LE SAINT EVANGILE DE NOTRE SEIGNEUR JESUS-CHRIST SELON S. JEAN

 

ARGUMENT

Cet évangile a été écrit longtemps après les autres par l’apôtre Saint Jean, environ soixante ans, comme l’on croit, après l’ascension de Jésus-Christ. On y trouve plusieurs discours de notre Seigneur et diverses particularités remarquables de sa vie, de sa passion et de sa résurrection que les trois autres évangélistes ne rapportent pas.

  Chapitres :  Chapitre I.  Chapitre II.   Chapitre III. Chapitre IV.  Chapitre V.   Chapitre VI   Chapitre VII. Chapitre VIII.  Chapitre IX.  Chapitre X.   Chapitre XI.   Chapitre XII.   Chapitre XIII.   Chapitre XIV.   Chapitre XV.   Chapitre XVI. Chapitre XVII.   Chapitre XVIII.  Chapitre XIX.  Chapitre XX. Chapitre XXI.Livres du Nouveau Testament.

CHAPITRE I.

Ce chapitre a trois parties :

I. Saint Jean enseigne que Jésus-Christ est Dieu, qu’il s’est fait homme et qu’il est venu au monde pour sauver les hommes et pour rendre enfants de Dieu tous ceux qui croiraient en lui. II. Il rapporte le témoignage que Jean-Baptiste rendit à notre Seigneur en faisant connaitre aux Juifs la dignité de la personne de Jésus-Christ et la nature de son ministère. III. Jésus se fait connaitre à André, à Pierre, à Philippe et à Nathanaël. 

1 La Parole était au commencement, la Parole était avec Dieu, et cette parole était Dieu.

2 Elle était au commencement avec Dieu.

3 Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait, n’a été fait sans elle.

4 C’est en elle qu’était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

5 Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.

6 Il y eut un homme, appelé Jean, qui fut envoyé de Dieu.

7 Il vint pour être témoin et pour rendre témoignage de la lumière, afin que tous crussent par lui.

8 Il n’était pas lui-même la lumière, mais il était envoyé pour rendre témoignage à la lumière.

9 C’était la véritable lumière qui éclaire tous les hommes, en venant au monde.

10 Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle ; mais le monde ne l’a pas connue.

11 Il est venu chez soi ; et les siens ne l’ont point reçu.

12 Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être faits enfants de Dieu, savoir, à ceux qui croient en son nom ;

13 qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais qui sont nés de Dieu.

14 Et la Parole a été faite chair, et a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité et nous avons vu sa gloire, une gloire telle qu’est celle du Fils unique venu du Père.

15 C’est de lui que Jean rendait témoignage, lorsqu’il criait : C’est ici celui dont je disais : Celui qui vient après moi m’est préféré, parce qu’il est plus grand que moi.

16 Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce sur grâce.

17 Car la loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.

18 Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui nous l’a fait connaître.

19 C’est ici le témoignage que Jean rendit, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des Lévites, pour lui demander : Qui es-tu ?

20 Il le confessa, et ne le désavoua point ; il le confessa en disant : Je ne suis point le Christ.

21 Qu’es-tu donc, lui demandèrent-ils ? Es-tu Elie ? Et il dit : Je ne le suis point. Es-tu le prophète ? Et il répondit : Non.

22 Ils lui dirent : Qui es-tu donc ? afin que nous rendions réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même ?

23 Il dit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Esaïe.

24 Or, ceux qui avaient été envoyés vers lui, étaient d’entre les Pharisiens.

25 Ils lui demandèrent encore : Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es point le Christ, ni Elie, ni le prophète ?

26 Jean leur répondit et leur dit : Pour moi, je baptise d’eau, mais il y a un homme au milieu de vous, que vous ne connaissez point.

27 C’est celui qui vient après moi, qui m’est préféré, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers.

28 Ces choses se passèrent à Béthabara, au-delà du Jourdain, où Jean baptisait.

29 Le lendemain, Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l’agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.

30 C’est celui dont je disais : Il vient après moi un homme qui m’est préféré, car il est plus grand que moi.

31 Et pour moi, je ne le connaissais pas, mais je suis venu baptiser d’eau, afin qu’il soit manifesté à Israël.

32 Jean rendit encore ce témoignage, et dit : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il s’est arrêté sur lui.

33 Pour moi, je ne le connaissais pas ; mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, m’avait dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint-Esprit.

34 Et je l’ai vu, et j’ai rendu témoignage que c’est lui qui est le Fils de Dieu.

35 Le lendemain, Jean étant encore là avec deux de ses disciples,

36 et voyant Jésus qui marchait, il dit : Voilà l’agneau de Dieu.

37 Et ses deux disciples, l’ayant ouï parler ainsi, suivirent Jésus.

38 Jésus s’étant retourné, et voyant qu’ils le suivaient, il leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Rabbi (c’est-à-dire maître), où demeures-tu ?

39 Il leur dit : Venez et voyez. Ils y allèrent et virent où il logeait, et ils demeurèrent avec lui ce jour-là, car il était environ la dixième heure du jour.

40 André, frère de Simon Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu ce que Jean disait, et qui avaient suivi Jésus.

41 Celui-ci trouva le premier Simon son frère, et lui dit : Nous avons trouvé le Messie (c’est-à-dire le Christ).

42 Et il l’amena à Jésus. Jésus l’ayant regardé, lui dit : Tu es Simon, fils de Jona ; tu seras appelé Céphas (c’est-à-dire Pierre).

43 Le lendemain, Jésus voulut s’en aller en Galilée, et il trouva Philippe et lui dit : Suis-moi.

44 Or, Philippe était de Bethsaïde, qui était aussi la ville d’André et de Pierre.

45 Philippe rencontra Nathanaël et lui dit : Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi, et dont les prophètes ont parlé ; c’est Jésus de Nazareth, le fils de Joseph.

46 Nathanaël lui dit : Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? Philippe lui dit : Viens et vois.

47 Jésus, voyant venir Nathanaël, dit de lui : Voici un véritable Israélite, en qui il n’y a point de fraude.

48 Nathanaël lui dit : D’où me connais-tu ? Jésus lui répondit : Avant que Philippe t’appelât, je t’ai vu quand tu étais sous un figuier.

49 Nathanaël lui répondit : Maître, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël.

50 Jésus lui répondit : Parce que je t’ai dit que je t’avais vu sous un figuier, tu crois ; tu verras de plus grandes choses que ceci.

51 Il lui dit aussi : En vérité, en vérité, je vous dis, que désormais vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme.


REFLEXIONS

I. La première partie de ce chapitre nous instruit de la dignité infinie de la personne de Jésus-Christ et du but de sa venue au monde. Pour ce qui est de sa personne, Saint Jean nous enseigne que Jésus-Christ qui est ici appelé : la parole est Dieu, que cette parole a été faite chair, c’est-à-dire que Jésus s’est fait homme et qu’il a pris notre nature. Ainsi l’une des premières et des plus importantes vérités de la foi chrétienne est de croire que Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble. Et la divinité de sa personne doit nous convaincre de la divinité de sa doctrine et nous faire reconnaitre combien Dieu nous a aimés, de nous donner son propre Fils pour nous racheter.

II. Nous apprenons ici que le but pour lequel Jésus-Christ est venu au monde a été d’en être la lumière, d’éclairer les hommes de la connaissance de Dieu et de donner à tous ceux qui le recevraient et qui croiraient véritablement en lui le droit de devenir enfants de Dieu. Par là nous voyons quelle est l’excellence de l’Évangile, combien nos privilèges sont glorieux et l’obligation où nous sommes de recevoir avec foi et avec joie cette salutaire doctrine qui a été annoncée par le Fils unique de Dieu et de montrer par notre obéissance que nous sommes de ceux qui ont part à l’adoption divine.

III. Saint Jean nous apprend que Dieu envoya Jean-Baptiste pour faire connaitre Jésus-Christ aux Juifs et pour les disposer à le regarder, non comme un roi temporel, mais comme un roi spirituel et un sauveur qui expierait leurs péchés et qui répandrait sur eux les dons de l’esprit de Dieu. C’est dans cette vue que Jean-Baptiste disait que : Jésus-Christ était l’agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde et que ce serait lui qui baptiserait du Saint-Esprit.

Le pardon des péchés et la vertu d’Esprit Saint qui nous régénère et qui nous sanctifie sont donc les deux principales grâces que Jésus-Christ nous a acquises et auxquelles nous devons aspirer.

IV. Il faut faire attention à l’humilité, au zèle et à la fidélité que Jean-Baptiste fit paraître en déclarant qu’il n’était pas le Messie, mais qu’il n’en était que le précurseur et en s’abaissant si fort au-dessous de Jésus-Christ. C’est ainsi que nous devons avoir des sentiments humbles de nous-mêmes, ne chercher jamais notre propre gloire, mais chercher uniquement celle de notre Seigneur et travailler chacun dans sa vocation et de tout notre pouvoir à le faire connaitre aux hommes et à les amener à lui.

V. Jésus-Christ entrant dans son ministère se choisit d’abord des disciples parce qu’il voulait se servir d’eux dans la suite pour annoncer l’Évangile par toute la terre et pour rendre témoignage de sa vie, de sa doctrine, de ses miracles, de sa mort et de sa résurrection. La grande joie que ces premiers apôtres ressentirent d’avoir trouvé le Messie et l’empressement qu’ils eurent de le suivre nous montre que notre plus grand bonheur est de connaitre Jésus-Christ et de nous attacher à lui.

L’éloge que le Seigneur fit de Nathanaël en disant : que c’était un vrai Israélite en qui il n’y avait point de fraude, nous apprend que Jésus-Christ a une parfaite connaissance de tous les hommes et que la disposition à laquelle il regarde principalement et qu’il demande de ses disciples, c’est la simplicité et la droiture du cœur, un grand éloignement pour l’hypocrisie et un vrai amour pour la vérité et pour la piété.

CHAPITRE II.

Jésus-Christ change de l’eau en vin aux noces de Cana. Ensuite il va à Jérusalem, il chasse du temple ceux qui le profanaient et il fait quelques miracles dans cette ville-là à la fête de pâque.

1 Trois jours après, on faisait des noces à Cana en Galilée, et la mère de Jésus y était.

2 Et Jésus fut aussi convié aux noces, lui et ses disciples.

3 Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont plus de vin.

4 Mais Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue.

5 Sa mère dit à ceux qui servaient : Faites tout ce qu’il vous dira.

6 Or, il y avait là six vaisseaux de pierre, mis pour servir aux purifications des Juifs, et qui tenaient chacun deux ou trois mesures.

7 Jésus leur dit : Emplissez d’eau ces vaisseaux ; et ils les emplirent jusqu’au haut.

8 Et il leur dit : Puisez-en maintenant, et portez-en au maître d’hôtel. Et ils lui en portèrent.

9 Quand le maître d’hôtel eut goûté l’eau qui avait été changée en vin (or il ne savait pas d’où ce vin venait, mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient bien), il appela l’époux,

10 Et il lui dit : Tout homme sert d’abord le bon vin, et ensuite le moindre, après qu’on a beaucoup bu ; mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent.

11 Jésus commença ainsi à faire des miracles à Cana, ville de Galilée, et il manifesta sa gloire ; et ses disciples crurent en lui.

12 Après cela, il descendit à Capernaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples ; et ils n’y demeurèrent que peu de jours ;

13 car la Pâque des Juifs était proche ; et Jésus monta à Jérusalem.

14 Il trouva dans le temple des gens qui vendaient des taureaux, des brebis et des pigeons, avec des changeurs qui y étaient assis.

15 Et ayant fait un fouet de petites cordes, il les chassa tous du temple, et les brebis et les taureaux ; il répandit la monnaie des changeurs, et renversa leurs tables.

16 Et il dit à ceux qui vendaient les pigeons : Ôtez tout cela d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de marché.

17 Alors ses disciples se souvinrent de ce qui est écrit : Le zèle de ta maison m’a dévoré.

18 Les Juifs, prenant la parole, lui dirent : Par quel signe nous montres-tu que tu as le pouvoir de faire de telles choses ?

19 Jésus répondit et leur dit : Abattez ce temple, et je le relèverai dans trois jours.

20 Les Juifs lui dirent : On a été quarante-six ans à bâtir ce temple, et tu le relèveras dans trois jours ?

21 Mais il parlait du temple de son corps.

22 Après donc qu’il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu’il leur avait dit cela ; et ils crurent à l’Écriture et à cette parole que Jésus avait dite.

23 Pendant qu’il était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en lui, voyant les miracles qu’il faisait.

24 Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous,

25 et qu’il n’avait pas besoin que personne ne lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il connaissait par lui-même ce qui était dans l’homme.

REFLEXIONS

Le miracle que Jésus-Christ fit en changeant l’eau en vin aux noces de Cana a ceci de remarquable que ce fut son premier miracle et qu’il commença par là à manifester sa puissance et sa vocation divine en présence de la Sainte vierge sa mère, de ses disciples et de plusieurs autres personnes, ce qui fit que sa réputation se répandit dans toute la Galilée et que ses disciples crurent en lui.

II. Ce fut pour les mêmes raisons qu’étant arrivé à Jérusalem, il chassa de l’enceinte du temple ceux qui y vendaient et qui y achetaient, ce qu’il fit encore environ trois ans après, peu avant sa mort. Jésus-Christ agissant ainsi dans le temple, qu’il appelait la maison de son Père, voulut donner, dès le commencement de son ministère, des marques de son autorité divine aussi bien que de son grand zèle, ce que les apôtres reconnurent en lui appliquant ces paroles : Le zèle de ta maison m’a dévoré.

Ce que nous devons apprendre de là, c’est d’un côté à être animé d’un grand zèle pour la gloire de Dieu et à nous opposer à tout ce qui y est contraire et de l’autre, à avoir un grand respect pour les lieux qui sont consacrés au service divin et en général pour tout ce qui appartient à la religion.

III. Il est à remarquer que les Juifs demandant à Jésus-Christ des preuves de son autorité, il leur dit : Abattez ce temple et je le relèverai dans trois jours.

Il voulait dire par là que la preuve la plus illustre par laquelle il ferait voir qu’il avait reçu de Dieu son autorité serait qu’il ressusciterait au troisième jour, mais il dit cela en termes figurés et obscurs parce qu’il n’était pas encore à propos qu’il parla clairement de sa mort et de sa résurrection.

La dernière chose que Saint Jean rapporte ici c’est que diverses personnes crurent en Jésus-Christ en voyant ses miracles, mais qu’il ne se fiait pas à eux parce qu’il les connaissait tous et parce qu’il savait ce qui était dans l’homme.

Il faut bien remarquer cet endroit et en tirer cette instruction que Jésus-Christ connait tout ce qui se passe dans le cœur des hommes, qu’il ne regarde pas comme ses vrais disciples tous ceux qui en prennent le nom et qu’ainsi nous ne devons pas prétendre être approuvé de lui à moins que la profession que nous faisons de croire en lui ne soit sincère et que nous n’en montrions la vérité par notre obéissance.

CHAPITRE III.

Saint Jean rapporte un entretien que Jésus-Christ eut avec Nicodème, dans lequel, sous la figure d’une seconde naissance et de l’eau, il montre que pour devenir ses disciples et pour entrer au royaume de Dieu il faut être renouvelé et sanctifié intérieurement par le Saint-Esprit. II. Il lui parle ensuite d’une manière figurée de sa mort, il l’instruit du but de sa venue au monde et il montre quelle est la cause de l’incrédulité et de la perdition des hommes. III. Jean Baptiste étant informé par ses disciples qu’un grand nombre de personnes suivaient notre Seigneur, il en témoigne une grande joie et il déclare ouvertement que Jésus était plus excellent que lui, que c’était le Fils de Dieu et qu’il n’y avait que ceux qui croyaient en lui qui pussent être sauvés.

1 Il y avait un homme, d’entre les Pharisiens, nommé Nicodème, l’un des principaux des Juifs.

2 Cet homme vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : Maître, nous savons que tu es un docteur venu de la part de Dieu ; car personne ne saurait faire ces miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui.

3 Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te dis, que si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.

4 Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le ventre de sa mère, et naître une seconde fois ?

5 Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te dis, que si un homme ne naît d’eau et d’esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

6 Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit.

7 Ne t’étonne point de ce que je t’ai dit : Il faut que vous naissiez de nouveau.

8 Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est de même de tout homme qui est né de l’esprit.

9 Nicodème lui dit : Comment ces choses se peuvent-elles faire ?

10 Jésus lui répondit : Tu es un docteur en Israël, et tu ne sais pas ces choses ?

11 En vérité, en vérité, je te dis, que nous disons ce que nous savons, et que nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; mais vous ne recevez point notre témoignage.

12 Si je vous ai parlé des choses terrestres, et que vous ne les croyiez point, comment croirez vous, quand je vous parlerai des choses célestes ?

13 Aussi personne n’est monté au ciel, que celui qui est descendu du ciel, savoir, le Fils de l’homme qui est dans le ciel.

14 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l’homme soit élevé,

15 Afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.

16 Car Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.

17 Car Dieu n’a point envoyé son Fils dans le monde, pour condamner le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui.

18 Celui qui croit en lui ne sera point condamné, mais celui qui ne croit point est déjà condamné, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

19 Or, voici la cause de la condamnation, c’est que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.

20 Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient reprises.

21 Mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites selon Dieu.

22 Après cela, Jésus s’en alla en Judée avec ses disciples ; et il y demeura avec eux, et y baptisait.

23 Et Jean baptisait aussi à Enon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau, et on y allait pour être baptisé.

