paphos, ils trouvèrent un certain Juif, magicien et faux prophète, nommé Barjésu,

7 qui était avec le proconsul Serge Paul, homme sage et prudent. Celui-ci, ayant fait appeler Barnabas et Saul, désirait d’entendre la parole de Dieu.

8 Mais Elymas, c’est-à-dire le magicien, car c’est ce que signifie ce nom, leur résistait, tâchant de détourner le proconsul de la foi.

9 Mais Saul, qui est aussi appelé Paul, étant rempli du Saint-Esprit, ayant les yeux fixés sur lui, lui dit :

10 O homme, rempli de toute sorte de fraude et de méchanceté, enfant du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu point de pervertir les voies du Seigneur, qui sont droites ?

11 C’est pourquoi, voici, dès maintenant la main du Seigneur sera sur toi, et tu seras aveugle, sans voir le soleil, jusqu’à un certain temps. Et à l’instant l’obscurité et les ténèbres tombèrent sur lui ; et tournant de tous côtés, il cherchait quelqu’un qui le conduisît par la main.

12 Alors le proconsul, voyant ce qui était arrivé, crut, étant rempli d’admiration pour la doctrine du Seigneur.

13 Et quand Paul et ceux qui étaient avec lui, furent partis de Paphos, ils vinrent à Perge en Pamphylie. Mais Jean, s’étant séparé d’eux, s’en retourna à Jérusalem.

14 Pour eux, étant partis de Perge, ils vinrent à Antioche de Pisidie ; et étant entrés dans la synagogue, au jour du sabbat, ils s’assirent.

15 Et après la lecture de la loi et des prophètes, les principaux de la synagogue leur envoyèrent dire : Hommes frères, si vous avez quelque exhortation à faire au peuple, faites-la.

16 Alors Paul s’étant levé, et ayant fait signe de la main qu’on fît silence, il dit : Hommes Israélites, et vous qui craignez Dieu, écoutez.

17 Le Dieu de ce peuple d’Israël choisit nos pères, et rendit ce peuple illustre, lorsqu’ils demeuraient dans le pays d’Egypte, et il les en fit sortir à bras élevé.

18 Et il supporta leur conduite dans le désert, l’espace d’environ quarante ans.

19 Et ayant détruit sept nations au pays de Canaan, il leur distribua leur pays par le sort.

20 Et environ quatre cent cinquante ans après cela, il leur donna des juges, jusqu'au prophète Samuel.

21 Et ensuite ils demandèrent un roi, et Dieu leur donna Saül, fils de Kis, de la tribu de Benjamin, et ainsi se passèrent quarante ans.

22 Et Dieu l’ayant ôté, il leur suscita David pour roi, à qui aussi il rendit témoignage, en disant : J’ai trouvé David, fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui exécutera toutes mes volontés.

23 C’est de sa postérité que Dieu a suscité Jésus, selon sa promesse, pour être le Sauveur d’Israël.

24 Avant qu’il parût, Jean avait prêché le baptême de repentance à tout le peuple d’Israël.

25 Et lorsque Jean achevait sa course, il disait : Qui pensez-vous que je sois ? Je ne suis pas le Christ ; mais il en vient un après moi, dont je ne suis pas digne de délier les souliers de ses pieds.

26 C’est à vous, mes frères, qui êtes de la race d’Abraham, et à ceux d’entre vous qui craignent Dieu, que cette parole de salut est adressée.

27 Car les habitants de Jérusalem et leurs magistrats, n’ayant point reconnu Jésus, ont accompli, en le condamnant, les paroles des prophètes, qui se lisent chaque jour de sabbat.

28 Et bien qu’ils ne trouvassent rien en lui qui fût digne de mort, ils demandèrent à Pilate de le faire mourir.

29 Et après qu’ils eurent accompli tout ce qui avait été écrit de lui, on l'ôta du bois, et on le mit dans le sépulcre.

30 Mais Dieu l’a ressuscité des morts.

31 Et il a été vu, pendant plusieurs jours, de ceux qui étaient montés avec lui de Galilée à Jérusalem, qui sont ses témoins devant le peuple.

32 Et nous aussi, nous vous annonçons qu’à l’égard de la promesse qui avait été faite à nos pères,

33 Dieu l’a accomplie pour nous qui sommes leurs enfants, lorsqu’il a suscité Jésus ; comme il est écrit dans le second psaume : Tu es mon fils, je t’ai engendré aujourd’hui.

34 Et pour montrer qu’il l’a ressuscité des morts, pour ne devoir plus retourner au sépulcre, il a parlé ainsi : Je vous tiendrai fidèlement les promesses sacrées que j’ai faites à David.

35 C’est pourquoi il dit aussi dans un autre endroit : Tu ne permettras point que ton Saint sente la corruption ;

36 car pour David, après avoir servi en son temps aux desseins de Dieu, il est mort, et a été mis avec ses pères, et il a senti la corruption ;

37 mais celui que Dieu a ressuscité, n’a point senti la corruption.

38 Sachez donc, mes frères, que c’est par lui que la rémission des péchés vous est annoncée ;

39 et que c’est par lui que tous ceux qui croient sont justifiés de toutes les choses dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse.

40 Prenez donc garde qu’il ne vous arrive ce qui a été dit dans les prophètes :

41 Voyez, vous qui me méprisez, et soyez étonnés, et pâlissez d’effroi ; car je vais faire une œuvre en vos jours, une œuvre que vous ne croirez point, si quelqu’un vous la raconte.

42 Après qu’ils furent sortis de la synagogue des Juifs, les Gentils les prièrent de leur annoncer les mêmes choses le sabbat suivant.

43 Et quand l’assemblée fut séparée, plusieurs Juifs et prosélytes, craignant Dieu, suivirent Paul et Barnabas, qui les exhortèrent à persévérer dans la grâce de Dieu.

44 Le sabbat suivant, presque toute la ville s’assembla pour entendre la parole de Dieu.

45 Mais les Juifs, voyant la foule, furent remplis d’envie, et s’opposaient à ce que Paul disait, en contredisant et en blasphémant.

46 Alors Paul et Barnabas leur dirent hardiment : C’était bien à vous les premiers qu’il fallait annoncer la parole de Dieu, mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les Gentils.

47 Car le Seigneur nous l’a ainsi commandé quand il a dit : Je t’ai établi pour être la lumière des Gentils, afin que tu sois leur salut jusqu’aux extrémités de la terre.

48 Les Gentils, entendant cela, s’en réjouissaient, et donnaient gloire à la parole du Seigneur ; et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle, crurent.

49 Ainsi la parole du Seigneur se répandait par tout le pays.

50 Mais les Juifs animèrent quelques femmes dévotes et de qualité, et les principaux de la ville, et ils excitèrent une persécution contre Paul et Barnabas, et les chassèrent de leur pays.

51 Mais Paul et Barnabas, ayant secoué la poudre de leurs pieds contre eux, allèrent à Icone.

52 Cependant, les disciples étaient remplis de joie et du Saint-Esprit. 

REFLEXIONS

Saint Luc rapporte au commencement de ce chapitre que Paul et Barnabas étant allés en divers lieux de l’Asie et de la Grèce par l’ordre du Saint-Esprit et après que les prophètes et les ministres de l’église d’Antioche eurent prié et jeûné, ils annoncèrent l’Évangile dans tous ces lieux-là avec succès. Ce sont là des marques de la divinité de leur vocation, mais nous en avons surtout une preuve remarquable dans la conversion du gouverneur de Paphos et dans la punition miraculeuse d’Elymas qui voulait détourner ce gouverneur d’embrasser la religion chrétienne. On voit en ces deux hommes, dont l’un crut à la prédication de St. Paul et l’autre s’y opposait de toutes ses forces, que si la parole de Dieu sauve ceux qui la reçoivent, elle condamnera ceux qu’elle ne convertit pas et que ceux qui s’opposent à la vérité et qui détournent les autres de la foi et de la piété attirent sur eux les jugements de Dieu les plus sévères.

Le discours que St. Paul fit dans la synagogue d’Antioche est un abrégé de la doctrine chrétienne. Cet apôtre y montre aux Juifs que Jésus est né de la race de David et que c’est lui qui est le Messie promis, ce qu’il prouve par le témoignage de Jean-Baptiste et par les prédictions des prophètes. Il leur déclare ensuite que ce Jésus qu’on avait crucifié à Jérusalem était ressuscité conformément aux oracles du Vieux Testament. Enfin, il leur apprend que le but de la venue de Jésus-Christ a été d’obtenir aux hommes la rémission de leurs péchés, qu’ainsi tous ceux qui croiraient en lui seraient justifiés, mais que ceux qui le rejetteraient seraient exclus du salut.

Puisque c’est là la substance de la religion chrétienne, nous y devons faire une sérieuse et continuelle attention et reconnaître par-là que ce n’est que par le moyen de la foi en Jésus-Christ et par l’obéissance à l’Évangile que nous pouvons être sauvés.

Pour ce qui est de l’effet que produisit la prédication de St. Paul, St. Luc nous apprend que plusieurs la reçurent, mais que le plus grand nombre des Juifs s’obstinèrent dans leur incrédulité, ce qui fit que cet apôtre leur déclara qu’il allait se tourner vers les Gentils.

La doctrine de l’Évangile produit des effets bien différents quand elle est prêchée. Il y en a qui en profitent, mais il y en a d’autres qui la rejettent et qui, au lieu de céder à la vérité, s’y opposent même avec fierté. Mais s’il y a des incrédules qui demeurent dans l’aveuglement et dans la perdition, ils en sont eux seuls la cause, personne n’étant exclus de la vie éternelle que ceux qui s’en jugent eux-mêmes indignes. 

CHAPITRE XIV

Paul et Barnabas prêchent à Icône. De là ils vont à Lystre où, ayant guéri un impotent, les habitants de ce lieu-là les prirent pour des dieux, ce qui donna à St. Paul de les exhorter à renoncer à l’idolâtrie.

Peu après cet apôtre fut lapidé par le peuple de cette ville que les Juifs avaient soulevé, mais Dieu lui ayant conservé la vie, il s’en alla en d’autres lieux et il revint à Antioche. 

1 Paul et Barnabas étant arrivés à Icone, ils entrèrent ensemble dans la synagogue des Juifs, et ils parlèrent de telle sorte qu’il y eut une grande multitude de Juifs et de Grecs qui crurent.

2 Mais les Juifs incrédules excitèrent et irritèrent les esprits des Gentils contre les frères.

3 Paul et Barnabas demeurèrent cependant là assez longtemps, parlant hardiment du Seigneur, qui rendait témoignage à la parole de sa grâce, en faisant par leurs mains des prodiges et des miracles.

4 Mais le peuple de la ville fut partagé ; et les uns étaient pour les Juifs, et les autres pour les apôtres.

5 Et comme il se fit une émeute des Gentils et des Juifs, avec leurs principaux chefs, pour outrager les apôtres et pour les lapider,

6 eux l’ayant appris, s’enfuirent aux villes de Lycaonie, savoir, à Lystre et à Derbe, et au pays d’alentour ;

7 et ils y annoncèrent l’évangile.

8 Il y avait à Lystre un homme impotent de ses jambes, qui était assis ; il était perclus dès sa naissance, et il n’avait jamais marché.

9 Il entendit parler Paul, qui, ayant arrêté les yeux sur lui, et voyant qu’il avait la foi pour être guéri,

10 Dit à haute voix : Lève-toi, et tiens-toi droit sur tes pieds. Et il se leva en sautant, et il marcha.

11 Et le peuple, ayant vu ce que Paul avait fait, s’écria, et dit en langue lycaonienne : Des dieux, ayant pris une forme humaine, sont descendus vers nous.

12 Et ils appelaient Barnabas, Jupiter, et Paul, Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole.

13 Et même le sacrificateur de Jupiter, qui était à l’entrée de leur ville, vint avec des taureaux et des couronnes, et voulait leur sacrifier avec la multitude.

14 Mais les apôtres, Barnabas et Paul, l’ayant appris, déchirèrent leurs vêtements, et se jetèrent au milieu de la foule en s’écriant,

15 et disant : Hommes, pourquoi faites-vous cela ? Nous ne sommes que des hommes, sujets aux mêmes infirmités que vous ; et nous vous annonçons, qu’en quittant ces choses vaines, vous vous convertissiez au Dieu vivant, qui a fait le ciel, la terre et la mer, et toutes les choses qui y sont ;

16 qui dans les temps passés a laissé marcher toutes les nations dans leurs voies.

17 Quoiqu’il n’ait point cessé de donner des témoignages de ce qu’il est, en nous faisant du bien, en nous envoyant les pluies du ciel, et les saisons fertiles, en nous donnant la nourriture avec abondance, et en remplissant nos cœurs de joie.

18 Et en disant cela, à peine purent-ils empêcher le peuple de leur sacrifier.

19 Alors, quelques Juifs survinrent d’Antioche et d’Icone, qui gagnèrent le peuple, en sorte qu’ayant lapidé Paul, ils le traînèrent hors de la ville, croyant qu’il était mort.

20 Mais les disciples s’étant assemblés autour de lui, il se leva et rentra dans la ville, et le lendemain il s’en alla avec Barnabas à Derbe.

21 Et après avoir annoncé l’évangile dans cette ville-là, et y avoir fait plusieurs disciples, ils retournèrent à Lystre, à Icone et à Antioche ;

22 fortifiant l’esprit des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, et leur représentant que c’est par plusieurs afflictions qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu.

23 Et après avoir prié et jeûné, ils établirent des anciens dans chaque Église, et ils les recommandèrent au Seigneur, en qui ils avaient cru.

24 Puis, ayant traversé la Pisidie, ils vinrent en Pamphylie.

25 Et ayant annoncé la parole à Perge, ils descendirent à Attalie.

26 Et de là ils s’embarquèrent pour Antioche, d’où ils étaient partis, après avoir été recommandés à la grâce de Dieu, pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie.

27 Et quand ils furent arrivés et qu’ils eurent assemblé l’Église, ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites par eux, et comment il avait ouvert aux Gentils la porte de la foi.

28 Et ils demeurèrent là longtemps avec les disciples. 

REFLEXIONS

On voit ici en général que les apôtres ont exercés leur ministère avec un grand zèle et au milieu des persécutions et que St. Paul en particulier a éprouvé partout la fureur des Juifs puisqu’il fut en danger d’être lapidé à Icone avec Barnabas et qu’ensuite on le lapida à Lystre et qu’il fut même laissé pour mort. Mais on remarque aussi que Dieu garantissait les apôtres dans les périls continuels auxquels ils étaient exposés, qu’il faisait par leur moyen des miracles surprenant et que s’ils avaient le déplaisir de voir les Juifs s’opposer à eux, ils avaient d’un autre côté la consolation d’amener plusieurs païens à la foi.

II. St. Paul fit paraître un zèle admirable lorsqu’après qu’il eût guéri un impotent, les habitants de Lystre le prirent lui et Barnabas pour des dieux et qu’ils voulurent leur rendre des honneurs divins.

Ceux qui craignent Dieu et qui ont un vrai zèle ne cherchent jamais leur propre gloire et leur grand but est que Dieu seul soit glorifié et que les hommes le connaissent et l’adorent.

III. Le discours que St. Paul fit aux Lycaoniens qui étaient des peuples idolâtres nous enseigne que Dieu s’est fait connaître de tout temps aux hommes par les œuvres de la nature et de la providence et qu’il leur a toujours donné des témoignages de sa bonté.

Sur quoi nous devons considérer que si les bienfaits que Dieu accorde aux hommes dans la nature doivent les engager à l’aimer et à le servir, nous y sommes beaucoup plus obligés, nous à qui il s’est révélé par l’Évangile et à qui il a donné des témoignages si convainquant de son amour en envoyant Jésus-Christ au monde.

St. Luc remarque sur la fin de ce chapitre que les apôtres avaient un soin particulier d’aller en divers lieux pour exhorter les chrétiens et surtout pour établir des pasteurs en chaque église. Cette conduite des apôtres montre que les fidèles ont toujours besoin d’être instruits et exhortés, qu’en particulier le ministère de pasteur est tout-à-fait nécessaire et que la volonté de Dieu est que partout où il y a des chrétiens il y ait des ministres pour enseigner, pour exhorter et pour conduite l’église. 

CHAPITRE XV.

Une dispute s’étant élevée dans l’église d’Antioche sur ce que quelques Juifs qui s’étaient fait chrétiens soutenaient que les païens qui se convertissaient à la religion chrétienne devaient être circoncit comme les Juifs et garder les cérémonies de la loi de Moïse, Paul et Barnabas furent envoyés à Jérusalem pour consulter les apôtres sur cette question-là.

Les apôtres étant assemblés déclarèrent que les païens n’étaient pas obligés d’observer la circoncision et les cérémonies de la loi et qu’ils suffisait qu’ils crussent en Jésus-Christ, qu’ils obéissent à l’Évangile et qu’ils s’abstinssent de ce qui pourrait les entraîner dans l’idolâtrie. C’est ce que les apôtres firent savoir à l’église d’Antioche par une lettre qui fut portée par Paul et Barnabas.

