PREMIERE EPITRE DE PAUL APÔTRE A TIMOTHEE

PREMIERE EPITRE

DE

 PAUL APÔTRE

A

TIMOTHEE 

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Chapitres :  Chapitre I.   Chapitre II.   Chapitre III.   Chapitre IV.   Chapitre V. Chapitre VI    Livres

 

ARGUMENT

On croit que St. Paul écrivit cette épître environ l’an 64 de notre Seigneur à Timothée qu’il avait laissé à Éphèse pour prendre soin de l’église de cette ville-là. Son but est d’exhorter Timothée à s’opposer aux faux docteurs et de lui enseigner comment les évêques et les pasteurs doivent conduire l’église de Dieu. 

CHAPITRE I

Dans le premier chapitre, l’Apôtre ordonne à Timothée d’empêcher que certains faux docteurs juifs ne corrompissent la doctrine chrétienne par des subtilités et des spéculations extravagantes et profanes et n’introduisissent des disputes dans l’église.

Et parce que ces docteurs marquaient un grand zèle pour la loi, il montre quel en est le véritable usage. Cela lui donne occasion de parler de la grâce que Dieu lui avait faite de l’appeler à l’apostolat et de la miséricorde de Dieu envers les pécheurs.

Enfin, il exhorte Timothée à s’acquitter avec zèle des devoirs de sa charge et à résister aux faux docteurs. 

1 Paul, apôtre de Jésus-Christ, par le commandement de Dieu, notre Sauveur, et du Seigneur Jésus-Christ, notre espérance,

2 A Timothée, mon vrai fils en la foi. Grâce, miséricorde et paix de la part de Dieu notre Père, et de Jésus-Christ notre Seigneur.

3 Suivant la prière, que je te fis lorsque je partis pour la Macédoine, de demeurer à Ephèse, je te prie encore d’avertir certaines personnes de n’enseigner point une doctrine différente ;

4 Et de ne s’attacher pas à des fables et à des généalogies qui n’ont point de fin, et qui engendrent des disputes, au lieu de former l’édifice de Dieu, qui consiste dans la foi.

5 Le but du commandement, c’est la charité, qui procède d’un cœur pur, et d’une bonne conscience, et d’une foi sincère ;

6 dont quelques-uns s’étant détournés, se sont égarés dans de vains raisonnements ;

7 prétendant être docteurs de la loi, quoiqu’ils n’entendent point ce qu’ils disent, ni les choses qu’ils assurent comme certaines.

8 Or, nous savons que la loi est bonne pour celui qui en fait un usage légitime ;

9 et qui sait que ce n’est pas pour le juste que la loi a été établie, mais pour les méchants, pour ceux qui ne peuvent se soumettre, pour les impies, pour les vicieux, pour les gens sans religion, pour les profanes, pour les meurtriers de père et de mère, et les autres homicides ;

10 pour les fornicateurs, pour les abominables, pour les voleurs d’hommes, pour les menteurs, pour les parjures, et pour tout ce qui est contraire à la saine doctrine,

11 laquelle est conforme au glorieux évangile de Dieu souverainement heureux, dont la dispensation m’a été confiée.

12 Et je rends grâces à Jésus-Christ notre Seigneur, qui m’a fortifié, de ce qu’il m’a jugé fidèle, m’ayant établi dans le ministère ;

13 moi, qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur, un homme violent ; mais j’ai obtenu miséricorde, parce que je l’ai fait par ignorance, étant dans l’incrédulité.

14 Et la grâce de notre Seigneur a surabondé en moi, avec la foi et la charité qui est en Jésus-Christ.

15 Cette parole est certaine et digne d’être reçue avec une entière croyance : c’est que Jésus-Christ est venu au monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier.

16 Mais j’ai obtenu miséricorde, afin que Jésus-Christ fît voir, en moi le premier, une parfaite clémence, pour servir de modèle à ceux qui croiront en lui, pour avoir la vie éternelle.