24 Car Jean n’avait pas encore été mis en prison.

25 Or, il y eut une dispute des disciples de Jean avec les Juifs, touchant le baptême.

26 Et ils vinrent à Jean, et lui dirent : Maître, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain, auquel tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui.

27 Jean leur répondit : Personne ne peut rien recevoir, s’il ne lui a été donné du ciel.

28 Vous m’êtes vous-mêmes témoins que j’ai dit, que ce n’est pas moi qui suis le Christ, mais que j’ai été envoyé devant lui.

29 Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui est présent et qui l’écoute, est ravi de joie d’entendre la voix de l’époux ; et c’est là ma joie qui est parfaite.

30 Il faut qu’il croisse, et que je diminue.

31 Celui qui est venu d’en haut est au-dessus de tous ; celui qui est venu de la terre est de la terre, et parle comme étant de la terre ; celui qui est venu du ciel est au-dessus de tous ;

32 Et il rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu ; mais personne ne reçoit son témoignage.

33 Celui qui a reçu son témoignage a scellé que Dieu est véritable.

34 Car celui que Dieu a envoyé annonce les paroles de Dieu, parce que Dieu ne lui donne pas l’Esprit par mesure.

35 Le Père aime le Fils et lui a donné toutes choses entre les mains.

36 Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.

REFLEXIONS

L’entretien que Jésus-Christ eut avec Nicodème nous apprend :

I. Que les hommes charnels ne sauraient entrer dans le royaume de Dieu et que pour y être reçu il faut devenir des hommes nouveaux et avoir des sentiments et des inclinaisons qui nous portent à la connaissance de la vérité et à la recherche des choses spirituelles et célestes.

II. Que ce n’est que par le moyen de l’esprit de Dieu que nous pouvons être ainsi régénérés, ce qui nous oblige à demander sans cesse et avec ardeur la grâce de cet esprit saint et à en faire un bon usage, lorsque Dieu nous l’accorde.

III. Jésus-Christ nous donne ici un abrégé de l’Évangile en disant que : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse point mais ait la vie éternelle.

Ces paroles et celles que Jésus-Christ ajoute montrent clairement que le don que Dieu a fait aux hommes de son Fils est la plus grande marque qu’il leur ait jamais donnée de son amour, elles nous apprennent que la foi en Jésus-Christ est l’unique moyen d’être sauvé et que s’il y a des personnes qui ne croient pas et qui rejettent la lumière de l’Évangile, cela vient de ce qu’elles aiment le péché et qu’elles ont le cœur gâté et corrompu par leurs passions, mais que ceux qui ont de l’amour pour la vertu goûtent infailliblement la doctrine de notre Seigneur. Ce discours du Fils de Dieu fait voir de quelle importance il est de se défaire de ses passions et de purifier son cœur par un amour sincère de la vérité et de la vertu.

Le témoignage que Jean-Baptiste rendit à notre Seigneur en déclarant publiquement que Jésus était plus grand que lui et la joie qu’il ressentit lorsqu’on vint lui dire que la gloire de Jésus-Christ commençait à se répandre sont des preuves de la profonde humilité et du grand zèle de ce précurseur du Messie.

C’est ainsi que nous devons toujours rendre témoignage à la vérité et chercher non notre propre gloire, mais celle de notre sauveur, en sorte que l’avancement de son règne et le salut des hommes soit le principal objet de nos désirs et fasse notre plus grande joie.

Ce discours de Jean-Baptiste nous enseigne après cela que Jésus-Christ étant le Fils de Dieu et ayant reçu de son père une puissance sans borne, ce n’est que par la foi et par une sincère obéissance à sa doctrine qu’on peut obtenir le salut et que ceux qui lui désobéissent demeurent dans la condamnation et dans la mort. C’est ce qui est exprimé dans le dernier verset de ce chapitre par ces mots qui contiennent la substance de la doctrine chrétienne : Celui qui croit au Fils a la vie éternelle, mais celui qui ne croit point au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.

CHAPITRE IV.

Jésus-Christ s’en allant de la Judée en Galilée et passant par la Samarie s’entretient avec une femme samaritaine, il se fait connaître à elle et cette femme crut en lui, de même que plusieurs Samaritains. Ensuite, étant arrivé dans la Galilée il y guérit le fils d’un seigneur de ce pays-là. Pour entendre ce chapitre, il faut savoir que les Samaritains étaient en partie Israélites et en partie païens d’origine, qu’ils adoraient le vrai Dieu dans un temple qui était bâti sur le mont de Garisim, mais qu’ils ne le servaient pas dans le temple de Jérusalem, ni de la manière que Dieu l’avait commandé, à cause de quoi il y avait une grande inimitié entre eux et les Juifs.

1 Le Seigneur ayant donc appris que les Pharisiens avaient ouï dire qu’il faisait et baptisait plus de disciples que Jean,

2 (toutefois ce n’était pas Jésus lui-même qui baptisait, mais c’étaient ses disciples),

3 il quitta la Judée, et s’en retourna en Galilée.

4 Or, il fallait qu’il passât par la Samarie.

5 Il arriva donc à une ville de Samarie, nommée Sichar, qui est près de la possession que Jacob donna à Joseph son fils.

6 C’était là qu’était le puits de Jacob. Jésus donc, étant fatigué du chemin, s’assit près du puits ; c’était environ la sixième heure du jour.

7 Une femme samaritaine étant venue pour puiser de l’eau, Jésus lui dit : Donne-moi à boire.

8 Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres.

9 Cette femme samaritaine lui répondit : Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? car les Juifs n’ont point de communication avec les Samaritains.

10 Jésus répondit et lui dit : Si tu connaissais la grâce que Dieu te fait, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, tu lui en aurais demandé toi-même, et il t’aurait donné une eau vive.

11 La femme lui dit : Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond ; d’où aurais-tu donc cette eau vive ?

12 Es-tu plus grand que Jacob notre père, qui nous a donné ce puits et qui en a bu lui-même, aussi bien que ses enfants et ses troupeaux ?

13 Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif ;

14 mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, mais l’eau que je lui donnerai deviendra dans lui une source d’eau qui jaillira jusqu’à la vie éternelle.

15 La femme lui dit : Seigneur, donne-moi de cette eau, afin que je n’aie plus soif, et que je ne vienne plus ici pour en puiser.

16 Jésus lui dit : Va, appelle ton mari, et viens ici.

17 La femme répondit : Je n’ai point de mari. Jésus lui dit : Tu as fort bien dit : Je n’ai point de mari ;

18 car tu as eu cinq maris ; et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; tu as dit vrai en cela.

19 La femme lui dit : Seigneur, je vois que tu es un prophète.

20 Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous dites, vous juifs, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem.

21 Jésus lui dit : Femme, crois-moi, le temps vient que vous n’adorerez plus le Père ni sur cette montagne, ni à Jérusalem.

22 Vous adorez ce que vous ne connaissez point ; pour nous, nous adorons ce que nous connaissons ; car le salut vient des Juifs.

23 Mais le temps vient et il est déjà venu, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car le Père demande de tels adorateurs.

24 Dieu est esprit et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité.

25 Cette femme lui répondit : Je sais que le Messie, c’est-à-dire le Christ, doit venir ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses.

26 Jésus lui dit : Je le suis, moi, qui te parle.

27 Sur cela ses disciples arrivèrent, et ils furent surpris de ce qu’il parlait avec une femme ; néanmoins aucun d’eux ne lui dit : Que lui demandes-tu ? ou : Pourquoi parles-tu avec elle ?

28 La femme laissa donc sa cruche, et s’en alla à la ville, et dit aux gens du lieu :

29 Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ne serait-ce point le Christ ?

30 Ils sortirent donc de la ville, et vinrent vers lui.

31 Cependant, ses disciples lui disaient, en l’en priant : Maître, mange.

32 Jésus leur dit : J’ai à manger d’une viande que vous ne connaissez pas.

33 Les disciples donc se disaient l’un à l’autre : Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ?

34 Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre.

35 Ne dites-vous pas qu’il y a encore quatre mois jusqu’à la moisson ? Mais moi je vous dis : Levez vos yeux, et regardez les campagnes qui sont déjà blanches et prêtes à être moissonnées.

36 Celui qui moissonne en reçoit la récompense, et amasse le fruit pour la vie éternelle, en sorte que celui qui sème et celui qui moissonne en ont ensemble de la joie.

37 Car en ceci, ce qu’on dit est vrai, que l’un sème et que l’autre moissonne.

38 Je vous ai envoyé moissonner où vous n’avez pas travaillé ; d’autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail.

39 Or, plusieurs des Samaritains de cette ville-là crurent en lui, à cause de cette parole de la femme qui avait rendu ce témoignage : Il m’a dit tout ce que j’ai fait.

40 Les Samaritains étant donc venus vers lui, le prièrent de demeurer chez eux ; et il demeura là deux jours.

41 Et il y en eut beaucoup plus qui crurent en lui, après l’avoir entendu.

42 Et ils disaient à la femme : Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit, que nous croyons ; car nous l’avons entendu nous-mêmes, et nous savons que c’est lui qui est véritablement le Christ, le Sauveur du monde.

43 Deux jours après, il partit de là, et s’en alla en Galilée,

44 Quoique Jésus eût déclaré lui-même qu’un prophète n’est point honoré en son pays.

45 Lorsqu’il fut arrivé en Galilée, il fut bien reçu des Galiléens, qui avaient vu tout ce qu’il avait fait à Jérusalem le jour de la fête ; car ils étaient aussi allés à la fête.

46 Jésus donc vint encore à Cana en Galilée, où il avait changé l’eau en vin. Et il y avait un seigneur de la cour, dont le fils était malade à Capernaüm.

47 Ce seigneur, ayant appris que Jésus était venu de Judée en Galilée, s’en alla vers lui et le pria de descendre pour guérir son fils, qui s’en allait mourir.

48 Jésus lui dit : Si vous ne voyez des signes et des miracles, vous ne croyez point.

49 Ce seigneur de la cour lui dit : Seigneur, descends, avant que mon fils meure.

50 Jésus lui dit : Va, ton fils se porte bien. Cet homme crut ce que Jésus lui avait dit, et s’en alla.

51 Et comme il s’en retournait, ses serviteurs vinrent au-devant de lui, qui lui dirent : Ton fils se porte bien.

52 Il leur demanda à quelle heure il s’était trouvé mieux. Et ils lui dirent : Hier, environ la septième heure du jour, la fièvre le quitta.

53 Et le père reconnut que c’était à cette même heure-là que Jésus lui avait dit : Ton fils se porte bien ; et il crut, lui et toute sa maison.

54 Jésus fit ce second miracle à son retour de Judée en Galilée.

 REFLEXIONS

I. La première réflexion qu’il faut faire ici est que Jésus-Christ, par un effet de sa bonté et de sa sagesse, s’étant rencontré près d’un puits avec une femme samaritaine, se servit de cette occasion pour l’instruire et pour l’amener à sa connaissance en lui parlant de soi-même et de sa doctrine sous l’image de l’eau. La manière dont notre Seigneur parla à cette femme de cette eau spirituelle et des effets salutaires qu’elle produit nous enseigne que la connaissance de Jésus-Christ et de sa grâce est le don le plus précieux que Dieu ait jamais fait aux hommes et que c’est ce que nous devons désirer avec le plus d’ardeur.

II. Ce que Jésus-Christ dit à la Samaritaine nous apprend que la grâce de Dieu et son alliance n’est plus attachée à un peuple ou à un lieu particulier, comme les Juifs et les Samaritains le prétendaient, mais que tous les hommes sans distinction peuvent y avoir part.

III. La troisième instruction que ce discours de notre Seigneur nous donne c’est que le vrai culte que Dieu demande n’est pas le culte qui n’est qu’extérieur et sensible, mais que c’est celui du cœur et que comme Dieu est esprit, il veut que nous le servions en esprit et en vérité.

IV. Les disciples de notre Seigneur le pressant de prendre de la nourriture, il leur répondit que sa nourriture était de faire la volonté de son Père et qu’ils devaient se disposer à travailler eux-mêmes, comme lui, à la conversion des hommes. C’est ce qu’il voulait leur faire comprendre par l’image de la moisson qui était prochaine. Recueillons de là qu’il n’y a rien à quoi nous devions trouver plus de douceur et de satisfaction qu’à faire la volonté de Dieu et à éditer le prochain et que c’est à quoi nous devons tous nous employer avec un grand zèle.

V. La conversion de la Samaritaine et de plusieurs habitants de la ville de Sichar est un événement qui montrait que le Messie n’était pas venu pour les Juifs seuls, mais que d’autres peuples allaient aussi être rendus participants des fruits de sa venue. Cette conversion et l’empressement que cette femme eut d’aller avertir les habitants de sa ville et de les amener à Jésus-Christ nous montrent aussi que nous devons recevoir avec promptitude l’Évangile lorsqu’il nous est annoncé et attirer, outre cela, notre prochain à la foi par nos exhortations et par nos bons exemples.

Enfin, Saint Jean rapporte que Jésus étant de retour dans la Galilée, il y guérit le fils d’un seigneur de Capernaüm et cela par sa seule parole et quoiqu’il fût éloigné de ce jeune homme malade. Ce fut ainsi que le Sauveur voulut donner en ce pays-là de nouvelles preuves de sa puissance et de sa bonté, afin d’engager les Juifs à croire en lui.

CHAPITRE V.

Jésus-Christ guérit un paralytique qui était malade depuis trente-huit ans. Et comme les Juifs le blâmaient d’avoir fait ce miracle un jour de sabbat, il leur représente qu’ils avaient tort de le condamner et voici la substance de son discours. Il leur dit qu’il faisait ses miracles par la puissance de Dieu, qu’ils ne devaient pas s’étonner s’il s’attribuait tant d’autorité et s’il appelait Dieu son Père, qu’il ferait dans la suite des merveilles plus grandes, que même il ressusciterait les morts, qu’il jugerait le monde, qu’il donnerait la vie éternelle à ceux   qui croiraient en lui et qu’il condamnerait ceux qui l’auraient rejeté. Notre Seigneur ajoute qu’on ne devait pas croire sur sa simple parole qu’il était envoyé de Dieu, mais que les Juifs pouvaient s’en convaincre par le témoignage que Jean-Baptiste lui avait rendu et qui était d’un grand poids sur leur esprit, que par les miracles qu’il faisait et par les oracles de Moïse et des prophètes. Enfin, il se plaint de l’incrédulité des Juifs qui ne voulaient pas venir à lui pour avoir la vie et il leur dit que cette incrédulité procédait de ce que leur cœur était vide de l’amour de Dieu et plein de l’amour d’eux-mêmes et de la gloire du monde. 

1 Après cela, comme les Juifs avaient une fête, Jésus monta à Jérusalem.

2 Or, il y avait à Jérusalem, près de la porte des brebis, un réservoir d’eau, appelé en hébreu Béthesda, qui avait cinq portiques,

3 où étaient couchés un grand nombre de malades, d’aveugles, d’impotents et de gens qui avaient les membres secs, et qui attendaient le mouvement de l’eau.

4 Car un ange descendait, en un certain temps, dans le réservoir, et en troublait l’eau ; et le premier qui descendait dans le réservoir, après que l’eau avait été troublée, était guéri, de quelque maladie qu’il fût détenu.

5 Or, il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans.

6 Jésus le voyant couché, et sachant qu’il était malade depuis longtemps, lui dit : Veux-tu être guéri ?

7 Le malade lui répondit : Seigneur, je n’ai personne pour me jeter dans le réservoir quand l’eau est troublée ; car, pendant que j’y viens, un autre y descend avant moi.

8 Jésus lui dit : Lève-toi, emporte ton lit et marche.

9 Et incontinent l’homme fut guéri ; et il prit son lit et se mit à marcher. Or, ce jour-là était un jour de sabbat.

10 Alors les Juifs dirent à celui qui avait été guéri : C’est aujourd’hui le sabbat ; il ne t’est pas permis d’emporter ton lit.

11 Il leur répondit : Celui qui m’a guéri, m’a dit : Emporte ton lit, et marche.

12 Et ils lui demandèrent : Qui est cet homme qui t’a dit : Emporte ton lit, et marche ?

13 Mais celui qui avait été guéri ne savait qui c’était ; car Jésus s’était échappé au travers de la foule qui était en ce lieu-là.

14 Depuis, Jésus le trouva dans le temple, et lui dit : Voilà, tu as été guéri ; ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire.

15 Cet homme s’en alla et rapporta aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri.

16 À cause de cela, les Juifs poursuivaient Jésus, et cherchaient à le faire mourir, parce qu’il avait fait cela le jour du sabbat.

17 Mais Jésus leur dit : Mon Père agit jusqu’à présent, et j’agis aussi.

18 À cause de cela, les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir, non-seulement parce qu’il avait violé le sabbat, mais encore parce qu’il disait que Dieu était son propre Père, se faisant égal à Dieu.

19 Jésus prenant la parole, leur dit : En vérité, en vérité je vous dis, que le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne le voie faire au Père ; car tout ce que le Père fait, le Fils aussi le fait pareillement.

20 Car le Père aime le Fils, et il lui montre tout ce qu’il fait, et il lui montrera des œuvres plus grandes que celles-ci, en sorte que vous en serez remplis d’admiration.