Après quoi ces deux serviteurs de Dieu allèrent en d’autres pays pour y annoncer l’Évangile. 

1 Or, quelques-uns qui étaient venus de Judée, enseignaient les frères, et leur disaient : Si vous n’êtes circoncis selon l’usage de Moïse, vous ne pouvez être sauvés.

2 Sur quoi une grande contestation et une dispute s’étant élevée entre Paul et Barnabas et eux, il fut résolu que Paul et Barnabas, avec quelques-uns d’entre eux, monteraient à Jérusalem, pour consulter les apôtres et les anciens sur cette question.

3 Etant donc envoyés de la part de l’Église, ils traversèrent la Phénicie et la Samarie, racontant la conversion des Gentils ; et ils donnèrent une grande joie à tous les frères.

4 Et étant arrivés à Jérusalem, ils furent bien reçus par l’Église, par les apôtres et par les anciens, et ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites par eux.

5 Mais, dirent-ils, quelques-uns de la secte des Pharisiens, qui ont cru, se sont élevés, disant, qu’il fallait circoncire les Gentils, et leur ordonner de garder la loi de Moïse.

6 Alors, les apôtres et les anciens s’assemblèrent pour examiner cette affaire.

7 Et après une grande dispute, Pierre se leva, et leur dit : Mes frères, vous savez qu’il y a longtemps que Dieu m’a choisi d’entre nous, afin que les Gentils entendissent par ma bouche la parole de l’évangile, et qu’ils crussent.

8 Et Dieu qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, leur donnant le Saint-Esprit aussi bien qu’à nous.

9 Et il n’a point fait de différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi.

10 Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ?

11 Mais nous croyons que nous serons sauvés par la grâce du Seigneur Jésus-Christ, de même qu’eux.

12 Alors, toute l’assemblée se tut, et ils écoutaient Barnabas et Paul, qui leur racontaient quels miracles et quelles merveilles Dieu avait faits par eux parmi les Gentils.

13 Et après qu’ils eurent cessé de parler, Jacques prit la parole, et dit : Mes frères, écoutez-moi :

14 Simon a recité comment Dieu a commencé de visiter les Gentils, pour en faire un peuple consacré à son nom.

15 Et c’est à quoi les paroles des prophètes s’accordent, selon qu’il est écrit :

16 Après cela, je reviendrai, et je rebâtirai le tabernacle de David, qui est tombé ; je réparerai ses ruines, et je le redresserai ;

17 afin que le reste des hommes, et toutes les nations parmi lesquelles mon nom est invoqué, cherchent le Seigneur ; c’est ce que dit le Seigneur, qui a fait toutes ces choses.

18 Toutes les œuvres de Dieu lui sont connues de toute éternité.

19 C’est pourquoi j’estime qu’il ne faut point inquiéter ceux d’entre les Gentils qui se convertissent à Dieu ;

20 mais qu’il faut leur écrire de s’abstenir des souillures des idoles, de la fornication, des choses étouffées et du sang.

21 Car, pour ce qui est de Moïse, il y a depuis plusieurs siècles, des gens qui le prêchent dans les synagogues, où on le lit tous les jours de sabbat.

22 Alors, les apôtres et les anciens, avec toute l’Eglise, jugèrent à propos d’envoyer à Antioche des personnes choisies d’entre eux, avec Paul et Barnabas, savoir, Jude, surnommé Barsabas, et Silas, qui étaient des principaux d’entre les frères ;

23 en écrivant par eux en ces termes : Les apôtres, les anciens et les frères, à nos frères d’entre les Gentils qui sont à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut.

24 Comme nous avons appris que quelques-uns qui sont partis d’entre nous, vous ont troublés par leurs discours, et ont ébranlé vos âmes, en disant qu’il faut être circoncis et garder la loi ; de quoi nous ne leur avions donné aucun ordre ;

25 nous avons été d’avis, après nous être assemblés d’un commun accord, de vous envoyer des personnes choisies, avec nos chers frères Barnabas et Paul,

26 qui sont des hommes qui ont exposé leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ.

27 Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous feront aussi entendre les mêmes choses de bouche :

28 C’est qu’il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous, de ne vous point imposer d’autre charge que ces choses qui sont nécessaires ;

29 savoir, que vous vous absteniez de ce qui a été sacrifié aux idoles, du sang, des choses étouffées, et de la fornication ; desquelles choses vous ferez bien de vous garder. Adieu.

30 Ayant donc été envoyés, ils vinrent à Antioche ; et ayant assemblé la multitude des fidèles, ils leur rendirent cette lettre.

31 Et après qu’elle eut été lue, ils se réjouirent de la consolation qu’elle leur donna.

32 Jude et Silas, qui étaient eux-mêmes prophètes, exhortèrent et fortifièrent aussi les frères par plusieurs discours.

33 Et après qu’ils eurent demeuré là quelque temps, les frères les renvoyèrent en paix vers les apôtres.

34 Toutefois, Silas jugea à propos de demeurer à Antioche.

35 Et Paul et Barnabas y demeurèrent aussi, enseignant et annonçant avec plusieurs autres la parole du Seigneur.

36 Quelques jours après, Paul dit à Barnabas : Retournons visiter nos frères, par toutes les villes où nous avons annoncé la parole du Seigneur, pour voir en quel état ils sont.

37 Et Barnabas était d’avis de prendre avec eux Jean, surnommé Marc.

38 Mais il ne semblait pas raisonnable à Paul de prendre avec eux celui qui les avait quittés en Pamphylie, et qui ne les avait pas accompagnés dans l’œuvre de leur ministère.

39 Il y eut donc entre eux une contestation, en sorte qu’ils se séparèrent l’un de l’autre, et que Barnabas, ayant pris Marc avec lui, s’embarqua pour aller en Chypre.

40 Mais Paul, ayant choisi Silas, partit, après avoir été recommandé à la grâce de Dieu par les frères ;

41 et il traversa la Syrie et la Cilicie, confirmant les Eglises. 

REFLEXIONS

C’est ici un chapitre qui mérite une attention particulière.

La doctrine de la justification y est parfaitement éclaircie et ce qui y est dit sert à l’intelligence des endroits du Nouveau Testament où cette doctrine est traitée. Il faut se souvenir en premier lieu que la question qui fut proposée n’était pas de savoir si les païens pour être sauvés devaient garder les commandements de Jésus-Christ, et faire des bonnes œuvres, personne ne doutait alors de cette vérité là et il n’y avait aucune dispute là-dessus. Mais la question était si les païens devaient se soumettre à la circoncision et aux cérémonies de la loi de Moïse comme certains Juifs convertis à la foi chrétienne le prétendaient.

Après cela, il faut remarquer que les apôtres décidèrent deux choses sur cette question-là.

La première qu’il ne fallait point obliger les païens qui se convertissaient à être circoncis et à pratiquer les cérémonies des Juifs, mais qu’il suffisait pour le salut qu’ils crussent sincèrement en Jésus-Christ.

C’est ce que les apôtres prouvent :

I. Parce que Dieu avait répandu son Esprit sur les païens aussi bien que sur les Juifs et qu’il leur avait donné la foi.

II. Par la nature même des cérémonies mosaïques et enfin par les oracles des prophètes.

C’est aussi la doctrine que St. Paul établit dans ses épîtres où il enseigne : que nous sommes justifiés par la foi en Jésus-Christ, sans les œuvres de la loi.

L’autre chose que les apôtres déclarèrent fut que les païens doivent cependant s’abstenir de ce qui avait été sacrifié aux idoles, du sang, des choses étouffées et de la fornication. La raison de cette défense était que l’usage de ces viandes, de même que l’impureté faisaient une partie du culte et des festins idolâtres des païens et qu’ainsi, si les chrétiens ne s’étaient pas abstenus de ces choses-là, cela aurait pu les entraîner dans l’idolâtrie, scandaliser les Juifs et confirmer les païens dans leur fausse religion.

Il parait donc clairement d’ici que les apôtres n’ont point dispensé les hommes de la loi morale, mais qu’ils ne les ont dispensés que de la loi des cérémonies et que même en enseignant que nous sommes justifié par la foi, ils ont établi de la manière la plus forte la nécessité des bonnes œuvres puisque la foi ne peut être sincère si elle ne produit l’étude de la sainteté et l’obéissance à l’Évangile.

Pour ce qui est de la séparation de Saint Barnabas d’avec Saint Paul dont il est fait mention sur la fin de ce chapitre, on y voit à la vérité quelque différence de sentiments entre ces deux excellents serviteurs de Dieu, mais cela ne les désunit point et ne les empêcha pas d’aller toujours à leur devoir et de travailler sans relâche à l’avancement du règne de Jésus-Christ. 

CHAPITRE XVI.

Saint Paul appelle Timothée au ministère et après avoir été en divers lieux, il va dans la Macédoine et il arrive dans la ville de Philippes où il prêche l’Évangile et où une femme nommée Lydie embrasse la religion chrétienne.

Pendant que St Paul était à Philippes, il se fit une émeute contre lui parce qu’il avait délivré une servante d’un mauvais esprit dont elle était possédée, il fut fouetté avec Silas et mis en prison, mais Dieu les délivra miraculeusement, le geôlier fut converti à la foi et les magistrats de Philippe prièrent St. Paul et Silas de se retirer après leur avoir fait des excuses du mauvais traitement qu’ils avaient reçu. 

1 Paul arriva à Derbe et à Lystre, et il y avait là un disciple nommé Timothée, fils d’une femme Juive fidèle, mais d’un père Grec ;

2 et comme les frères qui étaient à Lystre et à Icone, lui rendaient un bon témoignage,

3 Paul voulut qu’il l’accompagnât ; et l’ayant pris avec lui, il le circoncit, à cause des Juifs qui étaient en ces lieux-là ; car tous savaient que son père était Grec.

4 Et comme ils allaient de ville en ville, ils recommandaient aux fidèles de garder les ordonnances qui avaient été établies par les apôtres et par les anciens de Jérusalem.

5 Ainsi, les Eglises étaient confirmées dans la foi, et elles croissaient en nombre de jour en jour.

6 Puis, ayant traversé la Phrygie et la Galatie, le Saint-Esprit leur défendit d’annoncer la Parole en Asie.

7 Et étant venus en Mysie, ils se disposaient à aller en Bithynie ; mais l’Esprit ne le leur permit pas.

8 Ils traversèrent ensuite la Mysie, et descendirent à Troas.

9 Et Paul eut une vision pendant la nuit : un homme macédonien se présenta devant lui, et le pria, disant : Passe en Macédoine et viens nous secourir.

10 Aussitôt qu’il eut vu cette vision, nous nous disposâmes à passer en Macédoine, concluant de là que le Seigneur nous y rappelait, pour leur annoncer l’Evangile.

11 Etant donc partis de Troas, nous tirâmes droit vers Samothrace, et le lendemain à Néapolis ;

12 et de là à Philippes, qui est la première ville de ce quartier de la Macédoine, et une colonie romaine ; et nous y séjournâmes quelques jours.

13 Le jour du sabbat nous sortîmes de la ville ; et nous allâmes près de la rivière, où l’on avait accoutumé de faire la prière, et nous étant assis, nous parlions aux femmes qui s’y étaient assemblées.

14 Et une certaine femme nommée Lydie, de la ville de Thyatire, marchande de pourpre, qui craignait Dieu, nous écouta ; et le Seigneur lui ouvrit le cœur, pour faire attention aux choses que Paul disait.

15 Et quand elle eut été baptisée avec sa famille, elle nous fit cette prière : Si vous m’avez crue fidèle au Seigneur, entrez dans ma maison, et y demeurez ; et elle nous y obligea.

16 Or, un jour que nous allions à la prière, une servante qui avait un esprit de Python, et qui apportait un grand profit à ses maîtres en devinant, nous rencontra.

17 Elle nous suivait, Paul et nous, en criant : Ces hommes sont des serviteurs du Dieu très haut, et ils vous annoncent la voie du salut.

18 Elle fit cela pendant plusieurs jours ; mais Paul, en étant importuné, se retourna, et dit à l’esprit : Je te commande, au nom de Jésus-Christ, de sortir de cette fille. Et il en sortit au même instant.

19 Mais ses maîtres, voyant qu’ils avaient perdu l’espérance de leur gain, se saisirent de Paul et de Silas, et les traînèrent à la place publique, devant les magistrats.

20 Et ils les présentèrent aux magistrats, et leur dirent : Ces hommes-ci, qui sont Juifs, troublent notre ville ;

21 et ils enseignent une manière de vivre qu’il ne nous est pas permis de recevoir, ni de suivre, à nous qui sommes Romains.

22 Et le peuple en foule s’éleva contre eux, et les magistrats, ayant fait déchirer leurs robes, ordonnèrent qu’ils fussent battus de verges.

23 Et après qu’on leur eut donné plusieurs coups, ils les firent mettre en prison ; et ils ordonnèrent au geôlier de les garder sûrement.

24 Ayant reçu cet ordre, il les mit au fond de la prison, et leur serra les pieds dans des entraves.

25 Sur le minuit, Paul et Silas, étant en prières, chantaient les louanges de Dieu, et les prisonniers les entendaient.

26 Et tout d’un coup il se fit un grand tremblement de terre, en sorte que les fondements de la prison en furent ébranlés, et en même temps toutes les portes furent ouvertes, et les liens de tous les prisonniers furent rompus.

27 Alors le geôlier, étant réveillé, et voyant les portes de la prison ouvertes, tira son épée, et allait se tuer, croyant que les prisonniers s’étaient sauvés.

28 Mais Paul lui cria à haute voix : Ne te fais point de mal ; nous sommes tous ici.

29 Alors le geôlier, ayant demandé de la lumière, entra promptement, et tout tremblant il se jeta aux pieds de Paul et de Silas.

30 Et les ayant menés dehors, il leur dit : Seigneurs, que faut-il que je fasse pour être sauvé ?

31 Ils lui dirent : Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé, toi et ta famille.

32 Et ils lui annoncèrent la parole du Seigneur, et à tous ceux qui étaient dans sa maison.

33 Et les ayant pris à cette même heure de la nuit, il lava leurs plaies ; et aussitôt il fut baptisé, lui et tous les siens.

34 Et les ayant menés dans son logement, il leur fit servir à manger ; et il se réjouit de ce qu’il avait cru en Dieu, avec toute sa famille.

35 Le jour étant venu, les magistrats envoyèrent des sergents, pour dire au geôlier : Laisse aller ces gens-là.

36 Aussitôt le geôlier rapporta ces paroles à Paul, et lui dit : Les magistrats ont envoyé dire qu’on vous laissât aller ; sortez donc maintenant, et vous en allez en paix.

37 Mais Paul dit aux sergents : Après nous avoir battus de verges publiquement, sans forme de jugement, nous qui sommes Romains, ils nous ont mis en prison ; et maintenant ils nous font sortir en secret ; il n’en sera pas ainsi ; mais qu’ils viennent eux-mêmes, et nous mettent en liberté.

38 Et les sergents rapportèrent cela aux magistrats, qui eurent peur, ayant appris qu’ils étaient Romains.

39 C’est pourquoi ils vinrent vers eux, et leur firent des excuses, et les ayant mis hors de la prison, ils les prièrent de se retirer de la ville.

40 Et eux, étant sortis de la prison, entrèrent chez Lydie ; et ayant vu les frères, ils les consolèrent, et ensuite ils partirent.

 REFLEXIONS

Il y a deux choses à remarquer sur la vocation de Timothée au saint ministère.

I. La première, que Timothée, qui fut un si grand serviteur de Dieu, avait été élevé dans la piété et que bien qu’il fût jeune, tout le monde lui rendait un bon témoignage, par où l’on voit qu’il ne faut établir dans le ministère que des personnes qui craignent Dieu dès leur jeunesse et qui aient le témoignage d’une bonne et sainte vie.

II. La seconde, que St. Paul, qui condamnait la circoncision lorsqu’on voulait l’imposer aux païens, comme un devoir nécessaire, fit pourtant circoncire Timothée par des raison de prudence, de peur que les Juifs ne rejetassent son ministère sous prétexte qu’il était né d’un père païen. C’est là un exemple de condescendance et de charité qui nous apprend que dans les choses indifférentes il faut s’accommoder autant qu’il est possible aux personnes faibles, éviter ce qui pourrait les scandaliser et avoir toujours égard à ce qui peut le plus contribuer à la paix et à l’édification de l’église.

III. Sur ce que Saint Luc dit que le Saint-Esprit ne permit pas à Saint Paul d’aller en Asie et qu’il fut averti par une vision d’aller annoncer l’Évangile dans la Macédoine, nous devons considérer que c’était Dieu qui conduisait les apôtres dans les lieux où ils pouvaient faire le plus de fruit et où leur présence était la plus nécessaire. Dieu ne trouve pas toujours à propos que l’Évangile soit prêché en toutes sortes de lieux, mais il le fait annoncer à certains peuples plutôt qu’à d’autres pour de justes raisons.