17 Au roi des siècles, immortel, invisible, à Dieu seul sage, soient honneur et gloire aux siècles des siècles. Amen.

18 Mon fils Timothée, ce que je te recommande, c’est que conformément aux prophéties qui ont été faites autrefois de toi, tu t’acquittes pleinement de ton devoir dans cette bonne guerre ;

19 conservant la foi et la bonne conscience, à laquelle quelques-uns ayant renoncé, ils ont fait naufrage en ce qui regarde la foi ;

20 du nombre desquels sont Hyménée, et Alexandre, que j’ai livrés à Satan, afin qu’ils apprennent à ne plus blasphémer. 

REFLEXIONS

Les instructions que ce chapitre contient sont les suivantes.

I. La première, que le devoir des ministres de l’Évangile est d’enseigner et de conserver la pure doctrine et de résister à ceux qui veulent l’altérer en enseignant des doctrines, ou fausses, ou inutiles, et qui ne sont propres qu’à exciter des disputes et du trouble dans l’église.

II. La seconde, que le but de la religion est la charité qui procède d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère, et que ceux qui se détournent de ce but s’égarent en de vains discours.

C’est par là que nous pouvons juger si les doctrines qu’on nous annonce sont véritables et si nous sommes nous-mêmes du nombre des vrais et sincères chrétiens.

III. La troisième instruction est que la loi en tant qu’elle défendait aux Juifs les crimes les plus grossiers avait été donnée plutôt pour réprimer les méchants et les hommes corrompus que pour les gens de bien qui ont en horreur ces crimes-là.

D’où il suit que bien qu’elle ne soit pas abolie, elle n’a plus à cet égard-là le même usage par rapport aux chrétiens qu’elle avait autrefois, puisque l’Évangile forme les hommes à la plus parfaite sainteté.

IV. St. Paul nous enseigne ici que Jésus-Christ est venu au monde pour sauver les pécheurs et c’est ce qu’il confirme par son exemple.

C’est là une doctrine pleine de consolation pour les pécheurs véritablement repentants. Sur quoi il faut cependant remarquer ce que dit St. Paul, savoir que Dieu lui avait fait miséricorde parce que, lorsqu’il avait persécuté l’église et blasphémé contre Jésus-Christ il l’avait fait par ignorance, étant dans l’incrédulité. Cela nous apprend qu’il est bien plus facile d’obtenir le pardon des péchés qui sont commis par ignorance que ceux où l’on tombe volontairement et contre la connaissance que l’on a de la volonté de Dieu.

V. Enfin, nous voyons dans ce chapitre que l’on doit sur toutes choses s’étudier à avoir une bonne conscience, puisqu’en la perdant on perd la foi et qu’on tombe dans le dernier endurcissement. 

CHAPITRE II

I. L’apôtre ordonne qu’on prie dans l’église pour tous les hommes et en particulier pour les rois et les magistrats qui étaient alors païens et il fonde cet ordre sur ce que Dieu veut le salut de tous les hommes et que c’est dans cette vue qu’il a envoyé son fils pour les sauver et qu’il leur fait annoncer son Évangile. II. Il ordonne que les hommes prient dans un esprit de paix et de pureté et que les femmes assistent aux assemblées de l’église avec un habillement modeste et qu’elles demeurent dans le respect et dans le silence.

1 Je recommande donc avant toutes choses, qu’on fasse des requêtes, des prières, des supplications et des actions de grâces pour tous les hommes ;

2 pour les rois, et pour tous ceux qui sont constitués en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et en toute honnêteté.

3 Car cela est bon et agréable à Dieu notre Sauveur,

4 qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu’ils parviennent à la connaissance de la vérité ;

5 car il y a un seul Dieu, et un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ, homme ;

6 qui s’est donné soi-même en rançon pour tous ; c’est le témoignage qui a été rendu en son propre temps.

7 C’est pour cela (je dis la vérité en Christ, je ne mens point), c’est pour cela que j’ai été établi prédicateur, apôtre et docteur des Gentils dans la foi et dans la vérité.

8 Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, levant leurs mains au ciel, sans colère et sans contestations ;

9 et de même, que les femmes se parent d’un vêtement honnête, avec pudeur et modestie, non avec des cheveux frisés, ni avec de l’or, ou des perles, ou des habits somptueux ;

10 mais qu’elles se parent de bonnes œuvres, comme il est séant à des femmes qui font profession de servir Dieu.