21 Car comme le Père ressuscite les morts et leur donne la vie, de même aussi le Fils donne la vie à ceux qu’il veut.

22 Le Père ne juge personne, mais il a donné au Fils tout pouvoir de juger,

23 afin que tous honorent le Fils, comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils n’honore pas le Père qui l’a envoyé.

24 En vérité, en vérité je vous dis, que celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle, et il ne sera point sujet à la condamnation, mais il est passé de la mort à la vie.

25 En vérité, en vérité je vous dis, que le temps vient, et qu’il est déjà venu, que les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et que ceux qui l’auront entendue vivront.

26 Car, comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d’avoir la vie en lui-même.

27 Et il lui a aussi donné l’autorité d’exercer le jugement, parce qu’il est le Fils de l’homme.

28 Ne soyez pas surpris de cela : car le temps viendra que tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix ;

29 et ceux qui auront fait de bonnes œuvres en sortiront et ressusciteront pour la vie ; et ceux qui en auront fait de mauvaises ressusciteront pour la condamnation.

30 Je ne puis rien faire de moi-même ; je juge selon que j’entends, et mon jugement est juste, car je ne cherche point ma volonté, mais je cherche la volonté du Père qui m’a envoyé.

31 Si je me rends témoignage à moi-même, mon témoignage n’est pas digne de foi.

32 Il y en a un autre qui me rend témoignage, et je sais que le témoignage qu’il me rend est digne de foi.

33 Vous avez envoyé vers Jean, et il a rendu témoignage à la vérité.

34 Pour moi, je ne cherche point le témoignage des hommes, mais je dis ceci, afin que vous soyez sauvés.

35 Jean était une chandelle allumée et luisante, et vous avez voulu, pour un peu de temps, vous réjouir à sa lumière.

36 Mais moi, j’ai un témoignage plus grand que celui de Jean ; car les œuvres que mon Père m’a donné le pouvoir d’accomplir, ces œuvres-là que je fais rendent ce témoignage de moi, que mon Père m’a envoyé.

37 Et le Père qui m’a envoyé a lui-même rendu témoignage de moi. Vous n’avez jamais entendu sa voix, ni vu sa face.

38 Et sa parole ne demeure pas en vous, puisque vous ne croyez point à celui qu’il a envoyé.

39 Sondez les Ecritures ; car c’est par elles que vous croyez avoir la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi.

40 Mais vous ne voulez point venir à moi, pour avoir la vie.

41 Je ne cherche point ma gloire de la part des hommes ;

42 mais je sais que vous n’avez point en vous l’amour de Dieu.

43 Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez.

44 Comment pouvez-vous croire, vu que vous aimez à recevoir de la gloire les uns des autres, et que vous ne recherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ?

45 Ne pensez point que ce soit moi qui doive vous accuser devant mon Père ; Moïse, en qui vous espérez, est celui qui vous accusera.

46 Car si vous croyiez à Moïse, vous croiriez aussi en moi ; car il a écrit de moi.

47 Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ?

REFLEXIONS

On voit dans la guérison de ce paralytique, dont St. Jean fait ici l’histoire, l’admirable puissance de notre Seigneur qui par sa seule parole rétablit parfaitement un homme perclus de ses membres depuis trente-huit ans, ce qui était une merveille aussi grande que celle qui se faisait alors dans le lavoir de Bethesda. Jésus eut compassion de ce paralytique, il lui demanda s’il voulait être guéri et il le guérit en effet d’une manière à laquelle il ne s’attendait pas. Par là nous devons reconnaître que ce Sauveur charitable est toujours prêt à faire part aux hommes de sa grâce et à les délivrer de leurs misères, il les prévient même et il leur présente cette grâce, mais personne n’en est fait participant que ceux qui désirent de la recevoir et qui, comme le paralytique, profitent des offres qu’il a la bonté de leur faire.

II. Il faut bien remarquer ce que Jésus-Christ dit à ce paralytique : Tu as été guéri, ne pèche plus désormais, de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pis. Cela avertit ceux que Dieu a retirés de quelque maladie ou à qui il a été accordé quelque autre délivrance, d’éviter à l’avenir de retomber dans le péché, de peur d’engager Dieu à les punir plus sévèrement. Le discours que Jésus-Christ fit aux Juifs en leur prouvant par diverses considérations qu’il était envoyé de Dieu nous montre que notre foi est fondée sur des raisons solides et sur des preuves convaincantes et incontestables, ainsi pour nous fortifier dans la foi, nous devons bien considérer les preuves que ce chapitre contient et y ajouter celles que les Juifs n’avaient pas alors et qui se tirent de la résurrection de Jésus-Christ, de l’établissement de sa religion et du témoignage des apôtres.

Outre cette réflexion générale, il faut en faire ici trois particulières :

I. Que Dieu a donné à notre Seigneur une puissance sans borne et que, comme il la déployait autrefois en faisant des miracles, il la déploiera encore plus magnifiquement lorsqu’il viendra ressusciter les morts et juger tous les hommes, tant les bons que les méchants. Nous devons donc révérer cette puissance du fils de Dieu, lui obéir et l’honorer comme nous honorons Dieu son père, afin que nous ressuscitions un jour pour la vie éternelle et non pour être condamné.

II. Puisque Jésus-Christ allègue le témoignage de l’Écriture sainte et de Moïse et qu’il voulait que les Juifs sondassent et examinassent les Écritures, il s’ensuit que pour être confirmé dans la foi et pour obtenir la vie éternelle, il faut lire souvent et méditer attentivement les écrits du Vieux Testament aussi bien que ceux du Nouveau.

III. Ce que Jésus-Christ disait aux Juifs de leur incrédulité et de ses causes nous apprend que s’il y a des gens qui ne veulent pas venir à notre Seigneur pour avoir la vie, cela vient de ce qu’ils n’ont pas l’amour de Dieu en eux-mêmes et de ce que leur cœur est possédé par leurs passions. Surtout Jésus-Christ déclare que l’amour du monde et de sa gloire et le désir d’être approuvé et estimé des hommes est un des plus grands obstacles à la foi et au salut.

CHAPITRE VI VERSETS 1 A 21.

Jésus-Christ donne à manger à cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons, il va vers ses disciples en marchant sur l’eau et il fait cesser une tempête. 

1 Après cela, Jésus passa au-delà de la mer de Galilée, qui est aussi appelée la mer de Tibériade.

2 Et une grande foule de peuple le suivait, parce qu’ils voyaient les miracles qu’il faisait sur ceux qui étaient malades.

3 Mais Jésus monta sur une montagne, où il s’assit avec ses disciples.

4 Or, le jour de Pâque, qui est la principale fête des Juifs, était proche.

5 Jésus donc, ayant levé les yeux, et voyant une grande foule de peuple qui venait à lui, dit à Philippe : D’où achèterons-nous des pains, afin que ces gens-ci aient à manger ?

6 Or, il disait cela pour l’éprouver, car il savait bien ce qu’il devait faire.

7 Philippe lui répondit : Pour deux cents deniers de pain ne suffirait pas pour en donner un peu à chacun.

8 Un autre de ses disciples, savoir, André, frère de Simon Pierre, lui dit :

9 Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ?

10 Alors Jésus dit : Faites asseoir ces gens ; et il y avait beaucoup d’herbe dans ce lieu-là. Ces gens s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille.

11 Et Jésus prit les pains et, ayant rendu grâces, il les distribua à ses disciples, et ses disciples, à ceux qui étaient assis ; et il leur donna de même des poissons, autant qu’ils en voulurent.

12 Après qu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde.

13 Ils les ramassèrent donc, et ils remplirent douze paniers des morceaux des cinq pains d’orge, qui étaient restés à ceux qui en avaient mangé.

14 Et ces gens, ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : Celui-ci est véritablement le prophète qui devait venir au monde.

15 Mais Jésus ayant connu qu’ils allaient venir pour l’enlever, afin de le faire roi, se retira encore seul sur la montagne.

16 Quand le soir fut venu, ses disciples descendirent au bord de la mer.

17 Et étant entrés dans une barque, ils voulaient passer la mer pour aller à Capernaüm ; il faisait déjà obscur, et Jésus n’était pas encore venu à eux.

18 Et la mer élevait ses vagues par un grand vent qui soufflait.

19 Mais quand ils eurent ramé environ vingt-cinq ou trente stades, ils virent Jésus qui marchait sur la mer, et qui était près de la barque ; et ils eurent peur.

20 Mais il leur dit : C’est moi : n’ayez point de peur.

21 Ils le reçurent donc avec plaisir dans la barque, et incontinent la barque aborda au lieu où ils allaient.

REFLEXIONS

Jésus-Christ en donnant à manger à cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons fit un miracle auquel les apôtres ne s’attendaient pas, quoiqu’ils lui en eussent vu faire plusieurs autres et il le fit autant pour augmenter leur foi et pour les convaincre plus pleinement de sa toute puissance que pour subvenir aux besoins du peuple qui l’avait suivi. Ainsi ce miracle est l’un des plus illustres que notre Seigneur ait faits, surtout par le grand nombre de ceux qui en furent les témoins. St. Jean remarque que ces gens-là furent tellement frappés de cette merveille que, non seulement ils disaient que Jésus était le prophète et le Messie que les Juifs attendaient, mais qu’ils voulurent le déclarer roi, ce qui fit que notre Seigneur se retira dans un lieu écarté, ne voulant pas qu’il arrivât aucun trouble à son occasion.

Cette démarche des Juifs était un effet de l’opinion qu’ils avaient que le Messie serait un roi temporel, mais la retraite de Jésus-Christ marquait que son règne n’était point de la terre. Cela doit nous apprendre à ne point chercher notre gloire en ce monde et surtout à fuir l’éclat et à nous contenir toujours dans une grande humilité.

Jésus-Christ fit en ce temps-là un autre miracle en faveur des apôtres et qui dut faire une grande impression sur eux lorsqu’il vint vers eux en marchant sur la mer. Il fit aussi voir dans cette occasion le soin qu’il avait de ses chers disciples et l’amour qu’il leur portait, les laissant exposés à l’orage afin de les éprouver et de les délivrer ensuite d’une manière plus magnifique et plus consolante que s’il eût d’abord été avec eux.

Telle est l’issue que les épreuves et les afflictions ont ordinairement pour ceux que Dieu aime, il vient tôt ou tard à leur secours et les maux qu’il leur envoie ne servent qu’à manifester l’amour qu’il leur porte et qu’à augmenter leur consolation et leur joie.

 CHAPITRE VI VERSETS 22 A 71.

Notre seigneur ayant nourri miraculeusement le peuple avec cinq pains et deux poissons et voyant que ce peuple le suivait avec empressement prend de là occasion de les exhorter à rechercher la nourriture spirituelle qui fait vivre éternellement, plutôt que la nourriture du corps. Il leur dit ensuite qu’il était lui-même cette nourriture et le vrai pain du Ciel et que ceux qui mangeraient de ce pain auraient la vie éternelle. Il ajoute pour expliquer plus particulièrement sa pensée que cette nourriture était sa chair et son sang qu’il donnerait pour la vie du monde, par où   il voulait marquer les fruits de sa mort, mais il s’exprima figurément et avec quelque obscurité parce qu’il ne voulait pas dire alors clairement qu’on le ferait mourir. Quelques-uns de ses disciples étant choqués de ce discours, le Seigneur leur dit que ses paroles devaient s’entendre dans un sens spirituel, mais cela n’empêcha pas que plusieurs d’entre eux ne se retirassent d’avec lui. 

22 Le lendemain, la troupe qui était demeurée de l’autre côté de la mer, voyant qu’il n’y avait point eu là d’autre barque que celle dans laquelle ses disciples étaient entrés, que Jésus n’y était point entré avec eux, et que ses disciples s’en étaient allés seuls ;

23 (mais il était arrivé d’autres barques de Tibériade près du lieu où ils avaient mangé le pain, après que le Seigneur eut rendu grâces) ;

24 cette troupe donc voyant que Jésus n’était point-là, ni ses disciples, ils entrèrent dans les barques, et allèrent à Capernaüm, chercher Jésus.

25 Et l’ayant trouvé de l’autre côté de la mer, ils lui dirent : Maître, quand es-tu arrivé ici ?

26 Jésus leur répondit et leur dit : En vérité, en vérité je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains, et que vous avez été rassasiés.

27 Travaillez pour avoir, non la nourriture qui périt, mais celle qui demeure jusqu’à la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car le Père qui est Dieu, l’a marqué de son sceau.

28 Ils lui dirent : Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu ?

29 Jésus leur répondit : C’est ici l’œuvre de Dieu, que vous croyiez en celui qu’il a envoyé.

30 Alors ils lui dirent : Quel miracle fais-tu donc, afin que nous le voyions, et que nous croyions en toi ? Quelle œuvre fais-tu ?

31 Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon qu’il est écrit : Il leur a donné à manger le pain du ciel.

32 Et Jésus leur dit : En vérité, en vérité je vous le dis, Moïse ne vous a point donné le pain du ciel ; mais mon Père vous donne le vrai pain du ciel.

33 Car le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel, et qui donne la vie au monde.

34 Ils lui dirent : Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là.

35 Et Jésus leur dit : Je suis le pain de vie ; celui qui vient à moi n’aura point de faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

36 Mais je vous l’ai déjà dit, que vous m’avez vu, et cependant vous ne croyez point.

37 Tout ce que le Père me donne viendra à moi, et je ne mettrai point dehors celui qui viendra à moi.

38 Car je suis descendu du ciel, pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé.

39 Et c’est ici la volonté du Père, qui m’a envoyé, que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour.

40 C’est ici la volonté de celui qui m’a envoyé, que quiconque contemple le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.

41 Mais les Juifs murmuraient contre lui de ce qu’il avait dit : Je suis le pain descendu du ciel.

42 Et ils disaient : N’est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc dit-il : Je suis descendu du ciel ?

43 Jésus leur répondit : Ne murmurez point entre vous.

44 Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire ; et je le ressusciterai au dernier jour.

45 Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Quiconque donc a écouté le Père et a été instruit par lui, vient à moi.

46 Ce n’est pas que personne n’ait vu le Père, si ce n’est celui qui vient de Dieu ; c’est lui qui a vu le Père.

47 En vérité, en vérité je vous le dis : Celui qui croit en moi a la vie éternelle.

48 Je suis le pain de vie.

49 Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts.

50 C’est ici le pain qui est descendu du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point.

51 Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde.

52 Les Juifs donc disputaient entre eux, disant : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ?

53 Jésus leur dit : En vérité, en vérité je vous le dis : Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous-mêmes.

54 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, a la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour.

55 Car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage.

56 Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui.

57 Comme le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi.

58 C’est ici le pain qui est descendu du ciel. Il n’en est pas comme de la manne que vos pères ont mangée, et ils sont morts ; celui qui mangera ce pain vivra éternellement.

59 Jésus dit ces choses, enseignant dans la synagogue à Capernaüm.

60 Plusieurs de ses disciples l’ayant ouï, dirent entre eux : Cette parole est dure ; qui peut l’écouter ?

61 Mais Jésus, connaissant en lui-même que ses disciples murmuraient de cela, leur dit : Ceci vous scandalise-t-il ?

62 Que sera-ce donc si vous voyez le Fils de l’homme monter où il était auparavant ?

63 C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie.

64 Mais il y en a quelques-uns d’entre vous qui ne croient point. Car Jésus savait des le commencement qui seraient ceux qui ne croiraient pas, et qui serait celui qui le trahirait.

65 Et il dit : C’est à cause de cela que je vous ai dit que personne ne peut venir à moi, s’il ne lui a été donné par mon Père.

66 Dès cette heure-là plusieurs de ses disciples se retirèrent, et n’allaient plus avec lui.

67 Jésus dit donc aux douze : Et vous, ne voulez-vous point aussi vous en aller ?

68 Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ;

69 Et nous avons cru, et nous avons connu que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.

70 Jésus leur répondit : Ne vous ai-je pas choisis, vous douze ? et l’un de vous est un démon.

71 Or, il disait cela de Judas Iscariot, fils de Simon ; car c’était celui qui devait le trahir, quoiqu’il fût l’un des douze. 

REFLEXIONS

La première et la principale instruction que ce discours de Jésus-Christ nous donne, c’est que nous devons travailler avec beaucoup plus d’empressement à nous procurer la nourriture qui fait vivre éternellement que celle qui ne sert qu’à entretenir cette vie temporelle et périssable.

Il nous apprend ensuite qu’il est lui-même ce pain céleste, que cette nourriture de l’âme ne se trouve qu’en lui et dans sa doctrine et que : la volonté de Dieu son Père, qui l’avait envoyé, était que tous ceux qui croiraient en lui eussent la vie éternelle et qu’il les ressusciterait au dernier jour. Ce que notre Seigneur dit dans cette occasion avait de l’obscurité pour ceux qui l’entendirent. Les Juifs ne pouvaient comprendre comment Jésus était un pain descendu du Ciel et comment il fallait manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle. Mais ces paroles de notre Sauveur sont faciles à entendre pour nous qui savons que la mort de Jésus-Christ est la vraie nourriture de l’âme et l’unique principe de la vie spirituelle et de l’immortalité. Il nous dit lui-même que ses paroles sont esprit et vie, c’est-à-dire qu’elles doivent s’entendre d’une manière spirituelle et que manger sa chair et boire son sang ne veut dire autre chose sinon venir à lui et croire en lui.