IV. Saint Luc rapporte qu’une femme nommée Lydie écouta Saint Paul et que Dieu ouvrit le cœur de cette femme pour croire ce que cet apôtre disait. Cela nous montre que la foi se produit par l’ouïe de la parole de Dieu et par l’efficace de la grâce qui ouvre le cœur et le fléchi.

V. Saint Paul ayant délivré une servante qui était possédée d’un mauvais esprit, les maîtres de cette servante au lieu d’être touché de ce miracle, soulevèrent le magistrat contre lui parce qu’ils perdaient le profit qu’elle leur apportait en devinant. Cela fait voir combien l’intérêt a de pouvoir pour exciter les passions des hommes et pour les empêcher de connaître et de recevoir la vérité. Saint Paul et Silas furent fouettés et emprisonnés par ordre du magistrat de Philippes, mais ils firent paraître une constance admirable en souffrant cette peine et cette ignominie et en chantant les louanges de Dieu dans la prison.

C’est ainsi que les chrétiens reçoivent non seulement avec patience, mais même avec joie les maux auxquels ils sont exposés pour Jésus-Christ. Dieu ouvrit par un tremblement de terre les portes de    la prison où Paul et Silas étaient renfermés et ils eurent même la joie de convertir le geôlier. Cela marquait bien sensiblement que Dieu protégeait ses fidèles serviteurs et tout ce que l’on faisait contre les apôtres tournait à la gloire de Dieu, à l’avancement de l’Évangile et à leur plus grande consolation.

Enfin on doit remarquer que Saint Paul allégua qu’il était bourgeois de Rome pour obliger les magistrats de la ville de Philippes à reconnaître le tort qu’ils avaient eu de l’avoir fait fouetter et emprisonner lui et Silas sans aucune forme de jugement. Il en usa ainsi pour faire voir son innocence et pour l’honneur de l’Évangile qu’il annonçait. Du reste, il parait par cela même que St. Paul ne craignait point les souffrances puisque s’il eût d’abord dit qu’il était bourgeois de Rome, il aurait évité le fouet et la prison. Ainsi l’on voit qu’il joignait une grande prudence à une patience admirable et à une profonde humilité.

 CHAPITRE XVII

St. Paul et Silas annoncent l’Évangile avec succès à Thessalonique, mais les Juifs ayant soulevés le magistrat et le peuple de cette ville contre eux, ils vont à Bérée et y convertissent plusieurs personnes.

Y étant encore persécutés par les Juifs, St. Paul se retira de Bérée et s’en alla à Athènes qui était une ville célèbre de la Grèce. Il y annonça l’Évangile et il y convertit quelques personnes. 

1 Paul et Silas, ayant passé par Amphipolis et par Apollinie, vinrent à Thessalonique, où il y avait une synagogue de Juifs.

2 Et Paul, selon sa coutume, entra vers eux, et il les entretint des Ecritures, pendant trois jours de sabbat,

3 leur découvrant et leur faisant voir qu’il avait fallu que le Christ souffrît, et qu’il ressuscitât des morts ; et ce Christ, leur disait-il, est Jésus que je vous annonce.

4 Et quelques-uns d’entre eux crurent, et se joignirent à Paul et à Silas, comme aussi une grande multitude de Grecs craignant Dieu, et plusieurs femmes de qualité.

5 Mais les Juifs incrédules, étant émus d’envie, prirent avec eux quelques hommes méchants et fainéants ; et ayant excité un tumulte, ils troublèrent toute la ville, et faisant violence à la maison de Jason, ils cherchaient Paul et Silas, pour les mener vers le peuple.

6 Mais ne les y ayant pas trouvés, ils traînèrent Jason et quelques-uns des frères devant les magistrats de la ville, en criant : Ces gens, qui ont troublé tout le monde, sont aussi venus ici.

7 Et Jason les a reçus chez lui ; et ils sont tous rebelles aux ordonnances de César, en disant qu’il y a un autre roi, qu’ils nomment Jésus.

8 Il émurent donc la populace, et même les magistrats de la ville, qui les écoutèrent.

9 Mais ayant reçu caution de Jason et des autres, ils les laissèrent aller.

10 Et incontinent les frères firent partir de nuit Paul et Silas, pour aller à Bérée, où étant arrivés, ils entrèrent dans la synagogue des Juifs.

11 Ceux-ci eurent des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique, et ils reçurent la parole avec beaucoup de promptitude, examinant tous les jours les Écritures, pour savoir si ce qu’on leur disait y était conforme.

12 Plusieurs donc d’entre eux crurent, et des femmes grecques de qualité, et des hommes en assez grand nombre.

13 Mais, quand les Juifs de Thessalonique surent que la parole de Dieu était annoncée à Bérée par Paul, ils y vinrent et émurent le peuple.

14 Et aussitôt les frères en firent sortir Paul, comme pour aller du côté de la mer ; mais Silas et Timothée demeurèrent encore à Bérée.

15 Et ceux qui s’étaient chargés de mettre Paul en sûreté, le menèrent jusqu’à Athènes, et après avoir reçu ordre de lui de dire à Silas et à Timothée de venir le trouver au plus tôt, ils partirent.

16 Pendant que Paul les attendait à Athènes, il avait le cœur outré, en voyant cette ville toute plongée dans l’idolâtrie.

17 Il s’entretenait donc dans la synagogue avec les Juifs et avec ceux qui craignaient Dieu, et tous les jours en la place avec ceux qui s’y rencontraient.

18 Et quelques philosophes épicuriens et stoïciens conférèrent avec lui ; et les uns disaient : Que veut dire ce discoureur ? Et les autres disaient : Il semble qu’il annonce des divinités étrangères ; c’était parce qu’il leur annonçait Jésus et la résurrection.

19 Et l’ayant pris, ils le menèrent à l’aréopage, en lui disant : Pourrions-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine que tu annonces ?

20 Car nous t’entendons dire certaines choses fort étranges ; nous voudrions donc bien savoir ce que c’est.

21 Or, tous les Athéniens et les étrangers qui demeuraient à Athènes, ne s’occupaient qu’à dire et à écouter quelque nouvelle.

22 Alors Paul, se tenant au milieu de l’aréopage, dit : Hommes athéniens, je remarque qu’en toutes choses vous êtes, pour ainsi dire, dévots jusqu’à l’excès.

23 Car en passant et en regardant vos divinités, j’ai trouvé même un autel sur lequel il y a cette inscription : AU DIEU INCONNU. Celui donc que vous honorez sans le connaître, c’est celui que je vous annonce.

24 Le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans les temples bâtis par la main des hommes.

25 Il n’est point servi par les mains des hommes, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, la respiration et toutes choses.

26 Il a fait naître d’un seul sang tout le genre humain, pour habiter sur toute l’étendue de la terre, ayant déterminé les temps précis et les bornes de leur habitation ;

27 afin qu’ils cherchent le Seigneur, et qu’ils puissent comme le toucher de la main et le trouver, quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous.

28 Car c’est par lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être ; selon que quelques-uns de vos poètes ont dit, que nous sommes aussi la race de Dieu.

29 Etant donc la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité soit semblable à de l’or, ou à de l’argent, ou à de la pierre taillée par l’art et l’industrie des hommes.

30 Dieu donc, ayant laissé passer ces temps d’ignorance, annonce maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils se convertissent ;

31 parce qu’il a arrêté un jour, auquel il doit juger le monde avec justice, par l’Homme qu’il a établi pour cela, de quoi il a donné à tous les hommes une preuve certaine, en le ressuscitant des morts.

32 Et quand ils entendirent parler de la résurrection des morts, les uns s’en moquèrent, et les autres dirent : Nous t’entendrons là-dessus une autre fois.

33 Ainsi Paul sortit du milieu d’eux.

34 Il y en eut cependant quelques-uns qui se joignirent à lui, et qui crurent ; entre lesquels était Denis, juge de l’Aréopage, et une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux. 

REFLEXIONS

L’arrivée de Saint Paul et de Silas à Thessalonique et à Bérée, leur prédication dans ces deux villes et    la sédition que les Juifs excitèrent contre eux nous montrent que St. Paul ne se relâchait point, que les Juifs qui étaient les plus ardents ennemis de l’Évangile le persécutaient en tous lieux, mais qu’il avait aussi la consolation de gagner partout des âmes à Jésus-Christ.

II. Ce qui est dit ici à la louange des fidèles de Bérée est remarquable, c’est qu’ils reçurent promptement la parole de Dieu et qu’ils examinaient les saintes Écritures pour voir si ce que St. Paul leur annonçait y était conforme. Nous devons apprendre de là qu’il faut recevoir la vérité avec docilité et avec promptitude et en même temps avec connaissance et discernement et que tous les chrétiens ont le droit d’examiner par la parole de Dieu la doctrine qu’on leur annonce afin de ne rien croire qui ne s’accorde avec cette divine parole qui est l’unique règle de la foi et de se soumettre avec obéissance à tout ce qui y est conforme.

III. On remarque dans ce chapitre le grand zèle de St. Paul. Affligé de voir la ville d’Athènes engagée dans l’idolâtrie, il prit la résolution d’y annoncer l’Évangile et, étant prié par quelques philosophes de les informer de la doctrine qu’il enseignait, il ne fit point difficulté de leur parler de la vraie religion.

À l’imitation de St. Paul, nous devons être vivement touché lorsque nous voyons les hommes engagés dans l’erreur et dans l’égarement et profiter de toutes les occasions qui se présentent de les en retirer.

On découvre, dans le discours que St. Paul fit aux Athéniens, d’un côté la sagesse  et  la  prudence de cet Apôtre qui prit occasion des superstitions mêmes où ils étaient engagés, de leur parler du vrai Dieu et de l’autre, l’évidence et la force avec laquelle il leur fit voir par les raisons les plus convaincantes et par le témoignage de leurs propres poètes qu’il y a un Dieu tout puissant et tout bon qui a créé toutes choses et que c’est une folie extrême et le dernier égarement de servir des idoles d’or, d’argent ou de pierre comme faisaient les païens. Ce discours de St. Paul renferme les principaux articles de la religion, qu’il n’y a qu’un seul Dieu, créateur et conservateur du monde, que ce Dieu n’est pas loin de chacun de nous, qu’il n’a point besoin de notre service, ni d’aucune chose puisqu’il nous donne à tous la vie, le mouvement et l’être. Mais nous devons surtout faire attention à ces paroles qui sont l’abrégé de la doctrine et des devoirs de l’Évangile : Que Dieu fait annoncer maintenant à tous les hommes en tous lieux qu’ils se convertissent et qu’il y a un jour auquel il doit juger le monde par notre Seigneur Jésus-Christ.

Ces vérités que St. Paul enseigna autrefois dans une ville idolâtre sont celles que nous faisons profession de croire, mais elles ne peuvent nous devenir salutaires qu’autant qu’elles nous portent à servir Dieu, à le craindre et à obéir à l’Évangile.

Enfin, le discours de St. Paul fut suivi de la conversion de quelques personnes, mais la plupart de ceux qui l’avaient ouï demeurèrent dans l’incrédulité et même il y en eut qui se moquèrent de la doctrine de cet Apôtre. C’est ainsi que la prédication de la parole de Dieu opère la conversion des uns pendant que les autres la rejettent avec fierté et mépris. 

CHAPITRE XVIII

St. Paul demeure à Corinthe un an et demi, il y convertit un grand nombre de personnes et il y est accusé par les Juifs devant le magistrat. De là il s’en alla à Éphèse, à Jérusalem, à Antioche et en d’autres lieux pour visiter les églises et les confirmer dans la foi.

Sur la fin de ce chapitre, Il est parlé d’Apollos qui était un ministre de l’Évangile, illustre par son zèle et par ses grands dons. 

1 Après cela, Paul étant parti d’Athènes, vint à Corinthe.

2 Et y ayant trouvé un Juif, nommé Aquilas, originaire du Pont, qui était nouvellement venu d’Italie avec Priscille sa femme, parce que Claude avait ordonné à tous les Juifs de sortir de Rome, il s’adressa à eux.

3 Et comme il était du même métier qu’eux, il demeura chez eux, et y travaillait ; et leur métier était de faire des tentes.

4 Il discourait dans la synagogue, tous les jours de sabbat, et il persuadait les Juifs et les Grecs.

5 Quand Silas et Timothée furent venus de Macédoine, Paul, étant pressé en son esprit, rendait témoignage aux Juifs que Jésus était le CHRIST.

6 Mais, comme ils s’opposaient à lui, et qu’ils blasphémaient, il secoua ses habits et leur dit : Que votre sang soit sur votre tête ; j’en suis net ; dès à présent je m’en irai vers les Gentils.

7 Et étant sorti de là, il entra chez un homme, nommé Juste, craignant Dieu, et dont la maison tenait à la synagogue.

8 Et Crispe, chef de la synagogue, crut au Seigneur avec toute sa maison ; et plusieurs autres Corinthiens, ayant ouï Paul, crurent aussi, et furent baptisés.

9 Et le Seigneur dit à Paul, durant la nuit, en vision : Ne crains point, mais parle, et ne te tais point ;

10 car je suis avec toi, et personne ne mettra les mains sur toi, pour te faire du mal ; car j’ai un grand peuple dans cette ville.

11 Il y demeura donc un an et demi, enseignant parmi eux la parole de Dieu.

12 Mais lorsque Gallion était proconsul d’Achaïe, les Juifs s’élevèrent d’un commun accord contre Paul, et l’amenèrent au tribunal,

13 en disant : Celui-ci veut persuader aux hommes de servir Dieu d'une manière contraire à la loi.

14 Et comme Paul allait ouvrir la bouche pour parler, Gallion dit aux Juifs : S’il s’agissait, ô Juifs, de quelque injustice ou de quelque crime, je vous écouterais patiemment, autant qu’il serait raisonnable ;

15 mais s’il est question de disputes de mots, et de noms, et de votre loi, vous y pourvoirez vous-mêmes, car je ne veux point être juge de ces choses.

16 Et il les fit retirer du tribunal.

17 Alors tous les Grecs, ayant saisi Sosthène, chef de la synagogue, le battaient devant le tribunal, et Gallion ne s’en mettait point en peine.

18 Quand Paul eut encore demeuré là assez longtemps, il prit congé des frères, et s’embarqua pour aller en Syrie, avec Priscille et Aquilas, s’étant fait auparavant couper les cheveux à Cenchrée, à cause d’un vœu.

19 Puis il arriva à Ephèse, et il les y laissa ; et étant entré dans la synagogue, il conféra avec les Juifs,

20 qui le prièrent de demeurer plus longtemps avec eux ; mais il n’y consentit pas.

21 Et il prit congé d’eux, en leur disant : Il faut absolument que je fasse la fête prochaine à Jérusalem ; mais je reviendrai vous voir, s’il plaît à Dieu ; et ainsi il partit d’Ephèse.

22 Et étant débarqué à Césarée, il monta à Jérusalem, et après avoir salué l’Eglise, il descendit à Antioche.

23 Et y ayant fait quelque séjour, il en partit, et parcourut de suite la Galatie et la Phrygie, fortifiant tous les disciples.

24 En ce temps-là, un Juif, nommé Apollos, natif d’Alexandrie, homme éloquent et puissant dans les Ecritures, arriva à Ephèse.

25 Il était en quelque sorte instruit dans la voie du Seigneur ; il parlait avec ferveur d’esprit, et enseignait soigneusement ce qui regardait le Seigneur, bien qu’il n’eût connaissance que du baptême de Jean.

26 Il commença donc à parler hardiment dans la synagogue. Et quand Aquilas et Priscille l’eurent ouï, ils le prirent avec eux, et l’instruisirent plus exactement de la voie de Dieu.

27 Et comme il voulut passer en Achaïe, les frères qui l’y avaient exhorté, écrivirent aux disciples de le recevoir. Quand il fut arrivé, il servit beaucoup, par la grâce de Dieu, à ceux qui avaient cru.

28 Car il convainquait publiquement les Juifs, avec une grande force, prouvant par les Ecritures que Jésus était le Christ. 

REFLEXIONS

Dans ce que Saint Luc rapporte du séjour que Saint Paul fit à Corinthe, nous avons à remarquer l’ardeur avec laquelle cet Apôtre travaillait partout à l’avancement du règne de Jésus-Christ, son désintéressement et sa prudence qui paraissaient en ce qu’il aima mieux travailler de ses mains pour subsister que de vivre aux dépends de l’église, les travers que les Juifs lui suscitèrent et enfin la protection dont Dieu le couvrit et la consolation qu’il eut de convertir un grand peuple dans cette ville là et d’y fonder une très belle église. Voilà comment la religion chrétienne s’établissait de plus en plus par la prédication des apôtres et malgré les oppositions des Juifs et des autres ennemis de la vérité.