11 Que la femme écoute l’instruction avec silence et une entière soumission ;

12 car je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre aucune autorité sur son mari ; mais il faut qu’elle demeure dans le silence.

13 Car Adam fut formé le premier, et Eve ensuite.

14 Et ce ne fut pas Adam qui fut séduit ; mais la femme, ayant été séduite, fut cause de la transgression.

15 Cependant la femme sera sauvée, quoi qu’elle enfante avec douleur, si elle demeure dans la foi, dans la charité, dans la sainteté et dans la modestie. 

REFLEXIONS

Nous apprenons de ce chapitre :

I. Que c’est un devoir tout à fait indispensable dans la religion de faire des prières publiques pour le salut de tous les hommes et en particulier pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en autorité et qu’ainsi ces prières font une partie essentielle du culte des chrétiens,

II. Que la bonté de Dieu envers les hommes est si grande qu’il veut que tous soient sauvés et que c’est à cause de cela qu’il a donné son fils Jésus-Christ pour être médiateur entre lui et eux. C’est aussi ce qui nous oblige à désirer le salut de tous les hommes, à les aimer tous et à prier pour eux

III. Que les prières ne peuvent être agréables à Dieu à moins qu’elles ne soient faites avec un cœur pur et dans un esprit de charité et de paix, sans colère et sans contestation.

Outre cela, l’Apôtre donne aux femmes chrétiennes ces trois leçons :

La première, de s’habiller avec beaucoup de modestie et de pudeur, comme il est séant à des femmes qui font profession de servir Dieu, de fuir l’immodestie et les ornements excessifs et d’observer surtout ces règles lorsqu’elles assistent aux assemblées religieuses.

La seconde, de demeurer dans le silence et dans la soumission, non seulement dans l’église, mais aussi dans les maisons envers leurs maris.

Et la troisième, que celles à qui Dieu donne des enfants se sauveront si elles prennent soin des enfants qu’elles ont mis au monde, si elles les élèvent dans la piété et si elles demeurent elles-mêmes dans la foi, dans la charité, dans la sainteté et dans la modestie.

CHAPITRE III

St. Paul parle dans ce chapitre :

I. De l’importance de la charge d’évêque et de pasteur et des qualités que doivent avoir ceux qui sont admis à cet emploi.

II. De la charge des diacres dont l’office était d’administrer les aumônes de l’église et d’assister les évêques dans leurs fonctions et il marque aussi les vertus qui doivent se rencontrer dans les diacres.

III. Pour engager Timothée à n’admettre aux charges ecclésiastiques que des personnes qui en fussent dignes et à conduire l’église comme il faut, il lui présente quelle est la dignité de l’église de Dieu et l’excellence de la doctrine qui y est enseignée.

1 Cette parole est certaine : Si quelqu’un désire d’être évêque, il désire une œuvre excellente.

2 Mais il faut que l’évêque soit irrépréhensible, mari d’une seule femme, sobre, prudent, grave, hospitalier, propre à enseigner ;

3 qu’il ne soit pas adonné au vin, ni violent, ni porté au gain déshonnête, mais qu’il soit modéré, éloigné des querelles, exempt d’avarice ;

4 qu’il gouverne bien sa propre famille, tenant ses enfants dans la soumission et dans toute sorte d’honnêteté.

5 Car si quelqu’un ne sait pas conduire sa propre famille, comment pourra-t-il gouverner l’Eglise de Dieu ?

6 Qu’il ne soit point nouvellement converti, de peur qu'étant enflé d’orgueil, il ne tombe dans la condamnation du diable.

7 Il faut aussi qu’il ait bon témoignage de ceux qui sont hors de l’Eglise, de peur qu’il ne tombe dans l’opprobre et dans le piège du diable.

8 De même, il faut que les diacres soient graves, qu’ils ne soient ni doubles en paroles, ni adonnés aux excès du vin, ni portés au gain déshonnête ;

9 mais qu’ils conservent le mystère de la foi avec une conscience pure ;

10 et que ceux-ci soient aussi premièrement éprouvés ; qu’ensuite ils servent, s’ils sont trouvés sans reproche.

11 Il faut de même, que leurs femmes soient graves, qu’elles ne soient point médisantes, qu’elles soient sobres, et fidèles en toutes choses.