Il faut seulement que cette foi soit sincère et accompagnée d’amour, de confiance, d’obéissance et qu’elle nous attache et nous unifie si étroitement à notre Seigneur que rien ne puisse nous en séparer. Plusieurs des disciples de Jésus-Christ s’étant retirés d’avec lui, il demanda aux apôtres s’ils voulaient aussi le quitter, à quoi St. Pierre répondit : À qui irions-nous Seigneur ?

Jésus-Christ ne contraint personne de s’attacher à son service, il demande une obéissance libre et volontaire, mais nous ne devons jamais l’abandonner, puisqu’il a lui seul les paroles de la vie éternelle et qu’étant le fils du Dieu vivant, il est l’unique auteur du salut.

Les dernières paroles de ce chapitre où il est dit que Jésus-Christ savait dès le commencement que Judas, qui était du nombre des douze apôtres, le trahirait, nous apprennent que notre Seigneur connait tous ceux qui se disent ses disciples et qu’il discerne ceux qui ne croient pas sincèrement en lui d’avec ceux qui lui sont fidèles. Une profession extérieure du christianisme ne suffit pas et il n’y a qu’une vraie foi et une obéissance constante qui puisse assurer notre conscience devant Dieu et nous rendre approuvé de celui qui connait les cœurs de tous les hommes et qui leur rendra à tous selon leurs œuvres. 

CHAPITRE VII VERSETS 1 A 30.

St. Jean rapporte ici un voyage que Jésus-Christ fit à Jérusalem pour la fête des tabernacles, Les divers jugements qu’on faisait de lui. Et ce qu’il dit aux Juifs qui avaient trouvé mauvais qu’il eût guéri un paralytique quelques mois auparavant à la fête de pâque, un jour de sabbat. 

1 Après ces choses, Jésus se tenait en Galilée, car il ne voulait pas demeurer dans la Judée, parce que les Juifs cherchaient à le faire mourir.

2 Or, la fête des Juifs, appelée des tabernacles, approchait.

3 Et ses frères lui dirent : Pars d’ici et t’en va en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais.

4 Car personne ne fait rien en cachette, quand il veut agir franchement. Puisque tu fais ces choses, montre-toi toi-même au monde.

5 Car ses frères même ne croyaient pas en lui.

6 Jésus leur dit : Mon temps n’est pas encore venu ; mais le temps est toujours propre pour vous.

7 Le monde ne vous peut haïr ; mais il me hait, parce que je rends ce témoignage contre lui, que ses œuvres sont mauvaises.

8 Pour vous, montez à cette fête ; pour moi, je n’y monte pas encore, parce que mon temps n’est pas encore venu.

9 Et leur ayant dit cela, il demeura en Galilée.

10 Mais, lorsque ses frères furent partis, il monta aussi à la fête, non pas publiquement, mais comme en cachette.

11 Les Juifs donc le cherchaient pendant la fête, et disaient : Où est-il ?

12 Et on tenait plusieurs discours de lui parmi le peuple. Les uns disaient : C’est un homme de bien ; et les autre disaient : Non, mais il séduit le peuple.

13 Toutefois personne ne parlait librement de lui, à cause de la crainte qu’on avait des Juifs.

14 Comme on était déjà au milieu de la fête, Jésus monta au temple, et il y enseignait.

15 Et les Juifs étaient étonnés, et disaient : Comment cet homme sait-il les Écritures, ne les ayant point apprises ?

16 Jésus leur répondit : Ma doctrine n’est pas de moi, mais elle est de celui qui m’a envoyé.

17 Si quelqu’un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de mon chef.

18 Celui qui parle de son chef cherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé, est digne de foi, et il n’y a point d’injustice en lui.

19 Moïse ne vous a-t-il pas donné la loi ? et néanmoins aucun de vous n’observe la loi. Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir ?

20 Le peuple lui répondit : Tu es possédé du démon ; qui est-ce qui cherche à te faire mourir ?

21 Jésus répondit et leur dit : J’ai fait une œuvre, et vous en êtes tous étonnés.

22 Moïse vous a ordonné la circoncision (non pas qu’elle vienne de Moïse, mais elle vient des pères), et vous circoncisez un homme au jour du sabbat.

23 Si donc un homme reçoit la circoncision au jour du sabbat, afin que la loi de Moïse ne soit pas violée, pourquoi vous irritez-vous contre moi, parce que j’ai guéri un homme dans tout son corps le jour du sabbat ?

24 Ne jugez point selon l’apparence, mais jugez selon la justice.

25 Et quelques-uns de ceux de Jérusalem disaient : N’est-ce pas celui qu’ils cherchent à faire mourir ?

26 Et le voilà qui parle librement, et ils ne lui disent rien. Les chefs auraient-ils en effet reconnu qu’il est véritablement le Christ ?

27 Mais nous savons d’où est celui-ci ; au lieu que, quand le Christ viendra, personne ne saura d’où il est.

28 Et Jésus criait à haute voix dans le temple, en enseignant, et il disait : Vous me connaissez, et vous savez d’où je suis. Je ne suis pas venu de moi-même, mais celui qui m’a envoyé est véritable, et vous ne le connaissez point.

29 Mais moi, je le connais ; car je viens de sa part, et c’est lui qui m’a envoyé.

30 Ils cherchaient donc à se saisir de lui ; mais personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue.

REFLEXIONS

Ce qu’il y a à remarquer dans ce chapitre, c’est que notre Seigneur ne voulut pas aller à Jérusalem publiquement et dans la compagnie de ses parents. Il en usa ainsi par prudence afin d’éviter l’éclat et de ne pas s’exposer à la fureur des Juifs qui cherchaient à le faire mourir.

Ce qu’il dit à quelques-uns de ses parents que le monde, c’est-à-dire les Juifs incrédules, ne pouvaient les haïr, mais que le monde le haïssait lui parce qu’il condamnait ses œuvres qui étaient mauvaises renferme une vérité constante, c’est que les gens du monde aiment leurs semblables, mais qu’ils haïssent ceux dont la vie et les discours condamnent leurs mauvaises actions.

On voit ici les divers jugements que le peuple faisait de Jésus-Christ, mais on y remarque surtout l’aveuglement et la malice des Juifs, qui, sans faire attention aux preuves que notre Seigneur donnait de sa mission divine par les miracles qu’il faisait et sans être touchés de ce qu’il leur disait avec tant de force et tant de douceur pour justifier ce qu’il avait fait et pour les convaincre que sa doctrine était céleste, l’accusaient d’avoir violé la Loi de Moïse et d’être possédé du démon et voulaient même le faire mourir. Cette résistance et cet endurcissement des Juifs montre que les préjugés et les passions peuvent aveugler les hommes à un tel point que rien n’est capable de les désabuser et qu’ils se scandalisent de ce qui devrait le plus les édifier. On doit bien considérer sur ce sujet ce que Jésus-Christ dit dans cette occasion : Si quelqu’un veut faire la volonté de mon Père, il connaitra si ma doctrine est de Dieu ou si je parle de mon chef.

Ces paroles contiennent une leçon qui est de la dernière importance, savoir que la principale disposition où il faut être pour connaître la doctrine de Jésus-Christ et pour en sentir la vérité et la beauté, c’est d’avoir le cœur bon et une intention sincère de faire la volonté de Dieu autant qu’elle peut être connue. Mais ceux à qui cette disposition manque ne sauraient jamais parvenir à la connaissance de la vérité.

Enfin, il est à remarquer que, quoique les Juifs eussent formés le dessein de faire mourir notre Seigneur, ils ne purent lui faire aucun mal et que nul n’osa mettre la main sur lui. Les méchants ne peuvent nuire aux gens de bien qu’autant que Dieu le leur permet et quoique les hommes puissent entreprendre, ce que Dieu a résolu s’accomplit toujours. 

CHAPITRE VII VERSETS 31 A 53

Les pharisiens, indignés de ce que le peuple était touché des discours et des miracles de notre Seigneur, envoient des gens pour le saisir, mais il continua de parler avec  tant d’autorité et d’évidence et  il adressa au peuple des exhortations si touchantes, que plusieurs reconnurent qu’il était prophète, il y en eut même qui crurent qu’il était le Messie et ceux qui avaient ordre de le saisir s’en retournèrent sans oser mettre la main sur lui, de quoi les pharisiens furent extrêmement irrités. 

31 Cependant plusieurs du peuple crurent en lui, et disaient : Quand le Christ viendra, fera-t-il plus de miracles que n’en fait celui-ci ?

32 Les Pharisiens ayant appris ce que le peuple disait sourdement de lui, ils envoyèrent, de concert avec les principaux sacrificateurs, des sergents pour se saisir de lui.

33 Jésus, continuant à parler au peuple, lui dit : Je suis encore avec vous pour un peu de temps ; puis je m’en vais à celui qui m’a envoyé.

34 Vous me chercherez, et vous ne me trouverez point, et vous ne pourrez venir où je serai.

35 Sur quoi les Juifs dirent entre eux : Où ira-t-il donc, que nous ne le trouverons point ? Doit-il aller vers ceux qui sont dispersés parmi les Grecs, et enseigner les Grecs ?

36 Que signifie ce qu’il a dit : Vous me chercherez et ne me trouverez point, et vous ne pourrez venir où je serai ?

37 Le dernier et le grand jour de la fête, Jésus se trouva là, et dit à haute voix : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive.

38 Qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de lui, comme l’Écriture le dit.

39 (Or, il disait cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui ; car le Saint-Esprit n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’était pas encore glorifié).

40 Plusieurs de la troupe ayant entendu ces paroles, disaient : Celui-ci est véritablement le prophète.

41 D’autres disaient : Celui-ci est le Christ. Et quelques autres disaient : Mais le Christ viendra-t-il de la Galilée ?

42 L’Écriture ne dit-elle pas que le Christ sortira de la race de David, et du bourg de Bethléhem, d’où était David ?

43 Le peuple était donc partagé sur son sujet.

44 Et quelques-uns d’entre eux voulaient le saisir ; mais personne ne mit la main sur lui.

45 Les sergents retournèrent donc vers les principaux sacrificateurs et les Pharisiens, qui leur dirent : Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ?

46 Les sergents répondirent : Jamais homme n’a parlé comme cet homme.

47 Les Pharisiens leur dirent : Avez-vous aussi été séduits ?

48 Y a-t-il quelqu’un des chefs ou des Pharisiens, qui ait cru en lui ?

49 Mais cette populace, qui n’entend point la loi, est exécrable.

50 Nicodème (celui qui était venu de nuit vers Jésus, et qui était l’un d’entre eux), leur dit :

51 Notre loi condamne-t-elle un homme sans l’avoir ouï auparavant, et sans s’être informé de ce qu’il a fait ?

52 Ils lui répondirent : Es-tu aussi Galiléen ? Informe-toi, et tu verras qu’aucun prophète n’a été suscité de la Galilée.

53 Et chacun s’en alla dans sa maison. 

REFLEXIONS

Ce que Saint Jean rapporte ici fait voir :

I. Que les discours et les miracles de Jésus-Christ produisaient un effet bien différent puisque le peuple en était touché et rempli d’admiration et que les pharisiens au contraire en conçurent tant de dépit qu’ils voulurent faire saisir notre Seigneur. Voilà comment la parole de Dieu est diversement reçue, les uns en profitent et ouvrent leurs yeux et leurs cœurs à la vérité et les autres la rejettent et passent même jusqu’à haïr ceux qui la proposent et à s’irriter contre eux.

II. On doit remarquer dans les discours de Jésus-Christ l’évidence, la douceur et l’autorité avec laquelle il parlait aux Juifs et surtout ces invitations pleines de bonté qu’il leur adressait en disant : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Par où il leur offrait sa grâce et les dons du Saint-Esprit qu’il était prêt de répandre sur ceux qui croiraient en lui. Il nous a fait encore les mêmes offres dans l’Évangile, c’est à nous à les recevoir comme nous le devons et à en profiter avec empressement et avec reconnaissance.

III. Il faut faire réflexion sur ce que Saint Jean dit, que ceux qui avaient ordre de saisir Jésus-Christ n’osèrent pas exécuter leur commission et qu’ils répondirent aux pharisiens

Jamais homme n’a parlé comme cet homme. En cela on voit d’un côté la vertu et l’efficace de la parole de Dieu et de l’autre que Dieu, quand il lui plaît, rend vains et inutiles les desseins des méchants.

IV. Enfin, c’est une chose remarquable que les pharisiens, au lieu de reconnaître qu’en s’opposant à Jésus-Christ ils s’opposaient à Dieu même et d’être frappé de voir tant de gens qui rendaient témoignage à notre Seigneur, s’irritèrent de plus en plus contre lui et même contre le peuple qui parlait avantageusement de lui et de sa doctrine. Cet exemple nous montre que les personnes les plus éclairées et les plus distinguées selon le monde sont souvent moins disposées que les gens simples et du commun à recevoir l’Évangile parce qu’elles sont possédées par leurs passions et surtout parce qu’elles sont remplies d’orgueil et de bonne opinion d’elles-mêmes et qu’elles ne cherchent pas sincèrement et en simplicité de cœur à s’instruire et à connaître la vérité. 

CHAPITRE VIII VERSETS 1 A 29.

Saint Jean rapporte ici :

I. L’histoire de la femme adultère. II. Un entretien que Jésus-Christ eut avec les Juifs dans lequel il leur dit qu’il était la lumière du monde et qu’ils devaient ajouter foi à tout ce qu’il disait de soi-même. III. Il leur reproche leur aveuglement et leur incrédulité et il leur parle de son départ de ce monde et de sa mort, mais il le fait en des termes figurés et qu’ils ne purent bien entendre.

1 Jésus s’en alla ensuite sur la montagne des Oliviers.

2 Et à la pointe du jour il retourna au temple, et tout le peuple vint à lui ; et s’étant assis, il les enseignait.

3 Alors les Scribes et les Pharisiens lui amenèrent une femme qui avait été surprise en adultère, et l’ayant mise au milieu,

4 ils lui dirent : Maître, cette femme a été surprise sur le fait, commettant adultère.

5 Or, Moïse nous a ordonné dans la loi, de lapider ces sortes de personnes ; toi donc, qu’en dis-tu ?

6 Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de le pouvoir accuser. Mais Jésus s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.

7 Et comme ils continuaient à l’interroger, s’étant redressé, il leur dit : Que celui de vous qui est sans péché, jette le premier la pierre contre elle.

8 Et s’étant encore baissé, il écrivait sur la terre.

9 Quand ils entendirent cela, se sentant repris par leur conscience, ils sortirent l’un après l’autre, commençant depuis les plus vieux jusqu’aux derniers, et Jésus demeura seul avec la femme qui était là au milieu.

10 Alors Jésus s’étant redressé, et ne voyant personne que la femme, il lui dit : Femme, où sont ceux qui t’accusaient ? Personne ne t’a-t-il condamnée ?

11 Elle dit : Personne, Seigneur. Et Jésus lui dit : Je ne te condamne point non plus ; va-t’en et ne pèche plus à l’avenir.

12 Jésus parla encore au peuple, et dit : Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.

13 Les Pharisiens lui dirent : Tu rends témoignage de toi-même ; ton témoignage n’est pas véritable.

14 Jésus leur répondit : Quoique je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est véritable, car je sais d’où je suis venu, et où je vais ; mais vous, vous ne savez d’où je viens, ni où je vais.

15 Vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne.

16 Et quand je jugerais, mon jugement serait digne de foi, car je ne suis pas seul, mais le Père qui m’a envoyé est avec moi.

17 Il est même écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est digne de foi.

18 C’est moi qui rends témoignage de moi-même ; et le Père qui m’a envoyé, me rend aussi témoignage.

19 Ils lui dirent : Où est ton Père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi ni mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père.

20 Jésus dit ces paroles dans le lieu où était le trésor, enseignant dans le temple ; et personne ne se saisit de lui, parce que son heure n’était pas encore venue.

21 Jésus leur dit encore : Je m’en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché ; vous ne pouvez venir où je vais.

22 Les Juifs donc disaient : Se tuera-t-il lui-même, puisqu’il dit : Vous ne pouvez venir où je vais ?

23 Et il leur dit : Vous êtes d’ici-bas ; et moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde ; et moi, je ne suis pas de ce monde.

24 C’est pourquoi je vous dis, que vous mourrez dans vos péchés ; car si vous ne croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans vos péchés.

25 Alors ils lui dirent : Toi, qui es-tu ? Et Jésus leur dit : Ce que je vous ai dit dès le commencement.

26 J’ai beaucoup de choses à dire de vous et à condamner en vous ; mais celui qui m’a envoyé est véritable, et les choses que j’ai entendues de lui, je les dis dans le monde.

27 Ils ne comprirent point qu’il leur parlait du Père.

28 Et Jésus leur dit : Lorsque vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez ce que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je dis ce que mon Père m’a enseigné.

29 Celui qui m’a envoyé est avec moi, et le Père ne m’a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. 

REFLEXIONS

Pour entendre l’histoire de la femme adultère et pour en profiter, il faut remarquer :

I. Que les pharisiens en amenant cette femme à Jésus-Christ lui tendaient un piège et que leur dessein était, s’il eût dit qu’il ne fallait pas la faire mourir, de l’accuser de violer la Loi de Dieu et s’il l’eût condamnée, de le déférer au gouverneur comme, un homme qui violait les droits du souverain magistrat.

II. Que, bien que le crime de cette femme fût très grand et digne de mort, le Seigneur ne voulut rien prononcer sur ce que les scribes et les pharisiens lui avaient proposé, ce qu’il fit par des raisons de prudence et pour faire voir qu’il ne cherchait que le salut des pécheurs.