II. divers voyages de Saint Paul qui sont rapportés dans ce chapitre font voir qu’il était continuellement occupé aux fonctions de sa charge et qu’il travaillait avec une application infatigable à l’édification des églises. C’est ainsi que tous les vrais et sincères chrétiens, mais particulièrement les fidèles ministres de Jésus-Christ, s’emploient de toutes leurs forces pour la gloire de Dieu et pour le salut des hommes et qu’ils y consacrent avec plaisir tout leur temps et toute leur vie.

III. Le témoignage avantageux que Saint Luc rend à Apollos et la manière dont il parle de son zèle, de son éloquence, de ses grands dons et des fruits admirables de son ministère, doit nous faire reconnaître que Dieu accorde une grâce très précieuse aux églises lorsqu’il envoie des docteurs et des ministres zélés, habiles dans les divines Écritures et revêtus des talents et des dons nécessaires pour instruire et pour édifier et cela doit aussi nous engager à prier Dieu qu’il en suscite toujours de semblables. 

CHAPITRE XIX.

Saint Paul annonce l’Évangile dans la vile d’Éphèse et il y fait plusieurs miracles.

Certains Juifs voulant chasser les esprits malins au nom de Jésus sont maltraités par ceux qui étaient possédés de ces esprits.

Plusieurs personnes qui s’étaient adonnées à la magie se convertissent et donnent des marques publiques de leur repentance.

Saint Luc ajoute l’histoire d’une sédition qui fut excitée contre St. Paul par un orfèvre nommé Démétrius. Cet homme gagnait beaucoup en vendant de petits temples en argent qui étaient faits sur le modèle d’un temple fameux qu’il y avait à Éphèse et qui était consacré à une déesse des païens nommée Diane. Comme il vit que St. Paul en prêchant contre l’idolâtrie lui faisait perdre tout son profit, il souleva le peuple contre lui, mais cette émeute fut apaisée par le greffier de la ville. 

1 Pendant qu’Apollos était à Corinthe, Paul, après avoir parcouru les provinces supérieures de l’Asie mineure, vint à Ephèse ; où, ayant trouvé quelques disciples, il leur dit :

2 Avez-vous reçu le Saint-Esprit, lorsque vous avez cru ? Mais ils lui répondirent : Nous n’avons pas même ouï dire qu’il y ait un Saint-Esprit.

3 Et il leur dit : De quel baptême avez-vous donc été baptisés ? Ils répondirent : Du baptême de Jean.

4 Alors Paul leur dit : Il est vrai que Jean a baptisé du baptême de la repentance, en disant au peuple qu’ils devaient croire en celui qui venait après lui, c’est-à-dire, en Jésus, qui est le CHRIST.

5 Ce qu’ayant ouï, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus.

6 Et après que Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit descendit sur eux, et ils parlaient diverses langues et prophétisaient.

7 Et tous ces hommes-là étaient environ douze.

8 Puis il entra dans la synagogue, et il y parla avec hardiesse pendant trois mois, discourant, pour leur persuader ce qui regarde le royaume de Dieu.

9 Mais, comme quelques-uns s’endurcissaient, et étaient incrédules, décriant la voie du Seigneur devant la multitude, il se retira, et sépara les disciples d’avec eux, enseignant tous les jours dans l’école d’un nommé Tyrannus.

10 Et cela continua durant deux ans, de sorte que tous ceux qui demeuraient en Asie, tant Juifs que Grecs, entendirent la parole du Seigneur Jésus.

11 Et Dieu faisait des miracles extraordinaires par les mains de Paul ;

12 en sorte qu’on portait même sur les malades les mouchoirs et les linges qui avaient touché son corps ; et ils étaient guéris de leurs maladies, et les malins esprits sortaient.

13 Alors quelques-uns des exorcistes Juifs, qui couraient de lieu en lieu, entreprirent d’invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient possédés des malins esprits, en disant : Nous vous conjurons par Jésus que Paul prêche.

14 Ceux qui faisaient cela, étaient sept, et fils de Scéva, Juif, l’un des principaux sacrificateurs.

15 Mais le malin esprit leur répondit : Je connais Jésus, et je sais qui est Paul ; mais vous, qui êtes-vous ?

16 Et l’homme qui était possédé de cet esprit malin, se jeta sur eux, et s’en étant rendu maître, il les maltraita si fort qu’ils s’enfuirent de la maison tout nus et blessés.

17 Ce qui ayant été connu de tous les Juifs et de tous les Grecs qui demeuraient à Ephèse, ils furent tous saisis de crainte ; et le nom du Seigneur Jésus était glorifié.

18 Et plusieurs de ceux qui avaient cru, venaient confesser et déclarer ce qu’ils avaient fait.

19 Il y en eut aussi beaucoup de ceux qui avaient exercé des arts curieux, qui apportèrent leurs livres, et les brûlèrent devant tout le monde ; et quand on en eut supputé le prix, on trouva qu’il montait à cinquante mille deniers d’argent.

20 Ainsi la parole du Seigneur se répandait, et devenait de plus en plus efficace.

21 Après cela, Paul se proposa, par un mouvement de l’Esprit, de passer par la Macédoine et par l’Achaïe, et d’aller à Jérusalem, disant : Lorsque j’aurai été là, il faut aussi que je voie Rome.

22 Et ayant envoyé en Macédoine deux de ceux qui le servaient dans le ministère, savoir, Timothée et Eraste, il demeura encore quelque temps en Asie.

23 Mais il arriva en ce temps-là un grand trouble à l’occasion de la doctrine du Seigneur.

24 Car un orfèvre, nommé Démétrius, qui faisait de petits temples d’argent de Diane, et qui donnait beaucoup à gagner aux ouvriers de ce métier,

25 Les assembla avec d’autres qui travaillaient à ces sortes d’ouvrages, et leur dit : O hommes, vous savez que tout notre gain vient de cet ouvrage ;

26 et, cependant, vous voyez et vous entendez dire, que non-seulement à Ephèse, mais presque par toute l’Asie, ce Paul, par ses persuasions, a détourné du culte des dieux un grand nombre de personnes, en disant que les dieux qui sont faits par les mains des hommes, ne sont pas des dieux.

27 Il n’y a pas seulement du danger pour nous que notre métier ne soit décrié, mais il est même à craindre que le temple de la grande Diane ne tombe dans le mépris, et que sa majesté, que toute l’Asie et tout le monde révère, ne s’anéantisse aussi.

28 Ayant entendu cela, ils furent tous transportés de colère, et ils s’écrièrent : Grande est la Diane des Ephésiens !

29 Et toute la ville fut remplie de confusion ; et ils coururent tous ensemble avec fureur au théâtre, et enlevèrent Gaïus et Aristarque, Macédoniens, compagnons de voyage de Paul.

30 Sur quoi Paul voulut se présenter devant le peuple ; mais les disciples ne le lui permirent pas.

31 Quelques-uns aussi des Asiarques, qui étaient ses amis, l’envoyèrent prier de ne point se présenter au théâtre.

32 Cependant, les uns criaient d’une manière, et les autres d’une autre ; car l’assemblée était tumultueuse, et plusieurs ne savaient même pas pourquoi ils s’étaient assemblés.

33 Alors Alexandre fut tiré de la foule par les Juifs qui le poussaient devant eux ; et Alexandre faisant signe de la main, voulait parler au peuple pour leur défense.

34 Mais, dès qu’ils eurent reconnu qu’il était Juif, ils s’écrièrent tout d’une voix, durant près de deux heures : Grande est la Diane des Ephésiens !

35 Alors le greffier, ayant apaisé le peuple, dit : Ô Ephésiens, et qui est l’homme qui ne sache que la ville des Ephésiens est dédiée au service de la grande déesse Diane, et à son image descendue de Jupiter ?

36 Cela étant donc incontestable, vous devez vous apaiser, et ne rien faire avec précipitation.

37 Car ces gens que vous avez amenés ici, ne sont ni sacrilèges, ni coupables de blasphème contre votre déesse.

38 Que si Démétrius et les ouvriers qui sont avec lui ont quelque plainte à faire contre quelqu’un, on tient la cour, et il y a des proconsuls ; qu’ils s’y fassent appeler les uns les autres.

39 Et si vous avez quelque autre affaire à proposer, on pourra la décider dans une assemblée légitime.

40 Car nous sommes en danger d’être accusés de sédition pour ce qui s’est passé aujourd’hui, ne pouvant alléguer aucune raison, pour justifier ce concours de peuple. Et quand il eut dit cela, il congédia l’assemblée. 

REFLEXIONS

Ce chapitre nous met devant les yeux la continuation des merveilleux succès du ministère de St. Paul. Il baptisa à Éphèse certains disciples qui jusqu’alors n’avaient été instruits que dans la doctrine de Jean Baptiste et aussitôt qu’ils eurent été baptisés au nom de Jésus-Christ et que St. Paul leur eut imposé les mains, ils reçurent les dons miraculeux du Saint-Esprit. Il y convertit outre cela un grand peuple malgré les oppositions des Juifs, il y fit des miracles surprenants et plusieurs personnes qui avaient été adonnées à la magie renoncèrent à leur superstition et à leur impiété. C’est ainsi que cet Apôtre établissait partout le règne de Jésus-Christ et détruisait celui du diable.

II. Ce qui arriva à ces exorcistes juifs qui, pensant chasser les démons au nom de Jésus, furent maltraités par ceux qui étaient possédés de ces esprits malins, tendait à montrer aux Juifs et à tout le monde qu’il n’y avait que les apôtres et ceux qui croyaient en Jésus-Christ qui pussent véritablement faire des miracles et commander aux démons.

La vertu divine de la religion de notre Seigneur ne se manifeste que par les gens de bien, mais il n’appartient pas aux méchants et aux hypocrites de prendre le nom du Seigneur dans leur bouche.

III. Saint Luc rapporte que plusieurs habitants d’Éphèse, touchés par la prédication de Saint Paul, vinrent confesser leurs péchés et qu’ils y en eu qui étant adonnés à la magie et aux arts illicites aimèrent mieux brûler publiquement leurs livres qui traitaient de ces arts-là que de les vendre, quoiqu’ils en eussent pu tirer des sommes très considérables.

Cet exemple est remarquable, il nous apprend que les vrais pénitents ne font point de difficulté de confesser leurs fautes, de donner des marques publiques de leur repentance et de renoncer à tout ce qui a été pour eux ou qui pourrai être pour les autres une occasion de péché et de scandale, quelque précieux et quelque cher qu’il leur pût être et quelque profit qu’ils pussent en tirer.

Ce qu’il y a principalement à remarquer sur la sédition qui s’émut à Éphèse contre St. Paul, c’est qu’elle fut excitée par des ouvriers qui craignaient que si l’on cessait d’adorer les idoles, leur métier ne fut décrié et que leur gain ne diminuât et que ces gens-là pour animer le peuple se servirent d’un prétexte de religion et de zèle pour la déesse Diane. Rien n’a plus de force sur l’esprit des hommes que l’amour du gain, c’est ce qui allume le plus leur passion, ils ne peuvent souffrir la vérité lorsqu’elle est contraire à leurs intérêts et ils couvrent cet intérêt, lorsqu’ils le peuvent, d’un zèle apparent pour la religion. Au reste, ce tumulte qui s’était excité fut apaisé, quoi qu’avec peine, par le greffier de la ville et par ce moyen Saint Paul fut préservé du danger qui le menaçait. Cette histoire fait voir que les émeutes et les séditions sont très dangereuses, qu’ainsi l’on doit éviter tout ce qui pourrait les exciter et que les gens sages doivent les prévenir et les apaiser par tous les moyens possibles. 

CHAPITRE XX.

Saint Paul part d’Éphèse et se rend à Troas où il annonce l’Évangile aux chrétiens de cette ville-là et il ressuscite un mort.

De là il s’en va à Millet, où ayant fait venir les pasteurs de l’église d’Éphèse, il leur adresse, une grave exhortation, après quoi il prend congé d’eux. 

1 Après que le tumulte fut apaisé, Paul fit venir les disciples, et ayant pris congé d’eux, il partit pour aller en Macédoine.

2 Et quand il eut parcouru ces quartiers-là, et qu’il eut fait plusieurs exhortations aux fidèles, il vint en Grèce.

3 Quand il y eut demeuré trois mois, les Juifs lui ayant dressé des embûches, lorsqu’il devait s’embarquer pour aller en Syrie, on fut d’avis qu’il s’en retournât par la Macédoine.

4 Et il fut accompagné jusqu’en Asie par Sopater de Bérée, par Aristarque et Second de Thessalonique, par Gaïus de Derbe, par Timothée, et aussi par Tychique et Trophime, qui étaient d’Asie.

5 Ceux-ci, étant allés devant, nous attendirent à Troas.

6 Mais pour nous, après les jours des pains sans levain, nous nous embarquâmes à Philippes, et dans cinq jours nous les joignîmes à Troas, où nous demeurâmes sept jours.

7 Et le premier jour de la semaine, les disciples étant assemblés pour rompre le pain, Paul, devant partir le lendemain, leur fit un discours qu’il étendit jusqu’à minuit.

8 Or, il y avait beaucoup de lampes dans la chambre haute où ils étaient assemblés.

9 Et un jeune homme, nommé Eutyche, qui était assis sur une fenêtre, fut accablé d’un profond sommeil, pendant le long discours de Paul, et s’étant endormi, il tomba du troisième étage en bas, et fut levé mort.

10 Mais Paul étant descendu, se pencha sur lui, et l’ayant embrassé, il leur dit : Ne vous troublez point, car son âme est en lui.

11 Et étant remonté, et ayant rompu le pain et mangé, il parla longtemps jusqu’au point du jour, après quoi il partit.

12 Or, on ramena le jeune homme vivant, de quoi ils furent extrêmement consolés.

13 Pour nous, étant montés sur un vaisseau, nous fîmes voile vers Asson, où nous devions reprendre Paul ; car il l’avait ainsi ordonné, parce qu’il voulait faire le chemin à pied.

14 Quand donc il nous eut rejoints à Asson, nous le prîmes avec nous et nous vînmes à Mitylène.

15 Puis, étant partis de là, nous arrivâmes le lendemain vis-à-vis de Chio. Le jour suivant, nous abordâmes à Samos, et nous étant arrêtés à Trogylle, le jour d’après, nous vînmes à Milet.

16 Car Paul avait résolu de passer Ephèse sans y débarquer, pour ne pas s’arrêter en Asie, parce qu’il se hâtait d’être le jour de la Pentecôte à Jérusalem, s’il lui était possible.

17 Mais il envoya de Milet à Ephèse, pour faire venir les pasteurs de cette Eglise.

18 Et lorsqu’ils furent venus vers lui, il leur dit : Vous savez de quelle manière je me suis toujours conduit avec vous, depuis le premier jour que je suis entré en Asie ;

19 servant le Seigneur avec toute humilité, avec beaucoup de larmes, et parmi les épreuves qui me sont survenues par les embûches des Juifs ;

20 et que je ne vous ai rien caché des choses qui vous étaient utiles, et n’ai pas manqué de vous les annoncer et de vous en instruire, et en public, et de maison en maison ;

21 prêchant tant aux Juifs qu’aux Grecs, la repentance envers Dieu, et la foi en Jésus-Christ notre Seigneur.

22 Et maintenant étant lié par l’Esprit, je m’en vais à Jérusalem, ne sachant pas ce qui m’y doit arriver ;

23 si ce n’est que le Saint-Esprit m’avertit de ville en ville, que des liens et des afflictions m’attendent.

24 Mais je ne me mets en peine de rien, et ma vie ne m’est point précieuse, pourvu que j’achève avec joie ma course et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus, pour rendre témoignage à l’évangile de la grâce de Dieu.

25 Et maintenant, je sais qu’aucun de vous tous, parmi lesquels j’ai passé en prêchant le royaume de Dieu, ne verra plus mon visage.

26 C’est pourquoi je proteste aujourd’hui devant vous, que je suis net du sang de vous tous.

27 Car je n’ai point évité de vous annoncer tout le dessein de Dieu.

28 Prenez donc garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l’Eglise de Dieu, qu’il a acquise par son propre sang.

29 Car je sais qu’après mon départ, il entrera parmi vous des loups ravissants, qui n’épargneront point le troupeau ;

30 Et que d’entre vous-mêmes il se lèvera des gens qui annonceront des choses pernicieuses, afin d’attirer les disciples après eux.

31 C’est pourquoi veillez, en vous souvenant que durant trois ans, je n’ai cessé, nuit et jour, d’avertir chacun de vous avec larmes.

32 Et maintenant, mes frères, je vous recommande à Dieu et à la parole de sa grâce, lequel peut vous édifier encore et vous donner l’héritage avec tous les saints.

33 Je n’ai désiré ni l’argent, ni l’or, ni les vêtements de personne.

34 Et vous savez vous-mêmes que ces mains ont fourni à tout ce qui m’était nécessaire, et à ceux qui étaient avec moi.

35 Je vous ai montré en toutes choses, que c’est ainsi, qu’en travaillant, il faut s’accommoder aux faibles, et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui a dit lui-même, qu'il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir.