12 Que les diacres soient maris d’une seule femme, gouvernant bien leurs enfants et leurs propres familles.

13 Car ceux qui auront bien servi, s’acquièrent un degré honorable, et une grande liberté dans la foi qui est en Jésus-Christ.

14 Je t’écris ceci, espérant d’aller te voir bientôt ;

15 afin que, si je tarde, tu saches comment il faut se conduire dans la maison de Dieu qui est l’Eglise du Dieu vivant, la colonne et l’appui de la vérité.

16 Et, certainement, le mystère de piété est grand ; Dieu a été manifesté en chair, justifié par l’Esprit, vu des anges, prêché aux Gentils, cru dans le monde, et élevé dans la gloire.

REFLEXIONS

Ce que St. Paul dit de l’excellence de la charge d’évêque et des qualités qui sont requises en ceux qui y aspirent ou qui l’exercent nous montre que cette charge est d’institution divine et d’une très grande importance. C’est sur quoi les pasteurs doivent faire de sérieuses réflexions afin de se rendre digne d’un si saint emploi, non seulement en évitant tous les défauts qui rendraient leur ministère infructueux et en vivant d’une manière qu’on ne puisse leur en reprocher aucun avec justice, mais outre cela en ayant une conduite édifiante et en donnant l’exemple de toutes sortes de vertus.

I. Les règles que St. Paul prescrit ici montrent qu’il n’est pas permis d’admettre aux ordres sacrés des personnes qui ne soient pas irrépréhensibles et propres à enseigner et à conduire l’église de Dieu.

III. Tous les chrétiens doivent considérer que puisque cette charge est d’une si grande conséquence et que le salut des âmes et la gloire de Dieu en dépendent, le caractère des pasteurs doit être vénérable et sacré dans l’église et qu’on doit avoir en révérence ceux qui en sont revêtus et qui le soutiennent dignement.

Pour ce qui est des diacres, il paraît de ce chapitre que leur charge, qui avait été établie d’abord après l’ascension de Jésus-Christ, fut conservée dans toutes les églises, de même que celle des évêques et qu’outre qu’elle était fort utile à cause des fonctions auxquelles les diacres s’employaient, elle servait à former de bons pasteurs, les apôtres ayant établi une subordination et réglé qu’on n’élèverait personne à la charge d’évêque que par degrés et que les évêques seraient pris d’entre les diacres qui auraient bien servi. Par ce moyen on ne mettait à la tête des églises que des gens connus et qui eussent suffisamment d’âge et d’expérience.

C’est un très grand mal que ce bel ordre ne s’observe plus aujourd’hui dans la plupart des églises.

Enfin, ce que St. Paul dit de la dignité de l’église du Dieu vivant et de l’excellence de la doctrine qui y est enseignée doit être bien considéré, tant par les conducteurs de l’église que par tous les fidèles afin que les uns et les autres soient incités par là à respecter l’église du Seigneur, à y demeurer inviolablement attachés et à s’acquitter de leur devoir, chacun suivant son état et sa vocation. 

CHAPITRE IV

I. L’Apôtre avertit Timothée qu’il s’élèverait de faux docteurs qui condamneraient le mariage et l’usage de certaines viandes,

II. Il exhorte Timothée à enseigner la pure doctrine et à s’attacher à la vraie piété de laquelle il représente l’utilité et les fruits.

III. Il lui recommande de rendre son ministère et sa jeunesse respectables et d’être attentif à tous ses devoirs.

1 L’Esprit dit expressément que dans les derniers temps quelques-uns se révolteront de la foi, s’attachant à des esprits séducteurs, et aux doctrines des démons ;

2 enseignant des mensonges par hypocrisie, étant cautérisés dans leur propre conscience ;

3 défendant de se marier, commandant de s’abstenir de viandes que Dieu a créées, afin que les fidèles et ceux qui ont connu la vérité en usent avec actions de grâces.

4 Car tout ce que Dieu a créé, est bon, et rien n’est à rejeter, pourvu qu’on le prenne avec actions de grâces ;

5 parce qu’il est sanctifié par la parole de Dieu, et par la prière.

6 Si tu représentes ces choses aux frères, tu seras un bon ministre de Jésus-Christ, nourri dans les paroles de la foi et de la bonne doctrine que tu as suivie avec soin.