III. Il est surtout à remarquer que notre Seigneur dit à cette femme : Va-t’en et ne pèche plus.

Cela montre que, quoi qu’il donnât en cette occasion des marques de sa miséricorde envers les pécheurs, il était bien éloigné d’autoriser ou d’excuser en aucune façon le crime. Dieu ne pardonne aux pécheurs que lorsqu’ils se repentent sincèrement et à condition qu’ils ne retomberont plus dans leurs péchés.

Dans l’entretien de Jésus-Christ avec les Juifs, nous avons à considérer premièrement qu’il leur parla de soi-même en ces termes : Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.

Ce sont là des paroles qui doivent être sans cesse méditées par les chrétiens et qui les engagent bien fortement à profiter de cette lumière céleste qui les éclaire, à suivre toujours Jésus-Christ et à marcher dans la voie qu’il leur a tracée tant par sa doctrine que par son exemple et qui les conduira sûrement à la vie et à l’immortalité.

Après cela, comme les pharisiens reprochaient à notre Seigneur de parler de soi-même d’une manière trop avantageuse, il leur dit diverses choses pour les faire revenir de la prévention où ils étaient contre lui et pour les engager à croire qu’il leur parlait de la part de Dieu. Ce que le Sauveur du monde disait dans cette occasion doit avoir encore plus de force pour nous convaincre qu’il est le fils de Dieu et que sa doctrine vient du Ciel, Dieu en ayant rendu un témoignage authentique, non seulement par les miracles que Jésus-Christ a faits, mais aussi par ce qui a suivi sa mort, sa résurrection et son élévation dans la gloire céleste.

L’on voit enfin ici que, quoique notre Seigneur parlât aux pharisiens avec tant de force et tant de bonté, ils ne profitèrent point de ses instructions et qu’ils demeurèrent dans l’incrédulité, à cause de quoi il leur déclara qu’ils mourraient dans leurs péchés.

C’est ainsi que les hommes qui sont attachés au monde et à leurs passions résistent à l’évidence et à la force de la vérité lorsqu’elle leur est proposée et que, refusant de croire en Jésus-Christ et de lui obéir, ils demeurent dans leurs péchés et par ce moyen dans la condamnation et dans la mort.

CHAPITRE VIII VERSETS 30 A 59.

Jésus-Christ exhorte ceux d’entre les Juifs qui avaient cru en lui à persévérer dans sa doctrine et il leur promet la véritable liberté. Il dit aux Juifs incrédules qui se glorifiaient d’être libres, étant de la postérité d’Abraham, qu’ils n’étaient pas les enfants de ce patriarche, puisqu’ils ne l’imitaient pas dans sa foi et il leur reproche leur incrédulité, ce qui les irrita tellement qu’ils s’emportèrent jusqu’à lui dire des injures atroces et à vouloir le lapider, mais il évita leur fureur et se retira d’avec eux.

30 Comme Jésus disait ces choses, plusieurs crurent en lui.

31 Jésus dit donc aux Juifs qui avaient cru en lui : Si vous persistez dans ma doctrine, vous serez véritablement mes disciples ;

32 Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira.

33 Ils lui répondirent : Nous sommes la postérité d’Abraham, et nous ne fûmes jamais esclaves de personne ; comment donc dis-tu : Vous serez affranchis ?

34 Et Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous dis que quiconque s’adonne au péché, est esclave du péché.

35 Or, l’esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; mais le fils y demeure toujours.

36 Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres.

37 Je sais que vous êtes la postérité d’Abraham ; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne trouve point d’entrée en vous.

38 Je vous dis ce que j’ai vu chez mon Père ; et vous, vous faites aussi ce que vous avez vu chez votre père.

39 Ils lui répondirent : Notre père, c’est Abraham. Jésus leur dit : Si vous étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham.

40 Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi qui suis un homme qui vous ai dit la vérité, que j’ai apprise de Dieu ; Abraham n’a point fait cela.

41 Vous faites les œuvres de votre père. Et ils lui dirent : Nous ne sommes pas des enfants bâtards ; nous n’avons qu’un seul Père, qui est Dieu.

42 Jésus leur dit : Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez sans doute, parce que je suis issu de Dieu, et que je viens de sa part ; car je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé.

43 Pourquoi ne comprenez-vous point mon langage ? C’est parce que vous ne pouvez écouter ma parole.

44 Le père dont vous êtes issus, c’est le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il n’a point persisté dans la vérité, parce que la vérité n’est point en lui. Toutes les fois qu’il dit le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur, et le père du mensonge.

45 Mais parce que je dis la vérité, vous ne me croyez point.

46 Qui de vous me convaincra de péché ? Et si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?

47 Celui qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu ; c’est pourquoi vous ne les écoutez pas, parce que vous n’êtes point de Dieu.

48 Les Juifs lui répondirent : N’avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain, et que tu es possédé du démon ?

49 Jésus répondit : Je ne suis point possédé du démon, mais j’honore mon Père, et vous me déshonorez.

50 Je ne cherche point ma gloire, il y en a un autre qui la cherche, et qui en jugera.

51 En vérité, en vérité je vous dis, que si quelqu’un garde ma parole, il ne mourra jamais.

52 Les Juifs lui dirent : Nous voyons bien maintenant que tu es possédé du démon ; Abraham est mort, et les prophètes aussi, et tu dis : Si quelqu’un garde ma parole, il ne mourra jamais.

53 Es-tu plus grand que notre père Abraham, qui est mort ? Les prophètes aussi sont morts ; qui prétends-tu être ?

54 Jésus répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie, lui, dont vous dites qu’il est votre Dieu.

55 Cependant, vous ne l’avez point connu ; mais moi je le connais ; et si je disais que je ne le connais pas, je serais un menteur comme vous ; mais je le connais et je garde sa parole.

56 Abraham votre père s’est réjoui de voir mon jour ; il l’a vu, et il en a eu de la joie.

57 Les Juifs lui dirent : Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham !

58 Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous dis : Avant qu’Abraham fût, j’étais.

59 Alors ils prirent des pierres pour les jeter contre lui ; mais Jésus se cacha et sortit du temple, passant au milieu d’eux, et ainsi il s’en alla.


REFLEXIONS

Le Sauveur du monde nous enseigne dans ce discours :

I. Que quand on a eu le bonheur de le connaître et de croire en Lui, on doit persévérer constamment dans la vérité et s’y attacher de plus en plus, que ceux qui le font sont véritablement ses disciples et qu’ils jouissent de la vraie liberté des enfants de Dieu, laquelle consiste, comme notre Seigneur l’a dit, à être affranchis de l’esclavage du péché.

II. Jésus-Christ disait aux Juifs dans les mêmes vues qu’ils n’étaient pas les enfants de Dieu, ni de la postérité d’Abraham, puisqu’ils n’imitaient pas la foi de ce patriarche, mais qu’ils étaient plutôt les enfants du diable, puisqu’ils faisaient ses œuvres.

Ces paroles sont d’un grand poids. Elles nous apprennent que la plus sûre marque à laquelle on reconnaisse les enfants de Dieu, c’est qu’ils font sa volonté et qu’ils aiment ceux que Dieu aime, mais que ceux qui s’opposent à la vérité et à ceux qui l’annoncent sont les enfants et les imitateurs du diable qui est menteur, meurtrier et ennemi de la vérité.

III. Nous voyons dans ce discours de notre Seigneur combien ceux qui reçoivent sa doctrine et qui s’y soumettent sont heureux, puisqu’il déclare qu’ils ne demeureront point sous la puissance de la mort.

IV. Il faut remarquer que dans le temps que le Fils de Dieu parlait ainsi, les Juifs, au lieu d’être touchés de ce qu’il leur représentait avec tant de force et de charité, en furent irrités et qu’ils en vinrent jusqu’à cet excès de fureur que de le traiter de Samaritain et d’homme possédé du démon. C’est là l’exemple de l’aveuglement le plus déplorable et de la malice la plus noire, par où l’on peut voir combien il est dangereux de se livrer à ses passions et de s’engager dans l’incrédulité.

Enfin, nous avons dans ce chapitre une preuve remarquable de la gloire et de la divinité de Jésus-Christ, en ce qu’il déclara qu’il était déjà avant Abraham. La dignité infinie de sa personne doit nous persuader d’autant plus de la divinité de l’Évangile et de l’obligation où nous sommes de lui obéir, comme à celui qui est tout ensemble et notre sauveur et notre Dieu. 

CHAPITRE IX.

Ce chapitre contient l’histoire de la guérison d’un aveugle né. 

1 Comme Jésus passait, il vit un homme aveugle dès sa naissance.

2 Et ses disciples lui demandèrent : Maître, qui est-ce qui a péché ? est-ce cet homme, ou son père, ou sa mère, qu’il soit ainsi né aveugle ?

3 Jésus répondit : Ce n’est point qu’il ait péché, ni son père, ou sa mère ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui.

4 Pendant qu’il est jour, il me faut faire les œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, dans laquelle personne ne peut travailler.

5 Pendant que je suis au monde, je suis la lumière du monde.

6 Ayant dit cela, il cracha à terre, et de sa salive il fit de la boue, et il oignit de cette boue les yeux de l’aveugle.

7 Et il lui dit : Va, et te lave au réservoir de Siloé (ce qui signifie Envoyé). Il y alla donc et se lava, et il en revint voyant clair.

8 Or, les voisins et ceux qui avaient vu auparavant qu’il était aveugle, disaient : N’est-ce pas là celui qui se tenait assis, et qui demandait l’aumône ?

9 Les uns disaient : C’est lui ; d’autres disaient : Il lui ressemble ; lui disait : C’est moi-même.

10 Ils lui dirent : Comment tes yeux ont-ils été ouverts ?

11 Il répondit : Cet homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, et en a oint mes yeux, et m’a dit : Va au réservoir de Siloé, et t’y lave. J’y suis donc allé, et m’y suis lavé, et je vois.

12 Il lui dirent : Où est cet homme ? Il dit : Je ne sais.

13 Ils amenèrent aux Pharisiens celui qui avait été aveugle.

14 Or c’était le jour du sabbat que Jésus avait fait de la boue, et qu’il lui avait ouvert les yeux.

15 Les Pharisiens lui demandèrent aussi eux-mêmes comment il avait reçu la vue ? Et il leur dit : Il m’a mis de la boue sur les yeux, et je me suis lavé, et je vois.

16 C’est pourquoi quelques-uns d’entre les Pharisiens disaient : Cet homme n’est point de Dieu, puisqu’il ne garde pas le sabbat. Mais d’autres disaient : Comment un méchant homme pourrait-il faire de tels miracles ? Et ils étaient divisés entre eux.

17 Ils dirent encore à l’aveugle : Et toi, que dis-tu de lui, de ce qu’il t’a ouvert les yeux ? Il répondit : C’est un prophète.

18 Mais les Juifs ne crurent point que cet homme eût été aveugle, et qu’il eût reçu la vue, jusqu’à ce qu’ils eussent fait venir son père et sa mère.

19 Et ils les interrogèrent et leur dirent : Est-ce ici votre fils, que vous dites être né aveugle ? Comment donc voit-il maintenant ?

20 Son père et sa mère répondirent : Nous savons que c’est ici notre fils, et qu’il est né aveugle ;

21 mais nous ne savons comment il voit maintenant. Nous ne savons point non plus qui lui a ouvert les yeux. Il a de l’âge, interrogez-le ; il parlera pour lui-même.

22 Son père et sa mère dirent cela, parce qu’ils craignaient les Juifs ; car les Juifs avaient déjà arrêté que, si quelqu’un reconnaissait Jésus pour être le Christ, il serait chassé de la synagogue.

23 C’est pour cela que son père et sa mère répondirent : Il a de l’âge, interrogez-le.

24 Ils appelèrent donc pour la seconde fois l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : Donne gloire à Dieu, nous savons que cet homme est un méchant.

25 Il répondit : Je ne sais si c’est un méchant ; je sais bien une chose, c’est que j’étais aveugle, et que maintenant je vois.

26 Ils lui dirent encore : Que t’a-t-il fait ? comment t’a-t-il ouvert les yeux ?

27 Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit, et ne l’avez-vous pas entendu ? Pourquoi voulez-vous l’entendre encore une fois ? Voulez-vous aussi être de ses disciples ?

28 Alors ils se mirent à l’injurier, et ils lui dirent : Toi, sois son disciple ; pour nous, nous sommes disciples de Moïse.

29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais pour celui-ci, nous ne savons d’où il est.

30 Cet homme répondit : C’est une chose étrange, que vous ne sachiez pas d’où il est, et cependant il m’a ouvert les yeux.

31 Or, nous savons que Dieu n’exauce point les méchants ; mais si quelqu’un honore Dieu et fait sa volonté, il l’exauce.

32 On n’a jamais ouï dire que personne n’ait ouvert les yeux à un aveugle-né.

33 Si celui-ci n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire de semblable.

34 Ils lui répondirent : Tu es entièrement né dans le péché, et tu veux nous enseigner ! Et ils le chassèrent de la synagogue.

35 Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé, et l’ayant rencontré, il lui dit : Crois-tu au Fils de Dieu ?

36 Il répondit : Qui est-il, afin que je croie en lui ?

37 Et Jésus lui dit : Tu l’as vu, et c’est lui-même qui te parle.

38 Et il dit : Je crois, Seigneur, et il se prosterna devant lui.

39 Et Jésus dit : Je suis venu dans le monde pour exercer ce jugement : que ceux qui ne voient point, voient ; et que ceux qui voient, deviennent aveugles.

40 Et quelques-uns des Pharisiens qui étaient avec lui, entendirent cela et lui dirent : Et nous, sommes-nous aussi des aveugles ?

41 Jésus leur dit : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez point de péché, mais maintenant vous dites : Nous voyons ; c’est à cause de cela que votre péché subsiste.

REFLEXIONS

L’histoire qui est contenue dans ce chapitre est des plus remarquables. Outre les preuves de la puissance et de la bonté de Jésus-Christ qui paraissent dans la guérison de l’aveugle né, de même dans tous les miracles de notre Seigneur, on voit ici trois choses qui méritent une considération particulière.

I. Les démarches des pharisiens, les divers efforts qu’ils firent pour nier ce miracle et ce qu’ils dirent dans cette vue au père et à la mère de l’aveugle et ensuite à l’aveugle lui-même pour savoir s’il était bien vrai qu’il eût été aveugle et comment il avait été guéri. Les pharisiens en prenant toutes ces informations ne cherchaient pas la vérité, ils cherchaient plutôt à la supprimer et à la combattre et lorsqu’elle se présenta à eux, ils la rejetèrent, ils calomnièrent Jésus-Christ et enfin, ne pouvant plus rien opposer à la certitude de ce miracle et ne sachant que répondre aux discours de l’aveugle, ils s’emportèrent en injures contre lui et ils l’excommunièrent. Ce sont là les caractères de la passion la plus violente et de la malice la plus obstinée et c’est ainsi que les méchants ferment les yeux à la vérité et que ce qui devrait les toucher et les convertir ne fait que les endurcir davantage. Cependant, c’est une chose remarquable que les pharisiens en faisant tous leurs efforts pour rendre ce miracle suspect ne firent que le rendre plus connu et plus indubitable.

II. Il faut remarquer dans le discours de l’aveugle né l’ingénuité avec laquelle il parlait aux pharisiens et les confondit en soutenant qu’il avait été bien guéri et que puisque Jésus-Christ lui avait rendu la vue, il ne pouvait être un méchant et un séducteur comme ils l’en accusaient. En lisant ce récit, on y voit que la vérité a beaucoup de force, que les personnes les plus simples jugent souvent mieux des choses que ceux que l’on croit avoir bien des lumières et que Dieu se sert de ces personnes-là pour confondre les sages de ce monde.

Enfin, St. Jean rapporte que Jésus-Christ ayant su que cet homme avait été excommunié par les pharisiens pour avoir dit la vérité en leur présence, il se fit connaître à lui en lui disant qu’il était les Fils de Dieu et qu’il   lui déclara que ceux qui passaient pour être les plus éclairés, tels qu’étaient les pharisiens, demeureraient dans leur aveuglement pendant que ceux, qu’on regardait comme des ignorants, mais qui avaient de l’humilité et un bon cœur, profiteraient de sa doctrine.

Notre Seigneur reçoit toujours avec bonté ceux qui aiment la vérité et que le monde persécute, il leur accorde de nouvelles lumières et de nouveaux dons, pendant que ceux qui présument d’eux-mêmes et qui rejettent avec obstination la vérité lorsqu’elle se présente à eux demeurent dans leur incrédulité et périssent dans leurs ténèbres.

CHAPITRE X.

Ce qui est ici rapporté est arrivé en deux temps différents :

La première partie de ce chapitre contient un discours que notre Seigneur fit aux Juifs après qu’il eût guéri l’aveugle né, il s’y compare à un bon berger. Il y parle aussi des faux bergers et des mercenaires, par où il désigne les séducteurs et en particulier les pharisiens. Il dit que ces gens-là n’avaient en vue que leur intérêt et leur orgueil, au lieu qu’il n’était venu au monde que pour le bien et le salut ses brebis et qu’il donnerait même sa vie pour elles.