36 Quand il eut dit cela, il se mit à genoux, et pria avec eux tous.

37 Alors tous fondirent en larmes, et se jetant au cou de Paul, ils le baisaient,

38 étant principalement affligés de ce qu'il avait dit, qu'ils ne verraient plus son visage. Et ils le conduisirent jusqu'au vaisseau. 

REFLEXIONS

Ce qu’il y a à observer ici, c’est :

I. Que Saint Paul étant arrivé à Troas, il se rendit dans le lieu où les chrétiens de cette ville-là étaient assemblés le premier jour de la semaine pour rompre le pain, c’est-à-dire pour célébrer la Sainte-Cène et qu’il étendit son discours bien avant dans la nuit. D’ici nous recueillons que les apôtres et les premiers chrétiens s’assemblaient pour servir Dieu et pour s’édifier, que le jour du dimanche était destiné à cela, qu’on célébrait la Sainte-Cène dans ces assemblées et qu’on y faisait des discours pour instruire et pour exhorter les fidèles et qu’ainsi ces pratiques sont aussi anciennes que le christianisme et d’institution divine.

II. Saint Paul rendit la vie à un jeune homme qui était tombé du haut de la maison où les fidèles étaient assemblés. Ce fut là un miracle tout à fait remarquable qui dût consoler les chrétiens de Troas et les affermir puissamment dans la religion de Jésus-Christ.

Mais ce qui doit surtout être considéré dans ce chapitre, c’est le discours que Saint Paul fit aux pasteurs d’Éphèse avant que de les quitter. On y remarque son intégrité, son zèle et son désintéressement dans l’exercice de son ministère, sa constance dans les afflictions, sa grande piété, le soin qu’il avait eu, pendant trois ans, d’exhorter et d’enseigner les fidèles d’Éphèse, tant en public que par les maisons et la résolution ferme où il était de servir le Seigneur jusqu’à la fin et même de donner sa vie avec joie pour l’Évangile. On y voit encore les graves et touchantes exhortations qu’il adressa aux pasteurs de l’église d’Éphèse et les vœux ardents et tendres par lesquels il les recommanda à Dieu, eux et tout le troupeau sur lequel ils étaient établis. Les ministres de l’Évangile doivent apprendre d’ici à s’acquitter fidèlement de leur charge, à en remplir tous les devoirs avec zèle et avec sincérité, à veiller soigneusement sur les troupeaux du Seigneur, à prendre garde qu’il ne s’y glisse de fausses doctrines ou des scandales, à ne jamais rien taire de ce qui peut être utile à ceux qui sont commis à leurs soins et à les avertir, non seulement en public, mais aussi en particulier. Ils doivent encore, à l’exemple de Saint Paul souffrir patiemment les traverses auxquelles ils sont exposés, prier continuellement pour leurs troupeaux et enfin, n’avoir point d’égard à eux-mêmes, à leur intérêt particulier, ni même à leur propre vie, pourvu qu’ils aient la joie d’achever leur course et de s’acquitter fidèlement du ministère qu’ils ont reçu du Seigneur Jésus.

Ce que Saint Paul dit dans cette occasion apprend aussi à tous les chrétiens que la charge du St. ministère est de la dernière importance, que Dieu accorde une grande grâce aux églises lorsqu’il leur envoie de fidèles ministres et que, quand les pasteurs se sont acquittés de leur devoir, ils ne seront pas responsables du salut de ceux qui périront.

Les larmes que les pasteurs et les chrétiens d’Éphèse répandirent en se séparant de Saint Paul montrent à quel point ils le chérissaient et par là on voit bien combien l’amour qui unit les pasteurs avec leurs troupeaux est tendre et combien les chrétiens doivent craindre d’être privés du ministère des fidèles serviteurs de Dieu. 

CHAPITRE XXI

Saint Paul étant parti de Milet arrive à Tyr et de là à Césarée où un prophète l’avertit qu’il serait emprisonné à Jérusalem et livrés aux païens. Cette prédiction n’étonna point St. Paul, il témoigna qu’il ne craignait, ni les liens, ni la mort et il partit pour Jérusalem.

Y étant arrivé, il entra dans le temple avec quatre personnes qui avaient fait le vœu de naziréat pour observer ce que la loi de Moïse prescrivait en pareil cas, il fit cela par avis de l’Apôtre St. Jacques et des anciens de l’eglise de Jerusalem afin de montrer qu’il n’était pas ennemi de la loi, comme on l’en accusait. Cependant, les Juifs ne laissèrent pas d’exciter une sédition contre lui et ils lui auraient ôté la vie si le capitaine des gardes du temple ne l’eût délivré de leurs mains. 

1 Nous étant donc embarqués, après nous être séparés d’eux, nous vînmes droit à Cos, et le jour suivant à Rhodes, et de là à Patara.

2 Et ayant trouvé un vaisseau qui passait en Phénicie, nous montâmes dessus et nous partîmes.

3 Puis, ayant découvert l’île de Chypre, et l’ayant laissée à gauche, nous fîmes route vers la Syrie, et nous abordâmes à Tyr, parce que le vaisseau devait y laisser sa charge.

4 Et ayant trouvé des disciples, nous y demeurâmes sept jours. Ils disaient par l’Esprit à Paul, qu’il ne montât point à Jérusalem.

5 Mais ces jours étant passés, nous partîmes de Tyr, et ils nous accompagnèrent tous, avec leurs femmes et leurs enfants, jusque hors de la ville, où, nous étant mis à genoux sur le rivage, nous fîmes la prière.

6 Et après nous être embrassés, nous montâmes sur le vaisseau ; et ils retournèrent chez eux.

7 Ainsi, continuant notre navigation, de Tyr nous abordâmes à Ptolémaïde, et après avoir salué les frères, nous demeurâmes un jour avec eux.

8 Le lendemain, Paul et nous qui étions avec lui, étant partis de là, nous vînmes à Césarée ; et étant entrés dans la maison de Philippe l’évangéliste, qui était l’un des sept diacres, nous logeâmes chez lui.

9 Il avait quatre filles vierges, qui prophétisaient.

10 Comme nous demeurâmes là plusieurs jours, il y vint de Judée un prophète nommé Agabus,

11 Qui, nous étant venu voir, prit la ceinture de Paul, et s’en liant les mains et les pieds, il dit : Voici ce que dit le Saint-Esprit : C’est ainsi que les Juifs lieront dans Jérusalem l’homme à qui est cette ceinture ; et ils le livreront entre les mains des Gentils.

12 Et quand nous eûmes entendu cela, nous priâmes Paul, tant nous que ceux du lieu, de ne point monter à Jérusalem.

13 Mais Paul répondit : Que faites-vous en pleurant et m’attendrissant le cœur ? Car pour moi, je suis prêt, non-seulement d’être lié, mais même de mourir à Jérusalem pour le nom du Seigneur Jésus.

14 Ainsi, n’ayant pu le persuader, nous ne le pressâmes pas davantage et nous dîmes : Que la volonté du Seigneur soit faite.

15 Quelques jours après, nous étant préparés pour partir, nous montâmes à Jérusalem.

16 Et quelques-uns des disciples vinrent aussi de Césarée avec nous, amenant avec eux un certain Mnason, qui était de l’île de Chypre, ancien disciple, chez qui nous devions loger.

17 Quand nous fûmes arrivés à Jérusalem, les frères nous reçurent avec joie.

18 Et le lendemain, Paul vint avec nous chez Jacques ; et tous les anciens s’y assemblèrent.

19 Et après les avoir embrassés, il leur raconta en détail tout ce que Dieu avait fait parmi les Gentils, par son ministère.

20 Ce qu’ayant ouï, ils glorifièrent le Seigneur, et ils lui dirent : Frère, tu vois combien il y a de milliers de Juifs qui ont cru, et ils sont tous zélés pour la loi.

21 Or, ils ont été informés que tu enseignes à tous les Juifs qui sont parmi les Gentils de renoncer à Moïse, en leur disant qu’ils ne doivent pas circoncire leurs enfants, ni vivre selon les cérémonies de la loi.

22 Que faut-il donc faire ? Il faut absolument assembler toute la multitude ; car ils entendront dire que tu es arrivé.

23 Fais donc ce que nous allons te dire : Nous avons quatre hommes qui ont fait un vœu ;

24 prends-les avec toi, purifie-toi avec eux, et contribue à la dépense avec eux, afin qu’ils se rasent la tête, et que tous sachent qu’il n’est rien de tout ce qu’ils ont ouï dire de toi, mais que tu continues à garder la loi.

25 Quant aux Gentils qui ont cru, nous leur avons écrit que nous avions jugé qu’ils ne devaient rien observer de semblable, mais qu’ils devaient seulement se garder de ce qui est sacrifié aux idoles, du sang, des choses étouffées et de la fornication.

26 Alors, Paul, ayant pris ces hommes avec lui, et s’étant purifié avec eux, entra dans le temple le jour suivant, déclarant les jours auxquels la purification s’accomplirait, et quand l’offrande devait être présentée pour chacun d’eux.

27 Et comme les sept jours allaient s’accomplir, les Juifs d’Asie, l’ayant vu dans le temple, émurent toute la multitude, et se saisirent de lui,

28 en criant : Hommes Israélites, aidez-nous. Voici cet homme qui prêche partout, à tout le monde, contre la nation, contre la loi, et contre ce lieu ; il a même encore amené des Grecs dans le temple, et a profané ce saint lieu.

29 Car ils avaient vu auparavant dans la ville Trophime d’Ephèse avec lui, et ils croyaient que Paul l’avait mené dans le temple.

30 Et toute la ville fut émue, et il se fit un concours de peuple ; et ayant saisi Paul, ils le traînèrent hors du temple ; et incontinent les portes en furent fermées.

31 Mais, comme ils cherchaient à le tuer, le bruit vint au tribun de la compagnie qui gardait le temple, que toute la ville de Jérusalem était en trouble.

32 A l’instant il prit des soldats et des centeniers avec lui, et courut à eux ; et voyant le tribun et les soldats, ils cessèrent de battre Paul.

33 Alors le tribun s’approcha, et se saisit de lui, et commanda qu’on le liât de deux chaînes ; puis il demanda qui il était, et ce qu’il avait fait.

34 Les uns criaient d’une manière, et les autres d’une autre, dans la foule ; et comme il n’en pouvait rien apprendre de certain, à cause du tumulte, il commanda qu’on le menât dans la forteresse.

35 Et quand Paul fut sur les degrés, il fut porté par les soldats, à cause de la violence de la populace.

36 Car une foule de peuple le suivait, en criant : Ôte-le du monde.

37 Comme Paul était sur le point d’entrer dans la forteresse, il dit au tribun : M’est-il permis de te dire quelque chose ? Et il répondit : Tu sais donc parler grec ?

38 N es-tu point cet Égyptien, qui ces jours passés a excité une sédition, et mené avec lui au désert quatre mille brigands ?

39 Paul lui dit : Je suis Juif, de Tarse, citoyen de cette ville célèbre de Cilicie ; je te prie, permets-moi de parler au peuple.

40 Et quand il le lui eut permis, Paul se tenant sur les degrés fit signe de la main au peuple ; et après qu’on eut fait un grand silence, il leur parla en langue hébraïque, et leur dit : 

REFLEXIONS

La prédiction d’Agabus qui avertit Saint Paul qu’on le ferait prisonnier à Jérusalem montre qu’il n’arriverait rien à cet Apôtre que par la volonté de Dieu et que c’était le Seigneur qui l’exposait à ces persécutions et qu’il voulait qu’il fût livré aux païens et ensuite conduit   à Rome afin qu’il rendît témoignage à l’Évangile en tous lieux.

La belle résolution que St. Paul fit paraître, lorsque les fidèles le conjurant avec larmes de ne pas aller à Jérusalem, et qu’il déclara qu’il était prêt, non seulement à d’être lié, mais de souffrir la mort pour le nom de Jésus, marque que ce fidèle serviteur de Dieu était entièrement dévoué à Jésus-Christ et que rien n’était capable d’ébranler sa constance. Ce sont là les sentiments dont tous les chrétiens, mais particulièrement les ministres du Seigneur doivent être animés. Et comme les chrétiens de Césarée, voyant la résolution de Saint Paul ne s’opposèrent plus à son voyage, mais se résignèrent à tout ce qu’il plairait à Dieu d’ordonner, nous devons aussi nous soumettre à tout ce que Dieu veut et sacrifier nos inclinaisons les plus chères à sa volonté aussitôt qu’il nous la manifeste. Ce que Saint Paul fit lorsqu’il alla dans le temple de Jérusalem et qu’il se purifia suivant l’usage des Juifs était une action de prudence et de charité qui tendait à leur montrer qu’on l’accusait à tort d’avoir du mépris pour leur religion. Cette sage conduite de St. Paul nous apprend à nous accommoder autant que nous le pouvons, surtout dans les choses indifférentes, à ceux qui sont prévenus contre nous et à ne rien négliger pour les faire revenir de leurs préjugés. On voit pourtant que, nonobstant ce que Saint Paul avait pensé faire pour s’accommoder aux Juifs, Ils se soulevèrent contre lui jusque-là qu’ils voulurent lui ôter la vie. Voilà l’effet ordinaire de la prévention et de la passion, elle aveugle tellement ceux qui en sont possédés qu’il n’y a rien qui soit capable de les désabuser.

Enfin, il est à remarquer que la providence délivra St. Paul de la fureur des Juifs par le moyen du tribun et qu’elle se servit cependant de ce que cet Apôtre avait fait par égard pour les Juifs, pour le faire arrêter par ces Juifs mêmes et pour le livrer entre les mains des païens comme le prophète Agabus le lui avait prédit à Césarée. C’est ainsi que Dieu fait garantir ceux qui le servent et que ce que les hommes pensent faire contre eux ne sert qu’à accomplir les desseins de la providence.

CHAPITRE XXII.

C’est ici un discours dans lequel St. Paul, pour se justifier de ce que les Juifs l’accusaient d’être ennemi de leur nation et de leur loi, fait l’histoire de sa vie et de sa conversion.

Mais les Juifs continuant à demander qu’on le fit mourir, le tribun ordonna qu’on lui donnât la question en le fouettant, ce qui ne fut pourtant pas exécuté parce que cet Apôtre dit qu’il était bourgeois de Rome, mais il fut renvoyé à paraître devant le conseil des Juifs. 

1 Mes frères et mes pères, écoutez-moi dans ce que j’ai à vous dire maintenant pour ma défense.

2 Et quand ils entendirent qu’il leur parlait en langue hébraïque, ils firent encore plus de silence. Alors il dit :

3 Je suis Juif, né à Tarse en Cilicie, mais élevé dans cette ville aux pieds de Gamaliel, ayant été instruit dans la manière la plus exacte de garder la loi de nos pères, étant zélé pour Dieu, comme vous l’êtes tous aujourd’hui.

4 J’ai persécuté cette secte jusqu’à la mort, liant et mettant dans les prisons tant les hommes que les femmes,

5 comme le souverain sacrificateur m’en est témoin, et toute l’assemblée des anciens ; car ayant pris des lettres d’eux pour les frères, j’allai à Damas, pour amener aussi liés à Jérusalem ceux qui étaient là, afin qu’ils fussent punis.

6 Or, il arriva, comme j’étais en chemin, et que j’approchais de Damas, environ midi, que tout à coup une grande lumière, venant du ciel, resplendit autour de moi.

7 Et étant tombé par terre, j’entendis une voix qui me dit : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?

8 Et je répondis : Qui es-tu, Seigneur ? Et il me dit : Je suis Jésus de Nazareth, que tu persécutes.

9 Or, ceux qui étaient avec moi, virent bien la lumière, et ils en furent effrayés ; mais ils n’entendirent point la voix de celui qui me parlait.

10 Alors je dis : Seigneur, que ferai-je ? Et le Seigneur me répondit : Lève-toi, et t’en va à Damas, et là on te dira tout ce que tu dois faire.

11 Et comme je ne voyais goutte, à cause du grand éclat de cette lumière, ceux qui étaient avec moi, me menèrent par la main, et je vins à Damas.

12 Or, un certain homme, religieux selon la loi, nommé Ananias, de qui tous les Juifs qui demeuraient à Damas rendaient bon témoignage, vint vers moi ;

13 et s’étant approché de moi, il me dit : Saul, mon frère, recouvre la vue. Et au même instant je le vis.

14 Et il me dit : Le Dieu de nos pères t’a destiné pour connaître sa volonté, pour voir le Juste, et pour entendre les paroles de sa bouche.

15 Car tu lui serviras de témoin devant tous les hommes, des choses que tu as vues et entendues.

16 Et maintenant, que tardes-tu ? Lève-toi, et sois baptisé et lavé de tes péchés, après avoir invoqué le nom du Seigneur.

17 Depuis, il arriva qu’étant retourné à Jérusalem, comme je priais dans le temple, je fus ravi en extase ;

18 et je vis Jésus, qui me disait : Hâte-toi, et pars promptement de Jérusalem ; car ils ne recevront point le témoignage que tu leur rendras de moi.