7 Mais rejette les fables profanes et semblables à celles des vieilles, et exerce-toi à la piété.

8 Car l’exercice corporel est utile à peu de chose ; mais la piété est utile à toutes choses, ayant la promesse de la vie présente et de celle qui est à venir.

9 Cette parole est certaine et digne d’être reçue avec une entière croyance.

10 C’est à cause de cela que nous endurons des travaux et des opprobres, parce que nous espérons au Dieu vivant, qui est le Sauveur de tous les hommes, et principalement des fidèles.

11 Annonce ces choses, et les enseigne.

12 Ne donne sujet à personne de mépriser ta jeunesse ; mais sois le modèle des fidèles par tes paroles, par ta conduite, par ta charité, par l’esprit qui t’anime, par ta foi, par ta pureté.

13 Applique-toi à la lecture, à l’exhortation et à l’instruction, en attendant que je vienne.

14 Ne néglige point le don qui est en toi, qui t’a été donné par prophétie, par l’imposition des mains de l’assemblée des pasteurs.

15 Pense à ces choses et sois-en toujours occupé, afin que tout le monde voie les progrès que tu fais.

16 Prends garde à toi et à l’instruction ; persévère dans ces choses ; car en faisant cela, tu te sauveras toi-même, et ceux qui t’écoutent. 

REFLEXIONS

Pour profiter de cette lecture il faut remarquer en premier lieu, qu’il s’éleva dans l’église primitive et dans les siècles suivants, selon la prédiction que St. Paul fait ici, des faux docteurs qui, sous un vain prétexte de piété, condamnèrent le mariage et l’usage des viandes et introduisirent diverses erreurs dans la religion.

Cela doit nous faire reconnaître combien il importe d’éviter l’erreur et la superstition et de ne s’écarter jamais de la doctrine de l’Évangile. Mais il faut cependant se souvenir que ce que St. Paul dit ici n’autorise point le libertinage et la sensualité et que l’usage des créatures de Dieu n’est permis qu’autant qu’on s’en sert avec modération et avec actions de grâces.

II. Comme ces imposteurs, dont St. Paul parle, étaient des hommes charnels qui cherchaient à s’enrichir et à jouir des commodités de la vie et qui faisaient servir la religion à leur intérêt, St. Paul représente à Timothée que la véritable piété est ce qu’il y a de plus utile, même dès cette vie : qu’elle a la promesse de la vie présente aussi bien que celle de la vie à venir et que Dieu, qui a soin de tous les hommes, a particulièrement soin des fidèles.

C’est là une vérité constante et c’est ce qui nous apprend que le vrai et unique moyen d’être heureux, et en cette vie et en l’autre, c’est de nous attacher par-dessus toutes choses à la solide piété.

III. St. Paul marque dans ce chapitre que le devoir des ministres de l’Évangile est d’annoncer une doctrine pure, de s’exercer continuellement à la piété, de se conduire d’une manière qu’ils ne donnent occasion à personne de les mépriser et qu’ils soient des modèles de foi, de sainteté, de pureté et de toutes sortes de vertus dans leurs discours et dans toute leur conduite. Il leur recommande outre cela de cultiver leurs dons par le travail, par l’étude et par l’assiduité aux fonctions de leur charge en sorte que tout le monde soit témoin de leurs progrès et qu’ils puissent se sauver eux-mêmes et ceux qui les écoutes.

Ces leçons s’adressent premièrement aux pasteurs et ils doivent y faire la plus sérieuse attention, mais elles engagent aussi tous les chrétiens à faire un bon usage du ministère de leurs conducteurs et à prier le Seigneur qu’il sanctifie ceux qui exercent cette sainte charge, afin qu’ils s’acquittent de tous leurs devoirs à la gloire de Dieu et à l’édification de l’église.

CHAPITRE V

St. Paul prescrit à Timothée la manière dont il devait se conduire dans les avertissements et dans les censures et lorsqu’il s’agirait de recevoir des veuves au service de l’église. L’Apôtre marque à cette occasion le devoir des femmes et les défauts qu’elles doivent éviter.