Quelques mois après, Jésus étant à Jérusalem à la fête de la dédicace du temple, les Juifs lui demandèrent s’il était le Messie, à quoi il répondit que ses miracles montraient assez ce qu’il était, que s’ils ne le connaissaient pas, cela ne venait que de leur endurcissement, mais que ses brebis le connaissaient, qu’il leur donnerait la vie éternelle et que Dieu ne permettrait jamais qu’elles périssent puisque lui et Dieu son Père étaient un. Les Juifs voulurent le lapider, prétendant qu’il avait prononcé un blasphème, mais notre Seigneur ne voulant pas parler ouvertement de sa divinité se contenta de leur dire que si l’Écriture appelai Dieu et fils de Dieu les princes et les magistrats, il pouvait bien prendre le titre de Fils de Dieu sans blasphème, puisque Dieu l’avait envoyé au monde avec le pouvoir de faire des miracles. Après cela notre Seigneur se retira de Jérusalem.

1 En vérité, en vérité je vous dis, que celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y monte par un autre endroit, est un larron et un voleur.

2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis.

3 Le portier lui ouvre, les brebis entendent sa voix, et il appelle ses propres brebis par leur nom, et les mène dehors.

4 Et quand il a mis dehors ses propres brebis, il marche devant elles, et les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix.

5 Mais elles ne suivront point un étranger ; au contraire, elles le fuiront, parce qu’elles ne connaissent point la voix des étrangers.

6 Jésus leur dit cette similitude, mais ils ne comprirent point ce qu’il leur voulait dire.

7 Jésus donc leur dit encore : En vérité, en vérité je vous dis, que je suis la porte des brebis.

8 Tous ceux qui sont venus avant moi ont été des larrons et des voleurs, et les brebis ne les ont point écoutés.

9 Je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et trouvera de la pâture.

10 Le larron ne vient que pour dérober, pour tuer et pour détruire ; mais moi, je suis venu, afin que mes brebis aient la vie, et qu’elles l’aient même avec abondance.

11 Je suis le bon berger ; le bon berger donne sa vie pour ses brebis.

12 Mais le mercenaire, celui qui n’est point le berger, et à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, et il abandonne les brebis et s’enfuit ; et le loup ravit les brebis et les disperse.

13 Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se soucie point des brebis.

14 Je suis le bon berger, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent ;

15 comme mon père me connaît, et comme je connais mon Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.

16 J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie ; il faut aussi que je les amène ; et elles entendront ma voix, et il n’y aura qu’un seul troupeau et qu’un seul berger.

17 C’est pour cela que mon Père m’aime, parce que je donne ma vie, pour la reprendre.

18 Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la quitter, et j’ai le pouvoir de la reprendre ; j’ai reçu cet ordre de mon Père.

19 Alors il y eut encore de la division entre les Juifs, à cause de ce discours.

20 Et plusieurs d’entre eux disaient : Il est possédé du démon, et il est hors de sens, pourquoi l’écoutez-vous ?

21 Les autres disaient : Ce ne sont pas là les discours d’un démoniaque. Le démon peut-il ouvrir les yeux des aveugles ?

22 Or, on célébrait à Jérusalem la fête de la dédicace, et c’était l’hiver.

23 Comme Jésus se promenait au temple, dans le portique de Salomon,

24 les Juifs s’assemblèrent autour de lui, et lui dirent : Jusqu’à quand nous tiendras-tu l’esprit en suspens ? Si tu es le Christ, dis-le-nous franchement.

25 Jésus leur répondit : Je vous l’ai dit, et vous ne le croyez pas ; les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi.

26 Mais vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes point de mes brebis, comme je vous l’ai dit.

27 Mes brebis entendent ma voix, et je les connais, et elles me suivent.

28 Je leur donne la vie éternelle, elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main.

29 Mon père, qui me les a données, est plus grand que tous ; et personne ne les peut ravir de la main de mon Père.

30 Moi et mon Père, nous ne sommes qu’un.

31 Alors les Juifs prirent encore des pierres, pour le lapider.

32 Jésus leur répondit : J’ai fait devant vous plusieurs bonnes œuvres de la part de mon Père ; pour laquelle me lapidez-vous ?

33 Les Juifs lui répondirent : Ce n’est point pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais c’est à cause de ton blasphème, et parce qu’étant homme, tu te fais Dieu.

34 Jésus leur répondit : N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ?

35 Si elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu était adressée, et si l’Écriture ne peut être rejetée,

36 Dites-vous que je blasphème, moi que le Père a sanctifié et qu’il a envoyé dans le monde, parce que j’ai dit : Je suis Fils de Dieu ?

37 Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez point.

38 Mais si je les fais, et que vous ne vouliez pas me croire, croyez à mes œuvres, afin que vous connaissiez, et que vous croyiez que le Père est en moi, et que je suis en lui.

39 Ils cherchaient donc encore à se saisir de lui ; mais il échappa de leurs mains.

40 Et il s’en alla de nouveau au-delà du Jourdain, au lieu où Jean avait d’abord baptisé ; et il demeura là.

41 Et il vint à lui beaucoup de gens qui disaient : Jean n’a fait aucun miracle ; mais tout ce que Jean a dit de cet homme-ci était vrai.

42 Et il y en eut là plusieurs qui crurent en lui.

REFLEXIONS

Ce que Jésus-Christ disait en parlant de soi-même sous l’image d’un berger est beaucoup plus clair pour nous qu’il ne l’était pour les Juifs. Nous savons parfaitement que notre Seigneur est le vrai berger qui a donné sa vie pour ses brebis, c’est-à-dire pour tous ses fidèles et qui est venu pour rassembler dans son Église tous ceux d’entre les Juifs et d’entre les païens qui croiraient en lui. Cela nous engage à reconnaître d’un côté l’amour infini de Jésus notre bon berger qui nous a si tendrement aimés et qui a souffert la mort pour nous acquérir le salut et la vie et de l’autre combien notre bonheur est grand d’être du nombre de ces brebis qu’il a rachetées par son sang et à qui il destine la vie éternelle.

Il y a quatre considérations à faire sur la seconde partie de ce chapitre.

I. La première regarde l’étrange aveuglement et la malice des Juifs qui, après tant de miracles que Jésus-Christ avait faits lui demandèrent encore s’il était le Messie et voulurent le lapider comme un blasphémateur. Notre Seigneur remarque lui-même que cette incrédulité des Juifs procédait de ce qu’ils n’aimaient pas la vérité et de ce qu’ils n’avaient pas une intention sincère de la connaître. Si donc il arrive que les hommes ne profitent pas de la doctrine de Jésus-Christ et qu’au milieu de la lumière qui les éclaire, ils soient encore dans l’ignorance et dans l’égarement, cela vient du défaut de docilité et d’amour pour la vérité et pour la vertu.

II. La deuxième considération est que la marque et le caractère des brebis de Jésus-Christ, c’est-à-dire de ses vrais disciples, est d’écouter la voix de leur divin berger, de le suivre et de lui obéir.

III. Nous voyons dans ce discours de notre Seigneur que le bonheur et le salut des vrais fidèles est assuré puisqu’il déclare : qu’il les connait, qu’il leur donne la vie éternelle, qu’ils ne périront jamais et que personne ne les ravira d’entre ses mains.

Ces paroles doivent remplir tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus-Christ d’une grande consolation et d’une ferme attente de la gloire et de la félicité qu’il leur réserve dans son royaume.

IV. Ce que Jésus-Christ dit sur la fin de ce chapitre qu’il pouvait prendre avec justice le titre de Fils de Dieu doit nous convaincre pleinement de sa divinité et de l’excellence de sa charge, surtout puisque nous savons d’ailleurs qu’il est Dieu et homme tout ensemble. En quoi nous avons les plus grands motifs à croire en lui et à lui rendre l’obéissance que nous lui devons si justement à cause de l’autorité qu’il a sur nous et de l’amour qu’il nous porte. 

CHAPITRE XI.

Ce chapitre contient l’histoire de la résurrection de Lazare. 

1 Il y avait un homme malade, appelé Lazare, qui était de Béthanie, le bourg de Marie et de Marthe sa sœur.

2 Cette Marie était celle qui oignit le Seigneur d’une huile de parfum, et qui essuya ses pieds avec ses cheveux ; et Lazare, qui était malade, était son frère.

3 Ses sœurs donc envoyèrent dire à Jésus : Seigneur, celui que tu aimes est malade.

4 Jésus, ayant entendu cela, dit : Cette maladie n’est point à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu en soit glorifié.

5 Or, Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare.

6 Et quoiqu’il eût appris qu’il était malade, il demeura cependant encore deux jours au lieu où il était.

7 Puis il dit à ses disciples : Retournons en Judée.

8 Les disciples lui dirent : Maître, il n’y a que peu de temps que les Juifs cherchaient à te lapider, et tu y retournes encore !

9 Jésus répondit : N’y a-t-il pas douze heures au jour ? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne bronche point, parce qu’il voit la lumière de ce monde.

10 Mais si quelqu’un marche pendant la nuit, il bronche, parce qu’il n'a point de lumière.

11 Il parla ainsi, et après cela il leur dit : Lazare notre ami dort, mais je m’en vais l’éveiller.

12 Ses disciples lui dirent : Seigneur, s’il dort, il sera guéri.

13 Or, Jésus avait dit cela de la mort de Lazare ; mais ils crurent qu’il parlait d’un véritable sommeil.

14 Jésus donc leur dit alors ouvertement : Lazare est mort.

15 Et je me réjouis à cause de vous, de ce que je n’étais pas là, afin que vous croyiez ; mais allons vers lui.

16 Thomas donc, appelé Didyme, dit aux autres disciples : Allons-y aussi, afin de mourir avec lui.

17 Jésus étant arrivé, trouva qu’il y avait déjà quatre jours qu’il était dans le sépulcre.

18 Or, Béthanie était environ à quinze stades de Jérusalem.

19 Et plusieurs des Juifs étaient venus voir Marthe et Marie, pour les consoler de la mort de leur frère.

20 Quand Marthe ouït dire que Jésus venait, elle alla au-devant de lui ; mais Marie demeura assise à la maison.

21 Et Marthe dit à Jésus : Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort ;

22 mais je sais que maintenant même, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.

23 Jésus lui dit : Ton frère ressuscitera.

24 Marthe lui répondit : Je sais qu’il ressuscitera en la résurrection, au dernier jour.

25 Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort.

26 Et quiconque vit et croit en moi, ne mourra point pour toujours. Crois-tu cela ?

27 Elle lui dit : Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir au monde.

28 Quand elle eut dit cela, elle s’en alla et appela Marie, sa sœur, en secret, et lui dit : Le Maître est ici et il t’appelle.

29 Ce que Marie ayant entendu, elle se leva promptement, et vint vers lui.

30 Or, Jésus n’était pas encore entré dans le bourg, mais il était au même endroit où Marthe était venue au-devant de lui.

31 Alors les Juifs, qui étaient avec Marie dans la maison, et qui la consolaient, voyant qu’elle s’était levée si promptement, et qu’elle était sortie, la suivirent, disant : Elle s’en va au sépulcre, pour y pleurer.

32 Mais Marie étant arrivée au lieu où était Jésus, dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort.

33 Quand Jésus vit qu’elle pleurait, et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuraient aussi, il frémit en lui-même, et fut ému ;

34 et il dit : Où l’avez-vous mis ? Ils lui répondirent : Seigneur, viens et vois.

35 Et Jésus pleura.

36 Sur quoi les Juifs dirent : Voyez comme il l’aimait.

37 Et quelques-uns d’eux dirent : Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût pas ?

38 Alors Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, vint au sépulcre ; c’était une grotte, et on avait mis une pierre dessus.

39 Jésus dit : Ôtez la pierre. Marthe, sœur du mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais ; car il est là depuis quatre jours.

40 Jésus lui répondit : Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ?

41 Ils ôtèrent donc la pierre du lieu où le mort était couché. Et Jésus élevant les yeux au ciel, dit : Mon Père, je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé.

42 Je savais bien que tu m’exauces toujours, mais je dis ceci à cause de ce peuple, qui est autour de moi, afin qu’il croie que tu m’as envoyé.

43 Quand il eut dit cela, il cria à haute voix : Lazare, sors de là.

44 Et le mort sortit, ayant les mains et les pieds liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit : Déliez-le, et le laissez aller.

45 Plusieurs donc des Juifs qui étaient venus voir Marie, et qui avaient vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

46 Mais quelques-uns d’entre eux s’en allèrent trouver les Pharisiens, et leur rapportèrent ce que Jésus avait fait.

47 Alors les principaux sacrificateurs et les Pharisiens, assemblèrent le conseil, et dirent : Que ferons-nous ? Car cet homme fait beaucoup de miracles.

48 Si nous le laissons faire, tout le monde croira en lui ; et les Romains viendront, qui détruiront et ce lieu et notre nation.

49 Mais Caïphe, l’un d’entre eux, qui était souverain sacrificateur de cette année-là, leur dit : Vous n’y entendez rien ;

50 et vous ne considérez pas qu’il est à propos qu’un homme seul meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse pas.

51 Or, il ne dit pas cela de son propre mouvement, mais, étant le souverain sacrificateur de cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation ;

52 Et non-seulement pour la nation, mais aussi pour rassembler en un seul corps les enfants de Dieu qui sont dispersés.

53 Depuis ce jour-là donc ils consultèrent ensemble, pour faire mourir Jésus.

54 C’est pourquoi Jésus ne paraissait plus ouvertement parmi les Juifs ; mais il s’en alla dans une contrée voisine du désert, à une ville appelée Éphraïm ; et il se tint là avec ses disciples.

55 Or, la Pâque des Juifs était proche, et beaucoup de gens du pays étaient montés à Jérusalem avant la Pâque, pour se purifier.

56 Ils cherchaient donc Jésus, et ils se disaient les uns aux autres, étant dans le temple : Que vous en semble ? Ne viendra-t-il point à la fête ?

57 Or, les principaux sacrificateurs et les Pharisiens avaient donné ordre que, si quelqu’un savait où il était, il le déclarât, afin de se saisir de lui.

REFLEXIONS

Voici les principales réflexions qu’il faut faire sur cette histoire qui est l’une des plus remarquables de tout cet Évangile.

I. Quoi que notre Seigneur aimât beaucoup Lazare, il n’alla cependant à Béthanie qu’après que Lazare fût mort, afin de faire un miracle plus éclatant en lui rendant la vie qu’il n’aurait fait en le guérissant. Ceux que Dieu aime peuvent être exposés à divers maux, il diffère même de venir à leur secours, mais il en use ainsi afin que sa puissance et son amour paraissent avec plus d’éclat dans leur délivrance.

II. On voit dans ce que les sœurs de Lazare dirent à notre Seigneur, leur piété, leur amour et leur attachement pour Jésus-Christ, aussi bien la haute opinion qu’elles avaient de sa puissance. On y remarque surtout qu’elles étaient fermement persuadées que leur frère ressusciterait au dernier jour.

Nous avons encore plus de sujet que ces deux femmes pieuses n’en avaient d’aimer notre Seigneur, d’avoir une parfaite confiance en lui, d’attendre tout de sa puissance et en particulier de croire que les morts ressusciteront à la fin du monde.

III. La bonté avec laquelle Jésus-Christ parla aux sœurs de Lazare pour les consoler et pour les préparer au miracle qu’il se proposait de faire, l’émotion qu’il ressentit et les larmes qu’il répandit prouvent bien sensiblement à quel point il aimait ces deux femmes et leur frère et combien il était charitable et plein de compassion.

On est animé de l’esprit de Jésus-Christ à proportion qu’on est touché des maux d’autrui et disposé à consoler les malheureux.

Mais ce qu’il y a de principal à remarquer ici, c’est que notre Seigneur rendit la vie à Lazare qui était depuis quatre jours dans le tombeau. Ce grand miracle que Jésus-Christ fit peu de jours avant sa mort et à la vue d’un grand nombre de Juifs, dont plusieurs crurent même en lui, est l’une des preuves les plus illustres qu’il ait donné pendant sa vie pour montrer qu’il était le fils de Dieu. Cette résurrection de Lazare confirme surtout pleinement la doctrine de la résurrection des morts et la vérité de ce que notre Seigneur dit dans ce chapitre : Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort.

Enfin, St. Jean nous dit que les pharisiens, au lieu de se rendre à un miracle si éclatant, conçurent tant de dépit de voir que le peuple se déclarait pour Jésus-Christ, qu’ils résolurent alors de le faire mourir, ce qui l’obligea de se retirer dans un lieu écarté jusqu’à la fête de pâque.

C’est ainsi que les ennemis de notre Seigneur s’obstinent toujours d’avantage, ils résistèrent jusqu’à la fin à ses miracles et tout ce que ce Sauveur charitable fit pour les gagner et pour les adoucir ne servit qu’à les irriter de plus en plus contre lui. Dieu permit cependant qu’ils prissent la résolution dans leur conseil de faire mourir Jésus-Christ afin que, contre leur dessein il souffrit la mort, non seulement pour la nation des Juifs, mais aussi pour rassembler en un seul corps tous les enfants de Dieu et pour établir par ce moyen dans le monde sa doctrine et son règne.

CHAPITRE XII VERSETS 1 A 19.

I. Marie oint les pieds de notre Seigneur.

II. Plusieurs personnes viennent à Béthanie pour voir Jésus-Christ et Lazare qui était ressuscité.

III. Notre Seigneur fait son entrée royale à Jérusalem.

1 Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare qui avait été mort, et qu’il avait ressuscité.

2 On lui fit là un souper, et Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui.

3 Alors Marie ayant pris une livre d’une huile de senteur de nard pur, qui était de grand prix, en oignit les pieds de Jésus, et les essuya avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur de ce parfum.