19 Et je dis : Seigneur, ils savent eux-mêmes que je faisais fouetter dans les synagogues ceux qui croyaient en toi.

20 Et lorsque le sang d’Etienne, ton martyr, fut répandu, j’étais aussi présent, je consentais à sa mort, et je gardais les vêtements de ceux qui le faisaient mourir.

21 Mais il me dit : Va-t’en ; car je t’enverrai bien loin vers les Gentils.

22 Les Juifs l’écoutèrent jusqu’à ce mot ; mais alors ils élevèrent leurs voix, disant : Ote du monde un tel homme ; car il n’est pas juste de le laisser vivre.

23 Et comme ils criaient, et qu’ils secouaient leurs habits, et faisaient voler la poussière en l’air,

24 le tribun commanda qu’il fût mené dans la forteresse, et ordonna qu’on lui donnât la question par le fouet, afin de savoir pour quel sujet ils criaient ainsi contre lui.

25 Mais quand ils l’eurent lié avec des courroies, Paul dit au centenier qui était présent : Vous est-il permis de fouetter un citoyen romain, sans qu’il soit condamné ?

26 Ce que le centenier ayant entendu, il en alla avertir le tribun, et lui dit : Prends garde à ce que tu feras ; car cet homme est citoyen romain.

27 Et le tribun vint à Paul, et lui dit : Dis-moi, es-tu citoyen romain ? Et il répondit : Oui, je le suis.

28 Le tribun lui dit : J’ai acquis cette bourgeoisie pour une grande somme d’argent. Et moi, lui dit Paul, je le suis par ma naissance.

29 Et ceux qui devaient lui donner la question se retirèrent aussitôt d’auprès de lui ; et le tribun craignit aussi quand il sut que Paul était citoyen romain, parce qu’il l’avait fait lier.

30 Le lendemain, voulant savoir au vrai pour quel sujet il était accusé des Juifs, il le fit délier, et ayant ordonné que les principaux sacrificateurs et tout le conseil s’assemblassent, il amena Paul, et le présenta devant eux. 

REFLEXIONS

Le dessein de St. Paul dans le discours qui est ici rapporté était de montrer aux Juifs qu’ils avaient tort de le regarder comme l’ennemi de leur religion, que bien loin de là il avait lui-même un grand zèle pour cette religion dans laquelle il avait été élevé à Jérusalem, jusque-là qu’il était autrefois le plus ardent persécuteur des chrétiens et que s’il avait embrassé la religion de Jésus-Christ et s’il l’annonçait partout, il le faisait pour obéir à la vocation que le Seigneur lui avait adressée du Ciel. Cette conduite de Saint Paul envers les Juifs marque qu’il tâchait de se justifier et de les apaiser, mais qu’il ne dissimulait pourtant pas sa croyance.

Il faut toujours parler et agir avec douceur et prudence, surtout lorsqu’on a à faire à des personnes prévenues, mais en même temps avec courage et avec fermeté, sans jamais user de déguisement et sans que la crainte nous fasse supprimer la vérité.

L’irritation et la fureur dans laquelle les Juifs entrèrent lorsque St. Paul dit que le Seigneur l’avait envoyé vers les Gentils montre que la principale cause de la haine qu’ils lui portaient c’était l’aversion qu’ils avaient contre les païens, ce procédé des Juifs fait aussi voir que rien n’est capable de ramener et d’apaiser des gens qui sont fortement prévenus.

Enfin, St. Paul étant sur le point d’être mis à la question et fouetté jugea à propos de se faire prévaloir cette fois-là de sa qualité de bourgeois de Rome, pour éviter cette peine, ce qu’il n’avait pas fait dans une autre occasion. Il en usa de la sorte parce que c’était là un moyen légitime de se garantir de la violence et de l’injustice qu’on lui aurait faite. De là on peut conclure qu’il est permis de se servir de son droit et d’employer toutes les voies justes et raisonnables pour se défendre quand on est en danger d’être opprimé ou d’être traité injustement. 

CHAPITRE XXIII.

Ce chapitre a deux parties :

On y voit premièrement comment St. Paul parut devant le conseil des Juifs. I.Le récit d’une conspiration que quelques Juifs firent pour ôter la vie à cet apôtre et la manière dont il en fut préservé. 

1 Paul, ayant les yeux arrêtés sur le conseil, parla ainsi : Mes frères, j’ai vécu jusqu’à présent devant Dieu en toute bonne conscience.

2 Sur cela, le souverain sacrificateur Ananias commanda à ceux qui étaient près de lui, de le frapper sur le visage.

3 Alors Paul lui dit : Dieu te frappera, muraille blanchie ; car tu es assis pour me juger selon la loi ; et en transgressant la loi, tu commandes qu’on me frappe.

4 Et ceux qui étaient présents, lui dirent : Injuries-tu ainsi le souverain sacrificateur de Dieu ?

5 Paul leur répondit : Mes frères, je ne savais pas que ce fût le souverain sacrificateur ; car il est écrit : Tu ne maudiras point le prince de ton peuple.

6 Et Paul sachant qu’une partie de ceux qui étaient là étaient Sadducéens, et l’autre Pharisiens, il s’écria devant le conseil : Mes frères, je suis Pharisien, fils de Pharisien ; je suis tiré en cause pour l’espérance et la résurrection des morts.

7 Et quand il eut dit cela, il s’émut une dissension entre les Pharisiens et les Sadducéens ; et l’assemblée fut divisée.

8 Car les Sadducéens disent qu’il n’y a point de résurrection, ni d’ange, ni d’Esprit ; mais les Pharisiens reconnaissent l’un et l’autre.

9 Et il se fit un grand bruit. Et les Scribes du parti des Pharisiens se levèrent, et ils disputaient contre les autres, disant : Nous ne trouvons aucun mal en cet homme ; mais si un esprit ou un ange lui a parlé, ne combattons point contre Dieu.

10 Et comme le tumulte s’augmentait, le tribun, craignant que Paul ne fût mis en pièces par ces gens-là, commanda que les soldats descendissent, pour l’enlever du milieu d’eux, et le ramener dans la forteresse.

11 La nuit suivante, le Seigneur s’apparut à lui et lui dit : Paul, aie bon courage ; car comme tu as rendu témoignage de moi à Jérusalem, il faut aussi que tu me rendes témoignage à Rome.

12 Lorsqu’il fut jour, quelques Juifs s’assemblèrent, et firent vœu avec des imprécations contre eux-mêmes, de ne manger ni boire qu’il n’eussent tué Paul.

13 Ils étaient plus de quarante qui avaient fait cette conjuration.

14 Et ils s’adressèrent aux principaux sacrificateurs et aux sénateurs, et leur dirent : Nous avons fait vœu, avec des imprécations contre nous-mêmes, de ne rien manger que nous n’ayons tué Paul.

15 Vous donc, faites maintenant savoir au tribun, de la part du conseil, qu’il le fasse amener demain devant vous, comme si vous vouliez vous informer plus exactement de son affaire ; et nous serons prêts pour le tuer avant qu’il arrive.

16 Mais le fils de la sœur de Paul, ayant entendu ce complot, vint, et entra dans la forteresse, et en donna avis à Paul.

17 Et Paul, ayant appelé un des centeniers, lui dit : Mène ce jeune homme vers le tribun, car il a quelque chose à lui rapporter.

18 Il le prit donc, et le mena vers le tribun, et lui dit : Paul, qui est prisonnier, m’a appelé et m’a prié de t’amener ce jeune homme, qui a quelque chose à te dire.

19 Et le tribun, le prenant par la main, et l’ayant tiré à part, lui demanda : Qu’as-tu à me déclarer ?

20 Ce jeune homme lui dit : Les Juifs ont résolu de te prier d’envoyer demain Paul au conseil, sous prétexte de s’informer plus exactement de son affaire.

21 Mais ne les crois point ; car plus de quarante d’entre eux lui dressent des embûches, et ont fait vœu, avec des imprécations contre eux-mêmes, de ne manger ni boire, qu’ils ne l’aient tué ; et maintenant ils sont tous prêts, attendant ta réponse.

22 Le tribun renvoya ce jeune homme, après lui avoir défendu de dire à personne qu’il lui eût donné cet avis.

23 Et ayant appelé deux centeniers, il leur dit : Tenez prêts deux cents soldats, soixante et dix cavaliers et deux cents archers, pour aller jusqu’à Césarée dès la troisième heure de la nuit ;

24 et qu’il y ait des montures prêtes, afin qu’ayant fait monter Paul, ils le mènent sûrement au gouverneur Félix.

25 Et il lui écrivit une lettre, en ces termes :

26 Claude Lysias, au très excellent gouverneur Félix, salut !

27 Les Juifs s’étant saisis de cet homme, et étant sur le point de le tuer, je suis survenu avec la garnison, et je l’ai tiré de leurs mains, ayant appris qu’il était citoyen romain.

28 Et voulant savoir de quoi ils l’accusaient, je le menai dans leur conseil,

29 où j’ai trouvé qu’il était accusé sur des questions de leur loi, mais qu’il n’avait commis aucun crime qui méritât la mort, ni même la prison.

30 Et ayant été averti des embûches que les Juifs lui avaient dressées, je te l’ai aussitôt envoyé, ayant fait savoir à ses accusateurs de dire devant toi ce qu’ils ont à proposer contre lui. Adieu.

31 Les soldats donc, selon l’ordre qu’ils avaient reçu, prirent Paul, et le menèrent de nuit à Antipatris.

32 Et le lendemain, ayant laissé les cavaliers pour aller avec lui, ils s’en retournèrent à la forteresse.

33 Etant arrivés à Césarée, et ayant rendu la lettre au gouverneur, ils lui présentèrent aussi Paul.

34 Et quand le gouverneur l’eut lue, il lui demanda de quelle province il était ; et ayant appris qu’il était de Cilicie,

35 il lui dit : Je t’entendrai quand tes accusateurs seront venus. Et il ordonna qu’on le gardât dans le palais d’Hérode.

REFLEXIONS

Il faut faire quatre réflexions sur ce chapitre :

I. La première que St. Paul étant frappé injustement par l’ordre du souverain sacrificateur Ananias, il lui dénonça le jugement de Dieu, mais qu’il marquât cependant le respect qu’il avait pour le caractère d’Ananias lorsqu’on l’eut averti que celui qui l’avait fait ainsi frapper était le souverain sacrificateur, ce qu’il n’avait pas su d’abord.

L’instruction que cela nous donne est qu’il faut parler avec respect de nos supérieurs, mais aussi que Dieu punira les juges injustes et ceux qui abusent de leur autorité.

II. St. Paul mit la division entre les pharisiens et les sadducéens en disant qu’il était exposé en jugement parce qu’il croyait la résurrection des morts. Il en usa ainsi par prudence afin de ne pas être opprimé par les Juifs et pour montrer qu’en annonçant l’Évangile il enseignait ce que les Juifs et les pharisiens eux-mêmes croyaient touchant la résurrection.

III. Dieu apparut de nuit à Saint Paul et lui dit de ne rien craindre et de se disposer à aller lui rendre témoignage à Rome. Cela était nécessaire pour soutenir cet Apôtre au milieu des traverses que les Juifs lui suscitaient, pour l’instruire des desseins de la providence et pour l’encourager à faire partout une profession publique de la vérité.

IV. Quarante Juifs firent en ce temps-là une conjuration pour tuer St. Paul, mais il fut préservé de ce danger par le moyen d’un jeune garçon, son neveu, qui avertit le tribun de ce complot. On voit en cela jusqu’où allait la fureur des Juifs et à quels excès la haine, jointe au faux zèle de religion, est capable de porter les hommes. On y remarque aussi combien il est dangereux d’agir par passion et de faire des vœux et des serments téméraires.

Enfin, l’on doit admirer dans cet événement les moyens dont la providence se sert pour préserver les innocents et les gens de bien des dangers qui les menacent. 

CHAPITRE XXIV.

St. Paul étant accusé par les Juifs devant le gouverneur Félix rend raison de sa conduite et de sa foi.

Ensuite Félix ayant souhaité d’entendre St. Paul, cet Apôtre parla en sa présence des devoirs de la justice et de la continence et du jugement dernier d’une manière qui le rempli de frayeur. Cependant St. Paul demeura prisonnier à Césarée pendant deux ans. 

1 Cinq jours après, Ananias, le souverain sacrificateur, descendit à Césarée, avec des sénateurs et un certain orateur, nommé Tertulle, qui comparurent devant le gouverneur contre Paul.

2 Et Paul ayant été appelé, Tertulle commença à l’accuser, et il dit :

3 Très excellent Félix, nous reconnaissons en toutes rencontres, en tous lieux, et avec toutes sortes d’actions de grâces, que nous jouissons d’une grande paix, par ton moyen et par les règlements que tu as établis pour ce peuple, selon ta prudence.

4 Mais, pour ne pas t’arrêter plus longtemps, je te prie d’écouter, avec ton équité ordinaire, ce que nous avons à te dire en peu de mots :

5 C’est que nous avons trouvé cet homme, qui est une peste publique, qui excite des séditions parmi tous les Juifs, par tout le monde, et qui est le chef de la secte des Nazaréens.

6 Il a même attenté de profaner le temple, de sorte que nous l’avions saisi, et nous voulions le juger selon notre loi.

7 Mais le tribun Lysias, étant survenu, nous l’ôta des mains avec grande violence,

8 Ordonnant que ses accusateurs vinssent devant toi. Tu pourras, en en prenant information, savoir de lui la vérité de toutes les choses dont nous l’accusons.

9 Ce que les Juifs confirmèrent, en disant que les choses étaient ainsi.

10 Mais Paul, après que le gouverneur lui eut fait signe de parler, répondit : Sachant que tu es juge de cette nation depuis plusieurs années, je parle pour ma défense avec plus de confiance.

11 Tu peux savoir qu’il n’y a pas plus de douze jours que je suis monté à Jérusalem pour adorer Dieu.

12 Ils ne m’ont point trouvé disputant avec personne dans le temple, ni attroupant le peuple dans les synagogues, ou dans la ville ;

13 et ils ne sauraient prouver les choses dont ils m’accusent maintenant.

14 Or, je t’avoue bien ceci, que, conformément à la voie qu’ils appellent secte, je sers le Dieu de mes pères, croyant tout ce qui est écrit dans la loi et dans les prophètes ;

15 ayant cette espérance en Dieu, que la résurrection des morts, tant des justes que des injustes, qu’ils attendent aussi eux-mêmes, arrivera.

16 C’est pourquoi aussi je travaille à avoir toujours la conscience sans reproche, devant Dieu et devant les hommes.

17 Or, après plusieurs années d’absence, je suis venu pour faire des aumônes à ma nation et pour présenter des offrandes.

18 Et comme je vaquais à cela, certains Juifs d’Asie m’ont trouvé purifié dans le temple, sans attroupement et sans tumulte.

19 Ils devaient eux-mêmes comparaître devant toi et m’accuser, s’ils avaient quelque chose à dire contre moi.

20 Mais que ceux-ci même déclarent s’ils m’ont trouvé coupable de quelque chose, lorsque j’ai paru devant le conseil ;

21 à moins que ce ne soit de cette seule parole que j’ai dite hautement, étant au milieu d’eux : Je suis aujourd’hui tiré en cause pour la résurrection des morts.

22 Félix, ayant ouï cela, les remit à une autre fois, en disant : Après que je me serai plus exactement informé de cette secte, et que le tribun Lysias sera descendu, je prendrai connaissance de votre affaire.

23 Et il commanda à un centenier de garder Paul, mais en le tenant moins resserré, et sans empêcher aucun des siens de le servir ou de le visiter.

24 Quelques jours après, Félix vint avec Drusille sa femme, qui était Juive, et il envoya querir Paul, et il l’entendit parler de la foi en Christ.

25 Et comme Paul parlait de la justice, de la continence et du jugement à venir, Félix, effrayé, lui dit : Va-t’en, pour cette fois, et quand j’aurai la commodité, je te rappellerai.

26 Il espérait aussi que Paul lui donnerait de l’argent, afin qu’il le mît en liberté ; c’est pourquoi il l’envoyait querir souvent, et s’entretenait avec lui.

27 Deux ans s’étant passés, Félix eut pour successeur Portius Festus ; et voulant faire plaisir aux Juifs, il laissa Paul en prison.

REFLEXIONS

Il faut remarquer sur ce chapitre que :

I. St. Paul, étant accusé très injustement par les Juifs devant le gouverneur Félix, il se défendit par un discours plein de force et de gravité dans lequel en se justifiant des accusations dont on le chargeait et en niant ce que les Juifs lui imputaient faussement il fait pourtant une confession ouverte de sa croyance et de la doctrine qu’il enseignait.

Voilà une conduite pleine de sincérité et de zèle qui nous montre que jamais la crainte ne doit nous fermer la bouche lorsque nous sommes appelés à confesser la vérité.