Il parle ensuite de l’honneur et du salaire qui est dû aux pasteurs et de ce qu’il fallait observer dans les accusations qui seraient faites contre eux et dans leur ordination.

1 Ne reprends pas rudement un vieillard ; mais exhorte-le comme un père ; les jeunes gens comme des frères ;

2 les femmes âgées comme des mères ; les jeunes comme des sœurs, avec une entière pureté.

3 Honore les veuves qui sont véritablement veuves.

4 Mais si quelque veuve a des enfants, ou des enfants de ses enfants, qu’ils apprennent avant toutes choses à exercer leur piété envers leur propre famille, et à rendre la pareille à ceux qui leur ont donné la vie ; car cela est bon et agréable à Dieu.

5 Or, la veuve qui est véritablement veuve, et qui est demeurée seule, espère en Dieu et persévère nuit et jour en prières et en oraison.

6 Mais celle qui vit dans les plaisirs, est morte en vivant.

7 Avertis-les donc de ces choses, afin qu’elles soient sans reproche.

8 Que si quelqu’un n’a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, il a renié la foi et il est pire qu’un infidèle.

9 Que celle qui sera mise sur le rôle des veuves, n’ait pas moins de soixante ans ; et qu’elle ait été femme d’un seul mari ;

10 et qu’elle ait le témoignage d’avoir fait de bonnes œuvres, d’avoir bien élevé ses propres enfants, d’avoir exercé l’hospitalité, lavé les pieds des saints, secouru les affligés, et de s’être appliquée à toutes les bonnes œuvres.

11 Mais n’admets pas les veuves qui sont plus jeunes, car quand le libertinage leur a fait secouer le joug de Christ, elles veulent se remarier ;

12 ce qu’elles font à leur condamnation, parce qu’elles ont violé leur premier engagement.

13 Et avec cela elles sont oisives ; elles s’accoutument à aller de maison en maison ; et non-seulement elles vivent dans l’oisiveté, mais elles sont aussi causeuses et curieuses, et parlent de choses qui ne sont pas bienséantes.

14 Je veux donc que ces jeunes veuves se marient, qu’elles aient des enfants, qu’elles gouvernent leur ménage, qu’elles ne donnent aucune occasion à l’adversaire de médire.

15 Car il y en a quelques-unes qui se sont déjà égarées pour suivre Satan.

16 Que si quelque fidèle, homme ou femme, a des veuves dans sa famille, qu’il les assiste, et que l’Eglise n’en soit point chargée, afin qu’elle ait de quoi entretenir celles qui sont véritablement veuves.

17 Que les pasteurs qui s’acquittent bien de leurs fonctions, soient jugés dignes d’un double honneur ; principalement ceux qui travaillent à la prédication de la parole et à l’instruction.

18 Car l’Ecriture dit : Tu ne lieras point la bouche au bœuf qui foule le grain ; et l’ouvrier est digne de son salaire.

19 Ne reçois aucune accusation contre un pasteur, que sur la déposition de deux ou de trois témoins.

20 Reprends publiquement ceux qui pèchent, afin de donner de la crainte aux autres.

21 Je te conjure devant Dieu, devant le Seigneur Jésus-Christ, et devant les anges élus, d’observer ces choses sans aucune prévention, et sans rien faire par des affections particulières.

22 N’impose les mains à personne avec précipitation, et ne participe point aux péchés d’autrui ; conserve-toi pur toi-même.

23 Ne continue pas à ne boire que de l’eau ; mais use d’un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions.

24 Il y a des personnes dont les péchés sont manifestes, et précèdent leur condamnation ; mais il y en a d’autres dont les péchés ne se découvrent que dans la suite.

25 De même, il y a de bonnes œuvres qui sont manifestes ; et si elles ne le sont pas d’abord, elles ne sauraient demeurer toujours cachées. 

REFLEXIONS

Ce qui est dit dans ce chapitre apprend premièrement aux pasteurs à dispenser leurs exhortations avec prudence, ayant égard aux personnes à qui ils les adressent et à se conduire en toutes choses avec beaucoup de discrétion et en même temps avec droiture et intégrité.