4 Alors Judas Iscariot, fils de Simon, l’un de ses disciples, celui qui devait le trahir, dit :

5 Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers d’argent, pour les donner aux pauvres ?

6 Il disait cela, non qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu’il était larron et qu’il avait la bourse, et qu’il portait ce qu’on y mettait.

7 Mais Jésus lui dit : Laisse-la faire ; elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture.

8 Car vous aurez toujours des pauvres avec vous ; mais vous ne m’aurez pas toujours.

9 Alors une grande multitude de Juifs, ayant su que Jésus était là, y vinrent, non-seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait ressuscité.

10 Et les principaux sacrificateurs délibérèrent de faire aussi mourir Lazare,

11 parce que plusieurs des Juifs se retiraient d’avec eux à cause de lui, et croyaient en Jésus.

12 Le lendemain, une grande troupe, qui était venue à la fête, ayant ouï dire que Jésus venait à Jérusalem,

13 prit des branches de palmes, et sortit au-devant de lui, en criant : Hosanna ! béni soit le roi d’Israël, qui vient au nom du Seigneur !

14 Et Jésus ayant trouvé un ânon, s’assit dessus, selon ce qui est écrit :

15 Ne crains point, fille de Sion ; voici ton roi, qui vient monté sur le poulain d’une ânesse.

16 Ses disciples n’entendirent pas cela d’abord ; mais quand Jésus fut glorifié, alors ils se souvinrent que ces choses avaient été écrites de lui, et qu’elles lui étaient arrivées.

17 Et la troupe qui était avec lui rendait témoignage qu’il avait appelé Lazare du sépulcre, et qu’il l’avait ressuscité des morts.

18 C’est aussi pour cela que le peuple alla au-devant de lui, parce qu’ils avaient appris qu’il avait fait ce miracle.

19 De sorte que les Pharisiens disaient entre eux : Vous voyez que vous ne gagnez rien ; voilà que tout le monde va après lui.

REFLEXIONS

Il y a trois choses à considérer dans le premier article de cette lecture, savoir l’action de Marie qui oignit les pieds de Jésus-Christ, le jugement que Judas fit de cette action et ce que notre Seigneur dit pour la défendre.

Marie oignit notre Seigneur avec un parfum précieux suivant la coutume de ce temps-là pour marquer son respect et son amour. À l’exemple de cette femme pieuse, nous devons aussi témoigner à Jésus-Christ notre zèle par tous les moyens qui dépendent de nous et qui lui sont agréables.

Les murmures de Judas qui, étant larron et avare, se plaignait de ce qu’on n’avait pas donné aux pauvres le prix de ce parfum font bien voir que le cœur de ce faux disciple était entièrement corrompu. On voit aussi en cela combien l’avarice a de force sur ceux qu’elle possède et comment les méchants couvrent quelquefois leurs passions du prétexte de la religion et de la piété.

Et ce que Jésus-Christ dit pour la défense de Marie nous montre qu’il reçoit favorablement tout ce qu’on fait en vue de l’honorer et particulièrement les œuvres de charité.

II. L’arrivée du peuple qui vint à Béthanie pour voir Lazare que notre Seigneur avait ressuscité et le dessein que les sacrificateurs formèrent de faire mourir Lazare aussi bien que Jésus-Christ prouvent d’un côté la vérité de ce miracle et font voir de l’autre que la méchanceté des principaux des Juifs était à son comble et qu’il n’y avait plus rien à espérer d’eux.

III. On a une autre preuve de cette résurrection de Lazare dans les acclamations du peuple qui alla au-devant de Jésus-Christ lorsqu’il entra à Jérusalem puisque Saint Jean remarque que cette troupe rendait témoignage qu’il avait tiré Lazare du tombeau. Notre Seigneur voulut alors recevoir des hommages qu’il avait refusé auparavant et il souffrit qu’on le reconnu publiquement pour le Messie. Mais il parut dans cette occasion dans une grande simplicité, n’ayant à sa suite que des personnes du commun et étant monté sur un âne, selon que Zacharie l’avait prédit. Il en usa de la sorte afin qu’aucune des marques que les prophètes avaient données au Messie ne lui manquât et pour faire voir que l’humilité et la douceur était son caractère et que le règne qu’il allait établir serait spirituel et céleste.

Au reste, si les disciples de Jésus-Christ et le peuple firent éclater leur joie et leur reconnaissance en l’accompagnant à Jérusalem, nous sommes encore plus obligés à adorer ce grand Rédempteur et à bénir Dieu continuellement à la vue de tant de merveilles qu’il a faites et tant de preuves qu’il nous a données de sa puissance et de son amour.

CHAPITRE XII VERSETS 20 A 50.

Saint Jean rapporte ici quatre choses :

I. Ce que Jésus-Christ dit lorsque de certains étrangers qui étaient venus à Jérusalem pour la fête de pâque demandèrent à le voir. II. Que Dieu fit entendre alors une voix du Ciel et qu’à cette occasion notre Seigneur parla de sa mort et de l’établissement de son règne, mais que les Juifs ne comprirent pas ses discours. III. Saint Jean remarque que, bien que notre Seigneur eût fait tant de miracles, les Juifs ne crurent point en lui et que cette incrédulité avait été prédite par le prophète Ésaïe. IV. Enfin, l’évangéliste rapporte quelques exhortations que Jésus-Christ adressa aux Juifs avant sa mort, dans lesquelles il marque ce qui arriverait à ceux qui recevraient sa doctrine et ceux qui la rejetteraient.

20 Or, quelques Grecs, de ceux qui étaient montés pour adorer pendant la fête,

21 vinrent vers Philippe, qui était à Bethsaïde en Galilée, et ils lui dirent, en le priant : Seigneur, nous voudrions bien voir Jésus.

22 Philippe vint et le dit à André, et André et Philippe le dirent à Jésus.

23 Et Jésus leur répondit : L’heure est venue que le Fils de l’homme doit être glorifié.

24 En vérité, en vérité, je vous le dis : Si le grain de froment ne meurt, après qu’on l’a jeté dans la terre, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

25 Celui qui aime sa vie la perdra ; et celui qui hait sa vie en ce monde la conservera pour la vie éternelle.

26 Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et où je serai, celui qui me sert y sera aussi ; et si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.

27 Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ? Mon Père, délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cette heure même que je suis venu.

28 Mon Père, glorifie ton nom. Alors il vint une voix du ciel, qui dit : Et je l’ai glorifié, et je le glorifierai encore.

29 Et la troupe qui était là, et qui avait entendu cette voix, disait qu’il s’était fait un tonnerre ; d’autres disaient : Un ange lui a parlé.

30 Jésus prit la parole et dit : Cette voix n’est pas pour moi, mais elle est pour vous.

31 C’est maintenant que se fait le jugement de ce monde ; c’est maintenant que le prince de ce monde va être chassé.

32 Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi.

33 Or, il disait cela pour marquer de quelle mort il devait mourir.

34 Le peuple lui répondit : Nous avons appris par la loi que le Christ doit demeurer éternellement : comment donc dis-tu qu’il faut que le Fils de l’homme soit élevé ? Qui est ce Fils de l’homme ?

35 Jésus leur dit : La lumière est encore avec vous pour un peu de temps ; marchez pendant que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent ; car celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va.

36 Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez des enfants de lumière. Jésus dit ces choses, puis il s’en alla et se cacha d’eux.

37 Et bien qu’il eût fait tant de miracles devant eux, ils ne crurent point en lui.

38 De sorte que cette parole d’Ésaïe le prophète fut accomplie : Seigneur, qui a cru à notre prédication, et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé ?

39 Aussi ne pouvaient-ils croire, parce qu’Ésaïe a dit encore :

40 Il a aveuglé leurs yeux, et a endurci leur cœur, de sorte qu’ils ne voient point des yeux, qu’ils ne comprennent point du cœur, qu’ils ne se convertissent point, et que je ne les guéris point.

41 Ésaïe dit ces choses, lorsqu’il vit sa gloire, et qu’il parla de lui.

42 Cependant il y en eut plusieurs, des principaux même, qui crurent en lui ; mais ils ne le confessaient point, à cause des Pharisiens, de peur d’être chassés de la synagogue.

43 Car ils aimaient plus la gloire qui vient des hommes, que la gloire de Dieu.

44 Or, Jésus cria à haute voix et dit : Celui qui croit en moi, ne croit pas en moi, mais il croit en celui qui m’a envoyé ;

45 et celui qui me voit, voit celui qui m’a envoyé.

46 Je suis venu au monde, moi qui suis la lumière, afin que quiconque croit en moi ne demeure point dans les ténèbres.

47 Et si quelqu’un entend mes paroles, et ne croit pas, je ne le juge point, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver.

48 Celui qui me rejette et ne reçoit point mes paroles, il a déjà qui le juge ; la parole que j’ai annoncée, c’est elle qui le jugera au dernier jour.

49 Car je n’ai point parlé par moi-même ; mais le Père qui m’a envoyé, m’a prescrit ce que j’ai à dire, et de quoi je dois parler.

50 Et je sais que son commandement est la vie éternelle. Les choses donc que je dis, je les dis comme mon Père me les a dites.

REFLEXIONS

Le sens de ce que Jésus-Christ répondit lorsque des étrangers demandèrent à le voir était qu’il se ferait bientôt connaître à tous les hommes, mais qu’auparavant il devait mourir, tout de même que le froment doit être mis dans la terre et y germer avant qu’il puisse pousser et produire du grain en abondance. Le Seigneur ajouta qu’il en serait de ses disciples comme de lui-même et que tous ceux qui voulaient le suivre devaient se disposer aux souffrances et à la mort, mais il promet aussi d’élever ceux qui croiraient en lui et qui le serviraient fidèlement à la même gloire où il allait être élevé. Les Juifs ne comprirent pas bien ce discours de notre Seigneur, mais il n’a rien d’obscur pour nous.

II. En ce temps-là, Jésus frappé de l’horreur de la mort qu’il était sur le point d’endurer pria Dieu son Père de faire voir sa gloire d’une manière éclatante et de montrer qu’il était son fils. Sur quoi Dieu fit entendre une voix du Ciel qui déclara que ce que Jésus venait de demander s’accomplirait. Ce prodige arriva dans le temps que notre Seigneur allait être crucifié pour lever le scandale de sa croix et pour faire connaître qu’il était véritablement le fils de Dieu. C’est pourquoi aussi Jésus-Christ dit alors que le règne de satan allait être détruit, qu’il attirerait bientôt tous les hommes à lui et que ce serait là un des fruits de sa mort. L’événement ne tarda pas à vérifier la divinité de cette prédiction.

III. Saint Jean faisant réflexion sur l’incrédulité des Juifs remarque que la plupart ne crurent point en Jésus-Christ et que de ceux qui le regardaient comme le Messie, il y en eut plusieurs qui n’osèrent pas le témoigner ouvertement parce qu’ils craignaient les pharisiens et qu’ils aimaient mieux la gloire qui vient des hommes que celle de Dieu. C’est là ce qui arrive ordinairement lorsque l’Évangile est annoncé aux hommes. Il y en a qui le rejettent, d’autres qui sont touchés en quelque manière de son excellence, mais ils n’osent pas faire une profession ouverte de la vérité et de la piété, étant retenus par la crainte, par une mauvaise honte ou par d’autres passions.

Enfin, nous devons faire bien attention à ce que Jésus-Christ déclara aux Juifs sur la fin de sa vie et dans le temps qu’ils allaient être privés de sa présence. Il leur dit qu’il était venu pour les éclairer et pour les conduire à la vie, qu’ils devaient marcher dans la lumière avant que les ténèbres les surprissent et que ceux qui n’écouteraient pas sa parole seraient jugés par cette même parole qu’ils auraient rejetée.

C’est là une déclaration qui s’adresse à tous ceux à qui Jésus-Christ a donné la connaissance de son Évangile et qui nous avertit de profiter de cette divine lumière pendant qu’elle nous éclaire de peur que nous ne soyons surpris par les ténèbres et que l’Évangile qui nous a été annoncé ne soit un jour le fondement de notre condamnation.

CHAPITRE XIII.

Jésus-Christ lave les pieds à ses apôtres et il les exhorte à l’humilité et à la charité.Il déclare que Judas le livrerait aux Juifs. Il parle à ses disciples de son départ, il leur recommande de s’aimer les uns les autres, et il prédit que Saint Pierre le renierait.

1 Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue pour passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin.

2 Et après le souper (le diable ayant déjà mis au cœur de Judas Iscariot, fils de Simon, de le trahir),

3 Jésus sachant que le Père lui avait remis toutes choses entre les mains, et qu’il était venu de Dieu, et qu’il s’en allait à Dieu,

4 se leva du souper et ôta sa robe, et ayant pris un linge, il s’en ceignit.

5 Ensuite il mit de l’eau dans un bassin, et se mit à laver les pieds de ses disciples, et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.

6 Il vint donc à Simon Pierre, qui lui dit : Toi, Seigneur, tu me laverais les pieds !

7 Jésus répondit et lui dit : Tu ne sais pas maintenant ce que je fais ; mais tu le sauras dans la suite.

8 Pierre lui dit : Tu ne me laveras jamais les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n’auras point de part avec moi.

9 Simon Pierre lui dit : Seigneur, non-seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête.

10 Jésus lui dit : Celui qui est lavé n’a besoin, sinon qu’on lui lave les pieds ; puis il est entièrement net. Or, vous êtes nets, mais non pas tous.

11 Car il savait qui était celui qui le trahirait ; c’est pour cela qu’il dit : Vous n’êtes pas tous nets.

12 Après donc qu’il leur eut lavé les pieds, et qu’il eut repris sa robe, s’étant remis à table, il leur dit : Savez-vous ce que je vous ai fait ?

13 Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous dites vrai ; car je le suis.

14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi qui suis le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres.

15 Car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait.

16 En vérité, en vérité, je vous dis que le serviteur n’est pas plus que son maître, ni l’envoyé plus que celui qui l’a envoyé.

17 Si vous savez ces choses, vous êtes bienheureux, pourvu que vous les pratiquiez.

18 Je ne parle point de vous tous, je sais qui sont ceux que j’ai choisis ; mais il faut que cette parole de l’Écriture soit accomplie : Celui qui mange du pain avec moi, a levé le pied contre moi.

19 Je vous le dis dès à présent, avant que la chose arrive ; afin que, quand elle sera arrivée, vous me reconnaissiez pour ce que je suis.

20 En vérité, en vérité je vous le dis : Quiconque reçoit celui que j’aurai envoyé, me reçoit, et qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé.

21 Quand Jésus eut dit cela, il fut ému en son esprit, et il dit ouvertement : En vérité, en vérité, je vous dis que l’un de vous me trahira.

22 Et les disciples se regardaient les uns les autres, étant en peine de qui il parlait.

23 Or, il y avait un des disciples de Jésus, celui que Jésus aimait, qui était couché vers son sein.

24 Simon Pierre lui fit signe de demander qui était celui de qui il parlait.

25 Lui donc, s’étant penché sur le sein de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce ?

26 Jésus répondit : C’est celui à qui je donnerai un morceau trempé. Et ayant trempé un morceau, il le donna à Judas Iscariot, fils de Simon.

27 Et après que Judas eut pris le morceau, Satan entra dans lui ; Jésus donc lui dit : Fais au plus tôt ce que tu as à faire.

28 Mais aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela.

29 Car quelques-uns pensaient que, comme Judas avait la bourse, Jésus lui avait voulu dire : Achète ce qu’il nous faut pour la fête ; ou, qu’il donnât quelque chose aux pauvres.

30 Après donc que Judas eut pris le morceau, il sortit tout aussitôt. Or, il était nuit.

31 Quand il fut sorti, Jésus dit : Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié par lui.

32 Et si Dieu est glorifié par lui, Dieu lui-même aussi le glorifiera, et il le glorifiera bientôt.

33 Mes petits-enfants, je suis encore avec vous pour un peu de temps ; vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs, je vous le dis aussi maintenant, vous ne pouvez venir où je vais.

34 Je vous donne un commandement nouveau, que vous vous aimiez les uns les autres ; que, comme je vous ai aimés, vous vous aimiez aussi les uns les autres.

35 C’est à cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.

36 Simon Pierre lui dit : Seigneur, où vas-tu ? Jésus lui répondit : Tu ne saurais maintenant me suivre où je vais ; mais tu me suivras ci-après.

37 Pierre lui dit : Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je mettrai ma vie pour toi.

38 Jésus lui répondit : Tu mettras ta vie pour moi ! En vérité, en vérité, je te dis qu’avant que le coq ait chanté, tu me renieras trois fois.

REFLEXIONS

Lorsque le fils de Dieu lava les pieds à ses apôtres peu avant sa mort, le but de cette action si extraordinaire et si surprenante était de leur montrer combien il les aimait et de leur donner un exemple d’humilité afin de leur apprendre à s’aimer mutuellement, à se regarder tous comme égaux et à ôter de leurs esprits toutes les pensées d’un règne temporel et de la gloire du monde. C’est là un exemple de charité et d’humilité que nous devons bien considérer et qui est d’une grande efficace pour nous rendre véritablement humbles et pour nous inciter à nous aimer sincèrement les uns les autres. Si Jésus-Christ, qui est le Maître et le Seigneur, s’est abaissé jusqu’à laver les pieds à ses disciples, ce qui était l’office des serviteurs et des esclaves, il n’y a rien que nous devions estimer trop bas lorsqu’il s’agit de s’acquitter des devoirs de la charité et d’édifier le prochain. C’est à quoi le sauveur du monde nous appelle par ces paroles qu’il prononça dans cette occasion : Je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez comme je vous ai fait. Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les fassiez.