II. C’est une chose remarquable que l’Apôtre, rendant raison de sa foi et de sa conduite devant Félix, dit qu’il croyait et qu’il enseignait ce qui est écrit dans la loi et dans les prophètes et particulièrement la résurrection des morts, tant des bons que des méchants.

On voit par ce que St. Paul dit sur ce sujet quel rang la doctrine de la résurrection tient dans la religion chrétienne et l’effet que cette doctrine doit produire sur ceux qui font profession de la croire, c’est de les faire vivre dans la pureté de la conscience devant Dieu et devant les hommes.

On doit faire enfin une grande attention à la frayeur que Félix ressentit lorsque St. Paul lui parla de la justice, de la continence et du dernier jugement et à l’endurcissement de ce gouverneur païen qui se sentant recadré en sa conscience parce qu’il était coupable d’injustice, d’impureté et de divers autres crimes, ne voulut pas que l’Apôtre continuât de parler.

On voit ici la force de la parole de Dieu et l’effet que les vérités de l’Évangile et en particulier la doctrine du jugement universel produisent même sur les méchants. On y voit d’un autre côté comment les pécheurs résistent cette parole et aux mouvements de leur propre conscience.

Ainsi la conduite de Félix nous avertit de ne pas endurcir nos cœurs et de ne jamais renvoyer notre conversion lorsque Dieu nous fait entendre sa voix et que nous nous sentons touchés. La méchanceté de ce gouverneur paraît encore en ce qu’il laissa Saint Paul en prison pendant deux ans. Il en usa ainsi, non qu’il le crût coupable, mais parce qu’il espérait de tirer de lui de l’argent. Voilà comment l’avarice et les égards pour les hommes font commettre de grandes injustices et empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité. 

CHAPITRE XXV.

Les Juifs prient Festus, qui avait succédé à Félix dans le gouvernement de la Judée, d’envoyer St. Paul de Césarée où il était prisonnier depuis deux ans à Jérusalem, leur dessein était de le tuer en chemin, mais Festus ne leur accorda pas leur demande et leur dit qu’ils pouvaient venir l’accuser à Césarée, ce qu’ils firent. Sur cela St. Paul dit qu’il en appelait à l’empereur et Festus résolut de l’envoyer à Rome.

En ce temps-là, le roi Agrippa étant arrivé à Césarée et ayant ouï parler de St. Paul, il souhaita de le voir et de l’entendre. 

1 Festus étant arrivé dans la province, monta trois jours après, de Césarée à Jérusalem.

2 Et le souverain sacrificateur, et les premiers d’entre les Juifs, comparurent devant lui contre Paul ;

3 et ils lui demandaient, comme une grâce, qu’il le fît venir à Jérusalem, lui ayant dressé des embûches pour le tuer en chemin.

4 Mais Festus répondit que Paul était bien gardé à Césarée, et qu’il devait y aller bientôt lui-même.

5 Que ceux d’entre vous, dit-il, qui le peuvent faire, y descendent avec moi, et si cet homme a commis quelque crime, qu’ils l’accusent.

6 Festus n’ayant demeuré parmi eux que dix jours, il descendit à Césarée, et le lendemain, étant assis sur le tribunal, il commanda qu’on amenât Paul.

7 Quand on l’eut amené, les Juifs qui étaient descendus de Jérusalem se mirent autour du tribunal, chargeant Paul de plusieurs grands crimes qu’ils ne pouvaient prouver.

8 Paul disait pour sa défense : Je n’ai rien fait, ni contre la loi des Juifs, ni contre le temple, ni contre César.

9 Mais Festus, voulant faire plaisir aux Juifs, répondit à Paul, et lui dit : Veux-tu monter à Jérusalem, et y être jugé sur ces choses devant moi ?

10 Et Paul dit : Je comparais devant le tribunal de César, où il faut que je sois jugé ; je n’ai fait aucun tort aux Juifs, comme tu le sais bien.

11 Que si je leur ai fait quelque tort, ou si j’ai commis quelque crime digne de mort, je ne refuse pas de mourir ; mais s’il n’est rien des choses dont ils m’accusent, personne ne peut me livrer à eux ; j’en appelle à César.

12 Alors Festus, après en avoir conféré avec son conseil, répondit : tu en as appelé à César, tu iras à César.

13 Quelques jours après, le roi Agrippa et Bérénice arrivèrent à Césarée, pour saluer Festus.

14 Et comme ils y demeurèrent plusieurs jours, Festus informa le roi de l’affaire de Paul, en lui disant : Il y a ici un homme que Félix a laissé prisonnier.

15 Les principaux sacrificateurs et les anciens des Juifs le vinrent accuser devant moi, lorsque j’étais à Jérusalem, demandant sa condamnation.

16 Mais je leur répondis que ce n’était pas la coutume des Romains de livrer qui que ce soit, pour le faire mourir, avant que celui qui est accusé ait ses accusateurs présents, et qu’il ait la liberté de se justifier du crime dont on l’accuse.

17 Après donc qu’ils furent venus ici, je m’assis sans aucun délai, dès le lendemain, sur le tribunal, et je commandai qu’on amenât cet homme.

18 Ses accusateurs étaient présents ; mais ils n’alléguèrent aucun des crimes dont je pensais qu’ils l’accuseraient.

19 Ils avaient seulement quelques disputes avec lui touchant leur superstition, et touchant un certain Jésus mort, que Paul assurait être vivant.

20 Ne sachant donc que prononcer sur cela, je lui demandai s’il voulait aller à Jérusalem, et être jugé sur ces choses.

21 Mais Paul en ayant appelé, et demandant que sa cause fût réservée à la connaissance de l’empereur, j’ai ordonné qu’on le gardât jusqu’à ce que je l’envoyasse à César.

22 Sur quoi Agrippa dit à Festus : Je voudrais bien aussi entendre cet homme. Demain, lui dit-il, tu l’entendras.

23 Le lendemain donc, Agrippa et Bérénice vinrent avec grande pompe, et étant entrés dans le lieu de l’audience, avec les tribuns et les principaux de la ville, Paul fut amené par l’ordre de Festus.

24 Alors Festus dit : Roi Agrippa, et vous tous qui êtes ici présents avec nous, vous voyez cet homme, contre lequel toute la multitude des Juifs m’est venue solliciter, tant à Jérusalem qu’ici, ne cessant de crier qu’il ne fallait pas le laisser vivre.

25 Mais ayant trouvé qu’il n’avait rien fait qui fût digne de mort, et lui-même ayant appelé à l’empereur, j’ai résolu de l’y envoyer.

26 Mais comme je n’ai rien de certain à en écrire à l’empereur, je l’ai fait venir en votre présence, et principalement devant toi, roi Agrippa, afin qu’étant mieux informé, je sache ce que j’en dois écrire.

27 Car il ne me semble pas raisonnable d’envoyer un prisonnier, sans marquer de quoi on l’accuse. 

REFLEXIONS

Les réflexions qu’il faut faire ici sont :

I. Premièrement que les Juifs ayant comploté pour tuer Saint Paul par une noire trahison, Dieu ne permit pas qu’ils exécutassent leur dessein cruel et injuste, en quoi nous devons reconnaître la protection dont Dieu couvre ses fidèles serviteurs.

II. Que Saint Paul étant accusé par les Juifs devant Festus, il continua à soutenir qu’il était innocent et demanda d’être envoyé à l’empereur. Ce procédé de l’Apôtre montre qu’un chrétien peut, lorsqu’il est accusé injustement, avoir recours aux tribunaux et se servir de tous les moyens légitimes de défense que la providence lui présente.

III. Il faut considérer que Dieu disposait ainsi les choses, non seulement afin que St. Paul ne tombât pas entre les mains des Juifs, mais aussi afin qu’il eût occasion d’aller à Rome et d’annoncer l’Évangile dans cette grande ville, selon que notre Seigneur le lui avait prédit.

IV. La conduite que Festus tint envers Saint Paul montre que ce gouverneur, quoi que païen, avait plus de droiture et d’équité que les Juifs et même les sacrificateurs et les magistrats de Jérusalem n’en avaient. Enfin, Saint Luc rapporte que le roi Agrippa étant venu en ce temps-là à Césarée souhaita de voir et d’entendre St. Paul. Ce fut là une occasion que la providence fournit à cet Apôtre de parler en présence de ce prince et d’un grand nombre de personnes considérables, ce qui tourna à la justification de St. Paul et de la doctrine qu’il annonçait comme cela se voit dans le chapitre suivant. 

CHAPITRE XXVI.

St. Paul parlant en présence du roi Agrippa, de Bérénice, du gouverneur Festus et d’un grand nombre d’officiers et de personnes de distinction, fait l’histoire de sa vie, de sa conversion et de la manière dont il avait exercé son ministère jusqu’alors. 

Il fut interrompu par Festus qui le traita d’insensé et le roi Agrippa témoigna d’être ébranlé par son discours.

Enfin, ce prince, le gouverneur et tous ceux qui étaient présents reconnurent l’innocence de St. Paul, mais il fut résolu que, puisqu’il en avait appelé à l’empereur, on l’enverrait à Rome. 

1 Alors Agrippa dit à Paul : Il t’est permis de parler pour toi-même. Paul donc ayant étendu la main, parla ainsi pour sa défense :

2 Roi Agrippa, je m’estime heureux de ce que je dois me défendre aujourd’hui devant toi de toutes les choses dont les Juifs m’accusent ;

3 et surtout, parce que je sais que tu as une pleine connaissance de toutes les coutumes des Juifs, et de toutes les questions qu’ils ont entre eux ; c’est pourquoi je te supplie de m’écouter avec patience.

4 Pour ce qui est de la vie que j’ai menée, dès le commencement de ma jeunesse, parmi ceux de ma nation, dans Jérusalem, elle est connue de tous les Juifs.

5 Car ils savent, il y a longtemps, s’ils veulent en rendre témoignage, que j’ai vécu Pharisien, selon cette secte, qui est la plus exacte de notre religion.

6 Et maintenant je parais en jugement, à cause de l’espérance que j’ai en la promesse que Dieu a faite à nos pères ;

7 à l’accomplissement de laquelle nos douze tribus, qui servent Dieu continuellement nuit et jour, espèrent de parvenir. C’est à cause de cette espérance, ô roi Agrippa, que je suis accusé par les Juifs.

8 Quoi ! jugez-vous incroyable que Dieu ressuscite les morts ?

9 Il est vrai que pour moi, j’avais cru qu’il n’y avait rien que je ne dusse faire contre le nom de Jésus de Nazareth.

10 C’est aussi ce que j’ai fait dans Jérusalem ; car j’ai mis en prison plusieurs des saints, en ayant reçu le pouvoir des principaux sacrificateurs ; et lorsqu’on les faisait mourir, j’y donnais mon suffrage.

11 Souvent même, dans toutes les synagogues, je les contraignais de blasphémer en les punissant ; et étant transporté d’une extrême rage contre eux, je les persécutais jusque dans les villes étrangères.

12 Et comme j’allais aussi à Damas, dans ce dessein, avec un pouvoir et une commission des principaux sacrificateurs,

13 Je vis, ô roi, étant en chemin, en plein midi, une lumière qui venait du ciel, plus éclatante que celle du soleil, et qui resplendit autour de moi et de ceux qui m’accompagnaient.

14 Et étant tous tombés par terre, j’entendis une voix qui me parla, et qui me dit, en langue hébraïque : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il te serait dur de regimber contre les aiguillons.

15 Alors je dis : Qui es-tu, Seigneur ? Et il me répondit : Je suis Jésus que tu persécutes.

16 Mais lève-toi, et te tiens sur tes pieds, car je te suis apparu pour t’établir ministre et témoin, tant des choses que tu as vues, que de celles pour lesquelles je t’apparaîtrai encore,

17 En te délivrant de ce peuple et des Gentils, vers lesquels je t’envoie maintenant,

18 Pour ouvrir leurs yeux, et les faire passer des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu, afin que par la foi qu’ils auront en moi, ils reçoivent la rémission de leurs péchés, et qu’ils aient part à l’héritage des saints.

19 Ainsi, ô roi Agrippa, je ne résistai point à la vision céleste ;

20 mais je prêchai premièrement à ceux de Damas, et ensuite à Jérusalem, et par toute la Judée, et aux Gentils, qu’ils se repentissent, et qu’ils se convertissent à Dieu, en faisant des œuvres convenables à la repentance.

21 C’est là le sujet pour lequel les Juifs, m’ayant pris dans le temple, ont tâché de me tuer.

22 Mais, ayant été secouru par l’aide de Dieu, j’ai subsisté jusqu’à aujourd’hui, rendant témoignage de Jésus aux petits et aux grands, et ne disant autre chose que ce que les prophètes et Moïse ont prédit devoir arriver ;

23 savoir, que le Christ devait souffrir, et qu’étant ressuscité le premier d’entre les morts, il devait annoncer la lumière à ce peuple et aux Gentils.

24 Comme il parlait ainsi pour sa défense, Festus dit à haute voix : Tu as perdu le sens, Paul, ton grand savoir te met hors du sens.

25 Et Paul dit : Je n’ai point perdu le sens, très excellent Festus ; mais ce que je dis est vrai et de bon sens.

26 Car le roi est bien informé de ces choses ; c’est pourquoi je lui parle avec hardiesse, parce que je suis persuadé qu’il n’ignore rien de ce que je dis ; car ces choses ne se sont pas passées en cachette.

27 Roi Agrippa, ne crois-tu pas aux prophètes ? Je sais que tu y crois.

28 Et Agrippa répondit à Paul : Il s’en faut peu que tu ne me persuades d’être chrétien.

29 Paul lui dit : Plût à Dieu qu’il s’en fallût peu, et même qu’il ne s’en fallût rien du tout, que non-seulement toi, mais aussi tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui, ne devinssiez tels que je suis, à la réserve de ces liens !

30 Paul ayant dit cela, le roi se leva, et le gouverneur, et Bérénice, et ceux qui étaient assis avec eux.

31 Et s’étant retirés à part, ils dirent entre eux : Cet homme n’a rien fait qui soit digne de la mort, ni même de la prison.

32 Et Agrippa dit à Festus : Cet homme pouvait être renvoyé absous, s’il n’eût point appelé à César. 

REFLEXIONS

Dans le discours que Saint Paul fit en présence du roi Agrippa pour rendre raison de la conduite qu’il avait eue avant et après sa conversion, on découvre un caractère de sagesse et de modération et en même temps d’ingéniosité, de fermeté et de courage qui marque bien clairement l’innocence et le zèle de ce grand Apôtre. La manière douce et respectueuse, mais aussi franche et sincère dont il parla dans cette occasion doit nous apprendre à répondre toujours comme Saint Pierre nous y exhorte avec douceur et modestie à tous ceux qui nous demandent raison de l’espérance qui est en nous et à ne jamais taire, ni dissimuler la vérité.

On doit remarquer en second lieu sur ce discours que, si Saint Paul avait persécuté l’église avant sa conversion, il l’avait fait par ignorance et croyant bien faire, mais que du reste sa vie avait été sans reproche et qu’après que le Seigneur l’eut appelé, il le servit avec un grand zèle. Ce qu’il faut observer sur cela, c’est que, lorsqu’on a péché par ignorance, il est plus facile d’obtenir le pardon de ses fautes et de s’en relever, que Dieu se fait connaître tôt ou tard à ceux qui ont le cœur bon et que dès qu’il nous appelle, nous devons suivre notre vocation et lui obéir.

III. Nous voyons dans le jugement que Festus fit de Saint Paul en le traitant d’insensé que les choses les plus graves paraissent une folie aux mondains et la réponse sage et respectueuse que Saint Paul fit à Festus nous donne un bel exemple de modération et de fermeté.

IV. Saint Luc rapporte une particularité remarquable : C’est que le roi Agrippa entendant parler St. Paul lui dit : Peu s’en faut que tu ne me persuades d’être chrétien.

À quoi l’Apôtre répondit en souhaitant que ce prince et tous ceux qui étaient présents devinssent chrétiens en effet. Sur cela on doit remarquer qu’Agrippa faisait profession de la religion des Juifs et qu’il croyait aux prophètes, ce qui fit qu’il trouva de la vraisemblance dans le discours de l’Apôtre, mais cette impression ne fut pas salutaire puisque ce roi ne se soucia pas de s’instruire plus avant.

Il est inutile d’être un peu touché de la parole de Dieu et d’être chrétien à demi et à peu près, il faut le devenir tout-à-fait et de tout son cœur.

Enfin, le roi Agrippa et le gouverneur Festus après avoir entendu St. Paul et examiné les accusations que l’on formait contre lui jugèrent qu’il était innocent et ils l’auraient même renvoyé absous s’il n’en eût pas appelé à l’empereur. Par ce moyen, cet Apôtre fut justifié et si on l’envoya à Rome, il n’y fut pas envoyé comme un criminel, ce qui aurait été un obstacle à la prédication de l’Évangile qu’il devait annoncer dans cette ville-là. Ainsi St. Paul éprouva dans cette occasion une protection particulière de Dieu et le Seigneur accomplit en sa faveur la promesse qu’il avait faite aux apôtres lorsqu’il leur disait : qu’ils seraient menés devant les gouverneurs pour lui rendre témoignage, mais qu’il les assisterait par son esprit et qu’il leur mettrait dans la bouche ce qu’ils auraient à dire pour leur défense. 