II. Les règles que St. Paul prescrit par rapport aux veuves qui servaient l’église montrent

  • Que tout doit se passer avec ordre dans l’église du Seigneur, particulièrement à l’égard des œuvres de charité,
  • Que l’on ne doit confier la dispensation des aumônes et le soin des choses saintes qu’à des personnes graves et pieuses
  • Et que ceux qui ont des parents pauvres et qui peuvent les assister sont obligés de le

III. On voit ici

  • Que les femmes âgées doivent s’attacher aux œuvres de piété et de charité et donner aux jeunes femmes de bonnes instructions et de bons exemples,
  • Que c’est une vie indigne de femmes chrétiennes que d’être oiseuses, causeuses, curieuses et d’aller de maison en maison, mais que Dieu veut qu’elles soient sages, modestes, chastes, retirées et qu’elles prennent soin de leur ménage et de leur
  • L’ordre que St. Paul donne à Timothée de reprendre publiquement ceux qui pèchent établit la nécessité de la discipline de l’église et des censures publiques.

Enfin, l’on peut recueillir de tout ce chapitre que le ministère des pasteurs est une charge bien importante, qu’elle demande beaucoup de prudence, de lumières et de probité, qu’ainsi l’on doit être fort circonspect et ne rien faire avec précipitation lorsqu’il s’agit d’admettre des personnes à un ministère si saint, comme d’un autre côté on ne doit pas accuser, ni condamner légèrement et sans de justes fondements ceux qui l’exercent.

CHAPITRE VI

Il est parlé dans ce chapitre :

I. Du devoir des serviteurs envers leurs maîtres,

II. Des faux docteurs qui enseignent une doctrine différente de celle de St. Paul et du mal qu’ils faisaient dans l’église en y excitant des disputes.

III. Et parce que ces docteurs-là agissaient dans des vues d’intérêt, St. Paul parle du contentement d’esprit et des maux qui naissent de l’amour des richesses.

IV. Il somme Timothée avec beaucoup de force d’observer tout ce qu’il venait de lui prescrire, de conserver la pureté de la doctrine et de fuir les disputes inutiles.

1 Que tous les esclaves qui sont sous le joug de la servitude, regardent leurs maîtres comme dignes de toute sorte d’honneur, afin que le nom de Dieu et sa doctrine ne soient point blâmés ;

2 et que ceux qui ont des fidèles pour maîtres, ne les méprisent point, sous prétexte qu’ils sont leurs frères ; mais qu’ils les servent d’autant mieux, par cela même qu’ils sont fidèles, chéris de Dieu, et qu’ils ont soin de leur faire du bien. Enseigne-leur ces devoirs, et les y exhorte.

3 Si quelqu’un enseigne autrement, et n’acquiesce pas aux salutaires instructions de notre Seigneur Jésus-Christ, et à la doctrine qui est selon la piété,

4 il est enflé, il ne sait rien, mais il a la maladie des questions et des disputes de mots ; d’où naissent l’envie, les querelles, les médisances, et les mauvais soupçons ;

5 les vaines disputes de gens qui ont l’esprit corrompu, qui sont privés de la vérité, et qui regardent la piété comme un moyen de gagner du bien. Sépare-toi de ces gens-là.

6 Or, la piété avec le contentement d’esprit est un grand gain.

7 Car nous n’avons rien apporté dans le monde, et il est évident que nous n’en pouvons rien emporter.

8 Ainsi, pourvu que nous ayons la nourriture, et de quoi nous vêtir, cela nous suffira.

9 Mais ceux qui veulent devenir riches, tombent dans la tentation et dans le piège, et en plusieurs désirs insensés et pernicieux, qui plongent les hommes dans la ruine et dans la perdition.

10 Car l’amour des richesses est la racine de toutes sortes de maux ; et quelques-uns les ayant recherchées avec ardeur, se sont détournés de la foi, et se sont eux-mêmes embarrassés dans bien du tourment.

11 Mais toi, ô homme de Dieu, fuis ces choses, et recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la patience et la douceur.

12 Combats dans le combat de la foi, remporte la vie éternelle, à laquelle tu as été appelé, et dont tu as fait une si belle profession en présence de plusieurs témoins.