CHAPITRE XXVII.

Ce chapitre contient le récit du voyage que St. Paul fit par mer, de Césarée à Rome, où l’on doit principalement remarquer qu’il fut en danger de périr, le vaisseau sur lequel il était ayant fait naufrage. 

1 Après qu’il eut été résolu que nous irions par mer en Italie, ils remirent Paul et quelques autres prisonniers à un nommé Jules, centenier d'une compagnie de la légion appelée Auguste ;

2 et étant montés sur un vaisseau d’Adramite, nous partîmes, prenant notre route vers les côtes d’Asie ; Aristarque, Macédonien de Thessalonique, étant avec nous.

3 Le jour suivant, nous arrivâmes à Sidon ; et Jules, traitant Paul avec humanité, lui permit d’aller voir ses amis, afin qu’ils eussent soin de lui.

4 Puis étant partis de là, nous passâmes sous l’île de Chypre, parce que les vents étaient contraires.

5 Et après avoir traversé la mer de Cilicie et de Pamphylie, nous arrivâmes à Myre, ville de Lycie,

6 où le centenier trouva un vaisseau d’Alexandrie, qui allait en Italie, sur lequel il nous fit monter.

7 Et comme pendant plusieurs jours nous avancions fort peu, et que nous n’étions arrivés qu’avec peine vis-à-vis de Gnide, parce que le vent ne nous permettait pas d’aller droit, nous passâmes au-dessous de l’île de Crète, vers Salmone ;

8 et la côtoyant avec difficulté, nous abordâmes un lieu appelé Beaux-Ports, près duquel est la ville de Lasée.

9 Comme il s’était écoulé beaucoup de temps, et que la navigation devenait dangereuse, puisque le temps du jeûne était déjà passé, Paul les avertit,

10 et leur dit : Je vois que la navigation sera fâcheuse, et qu’il y a un grand danger, non-seulement pour le vaisseau et pour sa charge, mais aussi pour nos personnes.

11 Mais le centenier ajoutait plus de foi au pilote et au maître du vaisseau qu’à ce que Paul disait.

12 Et comme le port n’était pas propre pour hiverner, la plupart furent d’avis de partir de là, pour tâcher de gagner Phénice, qui est un port de Crète, qui regarde le vent d’Afrique et le couchant septentrional, afin d’y passer l’hiver.

13 Alors le vent du midi commençant à souffler doucement, ils crurent être venus à bout de leur dessein, et étant partis, ils côtoyèrent de plus près l’île de Crète.

14 Mais un peu après il se leva un vent impétueux, qu’on appelle Euroclydon, qui nous écartait de l'île.

15 Ainsi le vaisseau étant emporté par la violence de la tempête, et ne pouvant résister, nous nous laissâmes aller au gré du vent ;

16 et ayant été poussés au-dessous d’une petite île appelée Clauda, nous eûmes bien de la peine d’être maîtres de la chaloupe.

17 Mais l’ayant tirée à nous, les matelots mirent en usage toutes sortes de moyens, liant le vaisseau par-dessous avec des cordes ; et comme ils craignaient d’être jetés sur des bancs de sable, ils abaissèrent le mât, et se laissèrent emporter par le vent.

18 Comme nous étions fortement battus de la tempête, le jour suivant ils jetèrent une partie de la charge du vaisseau dans la mer.

19 Le troisième jour, nous jetâmes de nos propres mains les agrès de rechange du vaisseau.

20 Pendant plusieurs jours, ni le soleil, ni les étoiles ne parurent point, et la tempête était toujours si violente que nous perdîmes toute espérance de nous sauver.

21 Et comme il y avait longtemps qu’on n’avait mangé, Paul se leva au milieu d’eux, et leur dit : Certes, il fallait me croire, et ne pas partir de Crète, et nous aurions évité cette tempête et cette perte.

22 Mais je vous exhorte maintenant à prendre courage, car aucun de vous ne perdra la vie, et il n’y aura de perte que celle du vaisseau.

23 Car un ange de Dieu, à qui je suis et que je sers, m'est apparu cette nuit, et m’a dit :

24 Paul, ne crains point ; il faut que tu comparaisses devant César ; et même, Dieu t’a donné tous ceux qui naviguent avec toi.

25 C’est pourquoi, mes amis, prenez courage ; car j’ai cette confiance en Dieu, que la chose arrivera de la manière qu’il m’a été dit.

26 Mais il faut que nous soyons jetés sur quelque île.

27 La quatorzième nuit étant venue, comme nous étions jetés çà et là dans la mer Adriatique, les matelots, vers le minuit, estimèrent qu’ils approchaient de quelque terre.

28 Et ayant jeté la sonde, ils trouvèrent vingt brasses ; puis étant passés un peu plus loin, ils la jetèrent encore, et ils trouvèrent quinze brasses.

29 Alors, craignant de donner contre quelque écueil, ayant jeté quatre ancres de la poupe, ils attendaient que le jour vînt.

30 Mais comme les matelots cherchaient à se sauver du vaisseau, et qu’ils mettaient la chaloupe à la mer, sous prétexte de jeter les ancres du côté de la proue,

31 Paul dit aux centeniers et aux soldats : Si ces gens ne demeurent dans le vaisseau, vous ne sauriez vous sauver.

32 Alors les soldats coupèrent les cordes de la chaloupe, et la laissèrent tomber.

33 Et en attendant que le jour vînt, Paul les exhorta tous à prendre de la nourriture, en leur disant : C’est aujourd’hui le quatorzième jour que vous êtes sans manger, et que vous n’avez rien pris, en attendant que le temps change.

34 Je vous exhorte donc à prendre de la nourriture, car cela est nécessaire pour votre conservation ; et il ne tombera pas un cheveu de la tête d’aucun de vous.

35 Ayant dit cela, il prit du pain, et rendit grâce à Dieu en présence de tous ; et l’ayant rompu, il se mit à manger.

36 Alors tous les autres, ayant pris courage, mangèrent aussi.

37 Or, nous étions en tout, dans le vaisseau, deux cent soixante et seize personnes.

38 Et quand ils eurent mangé suffisamment, ils allégèrent le vaisseau en jetant le blé dans la mer.

39 Le jour étant venu, ils ne reconnaissaient point la terre, mais ayant aperçu un golfe qui avait un rivage, ils résolurent d’y faire échouer le vaisseau, s’ils pouvaient.

40 Ayant donc retiré les ancres, ils abandonnèrent le vaisseau à la mer, lâchant en même temps les attaches du gouvernail ; et ayant mis au vent la voile de l’artimon, ils tâchaient de gagner le rivage.

41 Mais étant tombés dans un endroit qui avait la mer des deux côtés, le vaisseau y échoua, et la proue y étant engagée, demeurait immobile, pendant que la poupe se rompait par la violence des vagues.

42 Alors les soldats furent d’avis de tuer les prisonniers, de peur que quelqu’un d’eux, s’étant sauvé à la nage, ne s’enfuît.

43 Mais le centenier, voulant sauver Paul, les détourna de ce dessein, et ordonna que ceux qui savaient nager se jetassent dans l’eau les premiers, et se sauvassent à terre ;

44 et que les autres se missent, les uns sur des planches, et les autres sur quelques pièces du vaisseau. Ainsi tous se sauvèrent à terre. 

REFLEXIONS

Cette histoire nous présente quatre réflexions :

I. La première regarde les dangers continuels auxquels St. Paul était exposé. Après avoir échappé à la fureur des Juifs, il manqua de périr sur la mer en allant à Rome et outre cela d’être tué par les soldats.

II. La seconde, que Dieu, qui l’avait garanti jusque alors, le préserva de l’un et de l’autre de ces dangers et qu’ainsi rien ne peut nuire à ceux que Dieu favorise de sa protection et qui le servent fidèlement.

III. La troisième que Dieu ne sauva pas seulement la vie à St. Paul, mais qu’à cause de lui il garantit tous ceux qui étaient dans le vaisseau, en sorte que quoi qu’ils fissent naufrage, il n’en périt pas un seul.

Cette merveilleuse délivrance que St. Paul leur avait prédite dût leur faire reconnaître que cet Apôtre était un vrai serviteur de Dieu. Elle nous apprend aussi que c’est toujours un grand avantage d’être dans la compagnie des gens de bien et qu’à cause d’eux, Dieu épargne souvent les autres et leur accorde des délivrances et des grâces très considérables.

Il faut remarquer enfin, que quoi que Dieu eût promis par un ange à St. Paul qu’aucun de ceux qui étaient embarqués avec lui ne périrait, cet Apôtre leur dit pourtant que si les matelots ne demeuraient dans le vaisseau on ne pourrait se sauver. Les promesses que Dieu nous a faites n’empêchent pas qu’il ne faille se servir des moyens que la prudence prescrit et qu’il a lui-même établis et jamais la confiance en Dieu ne doit être accompagnée de témérité ni de négligence. 

CHAPITRE XXVIII.

St Paul ayant fait naufrage sur les côtes de l’île de Malte, il y séjourna trois mois et il y fit divers miracles. Il en partit ensuite et il arriva à Rome. 

1 Après s’être ainsi sauvés, ils reconnurent que l’île s’appelait Malte.

2 Et les barbares nous traitaient avec beaucoup d’humanité ; car ils allumèrent un grand feu, et ils nous reçurent tous chez eux, à cause de la pluie qui tombait sur nous, et du froid.

3 Alors Paul ayant ramassé quelque quantité de sarments, et les ayant mis au feu, une vipère en sortit à cause de la chaleur, et s’attacha à sa main.

4 Et quand les barbares virent cette bête qui pendait à sa main, ils se dirent les uns aux autres : Assurément, cet homme est un meurtrier, puisque, après qu’il a été sauvé de la mer, la vengeance ne permet pas qu’il vive.

5 Mais lui, ayant secoué la vipère dans le feu, n’en reçut aucun mal.

6 Les barbares s’attendaient qu’il enflerait, ou qu’il tomberait mort subitement ; mais, après avoir attendu longtemps, lorsqu’ils virent qu’il ne lui en arrivait aucun mal, ils changèrent de sentiment, et dirent que c’était un dieu.

7 Il y avait dans cet endroit-là des terres qui appartenaient au plus considérable de l’île, nommé Publius, qui nous reçut et nous logea fort affectueusement durant trois jours.

8 Et il se rencontra que le père de Publius était au lit, malade de la fièvre et de la dyssenterie. Paul l’alla voir ; et ayant prié, il lui imposa les mains, et le guérit.

9 Cela étant arrivé, tous ceux de l’île qui étaient malades, vinrent à lui, et ils furent guéris.

10 Ils nous firent aussi de grands honneurs, et, à notre départ, ils nous pourvurent de ce qui nous était nécessaire.

11 Trois mois après, nous partîmes sur un vaisseau d’Alexandrie, qui avait passé l’hiver dans l’île, et qui portait pour enseigne Castor et Pollux.

12 Et étant arrivés à Syracuse, nous y demeurâmes trois jours.

13 De là, en côtoyant la Sicile, nous arrivâmes à Rhège. Et un jour après, le vent du midi s’étant levé, nous vînmes en deux jours à Pouzzoles,

14 où ayant trouvé des frères, ils nous prièrent de demeurer avec eux sept jours ; et ensuite nous partîmes pour Rome.

15 Et les frères qui y étaient, ayant appris de nos nouvelles, vinrent au-devant de nous jusqu’au marché d’Appius et aux trois hôtelleries ; et Paul les voyant, rendit grâces à Dieu, et prit courage.

16 Quand nous fûmes arrivés à Rome, le centenier mit les prisonniers entre les mains du préfet du prétoire ; mais à l’égard de Paul, il lui permit de demeurer en son particulier, avec un soldat qui le gardait.

17 Trois jours après, Paul assembla les principaux des Juifs ; et quand ils furent venus, il leur dit : Mes frères, quoique je n’eusse rien commis contre le peuple, ni contre les coutumes de nos pères, toutefois j’ai été fait prisonnier à Jérusalem, et mis entre les mains des Romains,

18 Qui, après m’avoir examiné, voulaient me relâcher, parce que je n’avais rien fait qui méritât la mort.

19 Mais les Juifs s’y opposant, j’ai été contraint d’en appeler à César, sans que j’aie dessein néanmoins d’accuser ma nation.

20 C’est pour ce sujet que je vous ai appelés, pour vous voir et pour vous parler ; car c’est à cause de l’espérance d’Israël que je suis lié de cette chaîne.

21 Et ils lui répondirent : Nous n’avons point reçu de lettres de Judée sur ton sujet ; et il n’est venu aucun de nos frères qui ait rapporté ou dit aucun mal de toi.

22 Néanmoins nous voudrions bien apprendre de toi quels sont tes sentiments ; car à l’égard de cette secte, nous savons qu’on s’y oppose partout.

23 Lui ayant assigné un jour, plusieurs vinrent le trouver dans son logis ; et depuis le matin jusqu’au soir, il leur annonçait le règne de Dieu, confirmant ce qu’il disait par divers témoignages, et tâchant de leur persuader par la loi de Moïse et par les prophètes ce qui regarde Jésus.

24 Les uns furent persuadés de ce qu’il disait ; mais les autres ne crurent point.

25 Et comme ils n’étaient pas d’accord entre eux, ils se retirèrent, après que Paul leur eut dit cette parole : C’est avec raison que le Saint-Esprit a parlé à nos pères par Esaïe le prophète, et a dit :

26 Va vers ce peuple, et dis-lui : Vous écouterez de vos oreilles, et vous n’entendrez point ; et en voyant vous verrez, et vous n’apercevrez point.

27 Car le cœur de ce peuple est appesanti ; ils ont ouï dur de leurs oreilles, et ils ont fermé leurs yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse.

28 Sachez donc que le salut de Dieu est envoyé aux Gentils, et qu’ils l’écouteront.

29 Et quand il eut dit cela, les Juifs s’en allèrent, ayant de grandes contestations entre eux.

30 Mais Paul demeura deux ans entiers dans une maison qu’il avait louée, où il recevait tous ceux qui le venaient voir ;

31 prêchant le règne de Dieu, et enseignant les choses qui regardent le Seigneur Jésus-Christ, avec toute liberté et sans aucun empêchement. 

REFLEXIONS

L’humanité avec laquelle les habitants de l’île de Malte reçurent Saint Paul et ceux qui avaient fait naufrage avec lui doit apprendre aux chrétiens à exercer l’hospitalité et à assister avec cordialité les malheureux.

Le jugement que les gens de cette île firent de St. Paul lorsqu’il fût mordu d’une vipère montre que les hommes et même les peuples barbares ont toujours cru que la vengeance céleste ne laisse pas les crimes impunis, ce qui est une vérité certaine. Cependant, l’exemple de St. Paul prouve que ce serait un jugement téméraire de croire que tous ceux à qui il arrive quelque malheur soient poursuivis par la justice divine. L’opinion que les habitants de Malte eurent de St. Paul le prenant pour un dieu lorsqu’ils virent qu’il ne lui arrivait aucun mal doit être considéré comme un effet de l’ignorance de ces peuples idolâtres, mais nous devons reconnaître par ce miracle aussi bien que par la guérison du père de Publius et des autres malades de cette île l’accomplissement de cette promesse que Jésus-Christ avait faite aux apôtres : Ils chasseront des serpents, quand ils auront bu quelque breuvage mortel il ne leur nuira point, ils imposeront les mains sur les malades et ils se porteront bien.

Enfin St. Paul étant arrivé à Rome vit non seulement les chrétiens qu’il y avait dans cette grande ville, mais aussi les Juifs. Il les informa des raisons qu’il avait eues de faire le voyage de Rome et d’en appeler à l’empereur. Il parla de leur nation et des Juifs de Jérusalem avec toute sorte de modération. Il tâcha ensuite de les porter à croire en Jésus-Christ et enfin voyant que plusieurs d’entre eux demeuraient dans l’incrédulité, il leur déclara que vu leur endurcissement il annoncerait l’Évangile aux Gentils.

Cette conduite sage et pleine de charité montre qu’on ne doit rien négliger pour édifier tout le monde et pour ramener ceux qui sont prévenus contre la vérité et que si après cela il y a des gens qui demeurent obstinés, ils n’ont aucune excuse.

C’est ici que fini l’histoire de St. Luc et le livre des Actes des Apôtres.

Il faut savoir au reste que St. Paul fut prisonnier à Rome deux ans, que durant ce temps-là il écrivit diverses épîtres qui ont été conservées dans le Nouveau Testament, qu’au bout de deux ans il fut délivré et fit divers voyages et qu’étant revenu à Rome environ cinq ans après il y souffrit le martyre et eu la tête tranchée sous l’empire de Néron.