13 Je te somme devant Dieu, qui donne la vie à toutes choses, et devant Jésus-Christ, qui fit cette belle confession devant Ponce Pilate,

14 de garder ces commandements, étant sans tache et sans reproche, jusqu’à l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ,

15 qui sera manifesté en son propre temps, par le bienheureux et seul Prince, le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs,

16 qui seul possède l’immortalité, et qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu, ni ne peut voir, à qui appartiennent l’honneur et la puissance éternelle. Amen.

17 Recommande aux riches de ce monde de n’être point orgueilleux ; de ne point mettre leur confiance dans l’instabilité des richesses, mais de la mettre dans le Dieu vivant, qui nous donne toutes choses abondamment pour en jouir ;

18 de faire du bien, d’être riches en bonnes œuvres, prompts à donner, et a faire part de leurs biens ;

19 s’amassant ainsi pour l’avenir un trésor placé sur un bon fonds, afin d’obtenir la vie éternelle.

20 O Timothée, garde le dépôt qui t’a été confié, fuyant les discours vains et profanes, et tout ce qu’oppose une science faussement ainsi nommée ;

21 de laquelle quelques-uns faisant profession, se sont détournés de la foi. La grâce soit avec toi. Amen. 

REFLEXIONS

Le soin que St. Paul a de marquer le devoir des esclaves après avoir parlé de celui des pasteurs montre que Dieu veut le salut de toutes sortes de personnes et qu’il n’a pas d’égard à la différence des conditions. Cela fait voir aussi que les serviteurs doivent être fidèles et soumis à leurs maîtres, considérant que, si du temps de St. Paul les esclaves qui avaient des maîtres païens étaient obligés à ce devoir, ceux qui servent des maîtres chrétiens le sont beaucoup plus.

II. Il faut faire une sérieuse attention à ce que St. Paul dit ici si fortement contre les questions et les disputes inutiles et curieuses et contre ceux qui s’y adonnent, lesquels il représente comme des gens pleins d’orgueil qui ont le cœur gâté et qui causent des maux infinis dans l’église. Cela doit inspirer, tant à ceux qui enseignent, qu’à tous les chrétiens, une extrême aversion pour ces sortes de disputes et les engager à éviter, comme St. Paul l’ordonne, ceux qui les excitent et qui les entretiennent et nous séparer d’eux.

III. Une troisième instruction que ce chapitre contient, C’est que la piété avec le contentement d’esprit est un grand gain, que, comme nous n’avons rien apporté au monde, nous n’en emporterons rien et que, pourvu que nous ayons la nourriture et le vêtement, cela doit nous suffire.

Cette leçon est très importante pour la tranquillité de la vie et pour se garantir des tentations où l’on tombe dès qu’on s’écarte de cette règle.

IV. L’Apôtre confirme cette leçon en nous avertissant : que l’amour des richesses est la racine de toutes sortes de maux, que ceux qui ont envie de devenir riches s’engagent dans la tentation, dans des pièges et dans plusieurs désirs insensés et pernicieux qui les plongent dans la perdition.

C’est là une vérité que la parole de Dieu nous enseigne et que l’expérience confirme tous les jours.

V. St. Paul marque ici le devoir de ceux qui ont du bien, c’est : de ne pas mettre leur confiance dans leurs richesses qui sont incertaines et périssables, mais d’être riches en bonnes œuvres afin de se faire un trésor pour l’avenir et d’obtenir la vie éternelle.

Ce sont là des devoirs que le christianisme impose à tous les chrétiens à qui Dieu a donné des biens en ce monde et qu’ils doivent avoir continuellement devant les yeux.

Enfin, la manière grave et solennelle dont St. Paul somme Timothée de remplir tous les devoirs de sa charge et de conserver fidèlement le dépôt de la pure doctrine qui lui avait été confié doit engager tous ceux qui sont dans le ministère sacré à redoubler de plus en plus leur zèle et à s’acquitter de tous leurs devoirs avec tant de fidélité : qu’ayant combattu dans le bon combat de la foi, ils obtiennent la vie éternelle et qu’ils soient irrépréhensibles à la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, laquelle le bienheureux et le seul Prince, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs manifestera en son temps, lui qui possède seul l’immortalité qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu, ni ne peut voir et auquel appartient l’honneur et la puissance éternellement, amen !

La première à Timothée a été écrite de Laodicée qui est la métropolitaine de la Phrygie pacatienne.