II. Notre Seigneur trouva à propos de déclarer, en présence des apôtres, que l’un d’eux le livrerait aux Juifs, afin que lorsque Judas le trahirait, ils reconnussent que cela devait arriver pour accomplir les desseins de la providence. Cependant Jésus-Christ ne donna pas à connaître Judas à tous les apôtres parce qu’il ne voulait pas qu’on l’empêchât d’exécuter son entreprise. De là il paraît clairement que Jésus-Christ n’ignorait rien de ce qui devait lui arriver et qu’il connaissait les pensées des hommes les plus secrètes. Il prévoit la trahison de Judas, mais il n’en est point l’auteur. C’est l’avarice de ce disciple perfide qui le pousse à une action si noire et il ne laisse pas d’achever ce qu’il avait résolu, quoique Jésus l’eût averti et lui eût fait comprendre qu’il connaissait son dessein.

C’est ainsi que Dieu prévoit les péchés que les hommes sont sur le point de commettre, sans que pourtant il en soit la cause, il les avertit, mais quand ils s’obstinent, il les laisse faire.

III. Nous voyons ici que Jésus-Christ, étant sur le point de quitter ses disciples, leur recommanda sur toutes choses de s’aimer les uns les autres. Il leur dit que c’était là son grand commandement, qu’il allait leur donner l’exemple de cet amour en souffrant la mort pour eux et que la charité serait la marque à laquelle on les reconnaîtrait pour ses disciples. Notre principal devoir est donc de nous aimer cordialement et de vivre dans la paix et dans la concorde, à moins de quoi il ne nous appartient pas de porter le glorieux nom de chrétiens.

IV. Enfin, la prédiction que Jésus-Christ fit du reniement de Saint Pierre est une nouvelle preuve qui fait voir que rien n’est caché à notre Seigneur et qu’il connait mieux les hommes qu’ils ne se connaissent eux-mêmes. Saint Pierre ne se croyait pas capable de cette infidélité, il y tomba pourtant cette même nuit-là. Après un tel exemple, il n’y a personne qui ne doive être dans une continuelle défiance de soi-même et dans les sentiments d’une profonde humilité.

CHAPITRE XIV.

Ce chapitre et les deux suivants contiennent l’entretien que Jésus-Christ eut avec ses disciples le soir avant sa passion. Son but dans ces discours était de les consoler, d’affermir leur foi et de les remplir de courage et de zèle afin qu’ils ne fussent pas scandalisés de sa mort et que dans la suite ils fussent en état d’annoncer l’Évangile sans craindre la haine du monde. Dans le chapitre XIV Jésus-Christ parle aux apôtres de la gloire où il allait être élevé et où il les élèverait un jour. II. Il leur dit que ses miracles devaient les convaincre que Dieu l’avait envoyé et qu’ils feraient eux-mêmes des miracles aussi grands que les siens. III. Il les exhorte à garder ses commandements, il leur promet de leur envoyer le Saint-Esprit, il les assure qu’ils le reverraient bientôt et il leur parle du bonheur de ceux qui persévéreront dans son amour et qui garderont sa parole. IV. Enfin, il leur donne sa bénédiction et sa paix et il les exhorte à se réjouir de son départ. Ce discours étant achevé, il sortit de Jérusalem et il s’en alla avec les apôtres vers le mont des oliviers.

1 Que votre cœur ne se trouble point ; vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.

2 Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père ; si cela n’était pas, je vous l’aurais dit. Je m’en vais vous préparer le lieu.

3 Et quand je m’en serai allé, et que je vous aurai préparé le lieu, je reviendrai, et vous prendrai avec moi, afin qu’où je serai, vous y soyez aussi.

4 Et vous savez où je vais, et vous en savez le chemin.

5 Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où tu vas, et comment pourrions-nous en savoir le chemin ?

6 Jésus lui dit : Je suis le chemin, la vérité et la vie ; personne ne vient au Père que par moi.

7 Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père ; et dès à présent vous le connaissez, et vous l’avez vu.

8 Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit.

9 Jésus lui répondit : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m’as pas connu ! Philippe, celui qui m’a vu, a vu mon Père. Comment donc dis-tu : Montre-nous le Père ?

10 Ne crois-tu pas que je suis en mon Père, et que mon Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même, mais le Père qui demeure en moi, est celui qui fait les œuvres que je fais.

11 Croyez-moi que je suis en mon Père, et que mon Père est en moi ; sinon, croyez-moi à cause de ces œuvres.

12 En vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes que celles-ci, parce que je m’en vais à mon Père.

13 Et quoi que vous demandiez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié par le Fils.

14 Si vous demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.

15 Si vous m’aimez, gardez mes commandements.

16 Et je prierai mon Père, qui vous donnera un autre Consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous ;

17 savoir, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point ; mais vous le connaissez, parce qu'il demeure avec vous, et qu’il sera en vous.

18 Je ne vous laisserai point orphelins ; je viendrai à vous.

19 Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus, mais vous me verrez ; parce que je vis, vous vivrez aussi.

20 En ce jour-là vous connaîtrez que je suis en mon Père, et que vous êtes en moi, et que je suis en vous.

21 Celui qui a mes commandements, et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai, et je me ferai connaître à lui.

22 Jude, non pas l’Iscariot, lui dit : Seigneur, d’où vient que tu te feras connaître à nous, et non pas au monde ?

23 Jésus lui répondit : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui.

24 Celui qui ne m’aime pas ne garde point mes paroles ; et la parole que vous entendez n'est pas de moi, mais elle est du Père qui m’a envoyé.

25 Je vous ai dit ces choses, tandis que je suis avec vous.

26 Mais le Consolateur, qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous remettra en mémoire toutes celles que je vous ai dites.

27 Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne craignez point.

28 Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que j’ai dit : Je m’en vais à mon Père ; car mon Père est plus grand que moi.

29 Et je vous le dis maintenant, avant que la chose arrive, afin que, quand elle sera arrivée, vous croyiez.

30 Je ne vous parlerai plus guère, car le prince de ce monde vient ; mais il n’a rien en moi ;

31 Mais c’est afin que le monde connaisse que j’aime mon Père, et que je fais ce que mon Père m’a commandé. Levez-vous, partons d’ici.

REFLEXIONS

On voit en général dans ce chapitre et dans les suivants le grand amour que Jésus-Christ avait pour ses disciples et dont il est aussi animé envers tous ceux qui l’aiment et croient en lui.

Voici les devoirs à quoi ce discours de notre Sauveur nous engage. C’est :

I. De penser sans cesse à la gloire où il a été élevé dans le Ciel et où il a déclaré qu’il voulait nous recevoir, d’aspirer à cette gloire en suivant le chemin qui y conduit et de nous attacher inviolablement à lui, puisqu’il est lui-même le vrai chemin qui mène à la vie.

II. Le second devoir, qui est aussi l’abrégé de toute la religion, est d’aimer ardemment notre Seigneur et de montrer la sincérité de cet amour en gardant ses commandements.

III. La promesse que Jésus-Christ faisait d’envoyer son Esprit après son départ ne regardait pas les seuls apôtres à qui cet Esprit saint devait communiquer le don de faire des miracles, elle regarde aussi tous les fidèles dans le cœur desquels notre Seigneur envoie son Esprit de sainteté et de consolation. Ainsi, nous devons implorer l’assistance et la conduite de cet Esprit et afin que nous puissions l’obtenir, purifier nos cœurs de l’amour du monde, Jésus-Christ ayant déclaré que le monde ne peut connaître, ni recevoir l’Esprit de Dieu.

IV. Il faut considérer que, comme notre Seigneur promettait à ses disciples de revenir à eux après sa résurrection, il reviendra aussi au dernier jour, qu’alors ses élus seront remplis de consolation et de joie et qu’en attendant ce retour glorieux, notre grand soin doit être de persévérer dans son amour et dans l’obéissance à ses divins préceptes.

Jésus-Christ nous apprend sur la fin de ce chapitre qu’il se communique et qu’il s’unit d’une manière tout à fait intime et salutaire à tous ceux qui l’aiment et qui gardent sa parole, qu’il les comble de ses grâces et qu’il leur accorde sa bénédiction et sa paix.

La considération de tous ces précieux avantages doit nous enflammer d’amour pour ce rédempteur charitable et nous persuader que tout notre bonheur dépend de lui être fidèles, de l’aimer et de demeurer à jamais dans sa communion.

CHAPITRE XV

Notre Seigneur fait quatre choses dans ce chapitre. I. Il représente par la comparaison d’un cep et des sarments la communion qu’il y a entre lui et ses disciples. II. Il les exhorte à persévérer dans cette communion et dans son amour, à garder ses commandements et particulièrement à s’aimer les uns les autres. III. Il leur dit qu’il les avait choisis pour aller annoncer l’Évangile par toute la terre avec un merveilleux succès. IV. Il les avertit qu’ils seraient exposés à la persécution et à la haine du monde, mais pour les encourager, il leur représente qu’il avait lui-même éprouvé cette haine et il leur promet l’assistance de son Saint-Esprit qu’il voulait leur envoyer après son départ.

 1 Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron.

2 Il retranche tout sarment qui ne porte point de fruit en moi ; et il émonde tout celui qui porte du fruit, afin qu’il porte encore plus de fruit.

3 Vous êtes déjà nets, à cause de la parole que je vous ai annoncée.

4 Demeurez en moi, et moi je demeurerai en vous. Comme le sarment ne saurait de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, vous n’en pouvez porter aussi, si vous ne demeurez en moi.

5 Je suis le cep, et vous en êtes les sarments. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruit ; car hors de moi, vous ne pouvez rien faire.

6 Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment ; il sèche, puis on le ramasse et on le jette au feu, et il brûle.

7 Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et il vous sera accordé.

8 C’est en ceci que mon Père sera glorifié, si vous portez beaucoup de fruit, et alors vous serez mes disciples.

9 Comme mon Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés ; demeurez dans mon amour.

10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.

11 Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie demeure en vous, et que votre joie soit accomplie.

12 C’est ici mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés.

13 Personne n’a un plus grand amour que celui de donner sa vie pour ses amis.

14 Vous serez mes amis, si vous faites tout ce que je vous commande.

15 Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait ce que son maître fait ; mais je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai entendu de mon Père.

16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis, et qui vous ai établis, afin que vous alliez et que vous portiez du fruit, et que votre fruit soit permanent ; afin, aussi, que tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donne.

17 Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres.

18 Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous.

19 Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que je vous ai choisis dans le monde, c'est pour cela que le monde vous hait.

20 Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite, que le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s’ils ont observé ma parole, ils observeront aussi la vôtre.

21 Mais ils vous feront tout cela à cause de mon nom, parce qu’ils ne connaissent point celui qui m’a envoyé.

22 Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n’auraient point de péché ; mais maintenant ils n’ont point d’excuse de leur péché.

23 Celui qui me hait, hait aussi mon Père.

24 Si je n’eusse pas fait d’entre eux les œuvres qu’aucun autre n’a faites, ils n’auraient point de péché ; mais maintenant ils les ont vues, et ils ont haï et moi et mon Père.

25 Mais c’est ainsi que la parole qui est écrite dans leur loi a été accomplie : Ils m’ont haï sans cause.

26 Lorsque le Consolateur sera venu, lequel je vous enverrai de la part de mon Père, savoir, l’Esprit de vérité, qui procède de mon Père, c’est lui qui rendra témoignage de moi.

27 Et vous aussi, vous en rendrez témoignage, parce que vous êtes dès le commencement avec moi.

REFLEXIONS

Voici les réflexions qu’il y a à faire sur les quatre parties de ce chapitre :

I. La première qui contient la similitude du cep et des sarments tend à nous apprendre combien l’union que les fidèles ont avec Jésus-Christ est étroite et avantageuse. Elle marque que tout notre bonheur dépend de cette union, qu’il faut avoir part à l’esprit et à la vie de Jésus pour porter des fruits qui tendent à la gloire de Dieu et qui répondent à l’avantage que nous avons d’être ses disciples et que ceux qui ne lui sont pas unis par la foi et qui ne portent point de fruit seront retranchés et jetés au feu comme des sarments inutiles.

II. La seconde partie de ce chapitre nous enseigne que notre grand et principal devoir est de demeurer dans l’amour de Jésus-Christ, de garder ses commandements et surtout de nous aimer les uns les autres, nous proposant pour cet effet sans cesse l’exemple du grand amour qu’il nous a porté et qui l’a engagé à donner sa vie pour nous.

III. Ce que Jésus-Christ disait aux apôtres qu’il les avait choisis pour aller établir son règne dans tout le monde est une preuve bien claire de la divinité de l’Évangile, puisque la prédication des Apôtres a été suivie de la conversion de tant de peuples. Mais nous devons aussi considérer que Jésus-Christ nous a élus et appelés afin que nous portions les fruits de la sainteté et que nous travaillions chacun de nous de tout notre pouvoir à avancer sa connaissance et son règne.

  1. La dernière partie de ce chapitre nous apprend deux choses :
  • L’une que le monde hait souvent ceux qui aiment Jésus-Christ et qui vivent selon la piété, mais qu’il ne faut pas le trouver étrange puisque notre Seigneur a aussi été exposé à cette haine du
  • L’autre, qu’après que Jésus-Christ a parlé et que l’Évangile a été annoncé aux hommes, ceux qui demeurent dans l’incrédulité et dans la corruption n’ont aucune excuse puisqu’ils rejettent le témoignage du fils de Dieu, celui du Saint-Esprit et celui des apôtres et qu’ils ferment volontairement les yeux à la vérité.

CHAPITRE XVI

Jésus-Christ continue à avertir les apôtres qu’ils devaient se préparer à être persécutés et même à souffrir la mort. II. Pour les consoler de la tristesse que son départ leur causait, il leur promet le Saint-Esprit et il leur dit que cet Esprit Saint condamnerait le monde incrédule et les mettrait en état de connaître plus parfaitement les vérités qui leurs avaient été enseignées, et de les annoncer aux hommes. III. Il ajoute à cela qu’il allait les quitter pour un peu de temps, mais qu’il reviendrait bientôt à eux lorsqu’il serait ressuscité, qu’alors ils seraient comblés de joie, qu’il leur accorderait de nouvelles grâces et qu’il leur ferait obtenir les dons les plus précieux. Ce discours de Jésus consola les apôtres et servit à l’affermissement de leur foi.

1 Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne vous scandalisiez point.

2 Ils vous chasseront des synagogues ; même le temps vient que quiconque vous fera mourir croira rendre service à Dieu.

3 Et ils vous feront tout cela, parce qu’ils n’ont connu ni mon Père, ni moi.

4 Mais je vous ai dit ces choses, afin que quand ce temps sera venu, vous vous souveniez que je vous les ai dites ; toutefois, je ne vous ai pas dit ces choses dès le commencement, parce que j’étais avec vous.

5 Mais maintenant je m’en vais à celui qui m’a envoyé, et aucun de vous ne me demande : Où vas-tu ?

6 Mais, parce que je vous ai dit ces choses, la tristesse a rempli votre cœur.

7 Toutefois, je vous dis la vérité, il vous est avantageux que je m’en aille ; car si je ne m’en vais, le Consolateur ne viendra point à vous ; et si je m’en vais, je vous l’enverrai.

8 Et quand il sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement.

9 De péché, parce qu’ils n’ont pas cru en moi ;

10 de justice, parce que je m’en vais à mon Père, et que vous ne me verrez plus ;

11 de jugement, parce que le prince de ce monde est déjà jugé.

12 J’aurais encore plusieurs choses à vous dire ; mais elles sont encore au-dessus de votre portée.

13 Mais quand celui-là sera venu, savoir, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera point par soi-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et vous annoncera les choses à venir.

14 C’est lui qui me glorifiera, parce qu’il prendra de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.

15 Tout ce que mon Père a, est à moi ; c’est pourquoi je vous ai dit qu’il prendra de ce qui est à moi, et qu’il vous l’annoncera.

16 Dans peu de temps vous ne me verrez plus ; et un peu de temps après, vous me reverrez, parce que je m’en vais à mon Père.

17 Et quelques-uns de ses disciples se dirent les uns aux autres : Qu’est-ce qu’il nous veut dire : Dans peu de temps vous ne me verrez plus ; et : Un peu de temps après vous me reverrez ; et : Parce que je m’en vais à mon Père ?

18 Ils disaient donc : Qu’est-ce qu’il veut dire : Dans peu de temps ? Nous ne savons ce qu’il veut dire.

19 Jésus donc connaissant qu’ils voulaient l’interroger, leur dit : Vous vous demandez les uns aux autres ce que signifie ce que j’ai dit : Dans peu de temps vous ne me verrez plus, et un peu de temps après vous me reverrez.

20 En vérité, en vérité je vous dis, que vous pleurerez, et vous vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse sera changée en joie.

21 Quand une femme accouche, elle a des douleurs, parce que son terme est venu ; mais dès qu’elle est accouchée d’un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, dans la joie qu’elle a de ce qu’un homme est né dans le monde.

22 De même, vous êtes maintenant dans la tristesse ; mais je vous verrai de nouveau, et votre cœur se réjouira, et personne ne vous ravira votre joie.

23 Et en ce jour-là vous ne m’interrogerez plus de rien. En vérité, en vérité je vous dis, que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera.

24 Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie.

25 Je vous ai dit ces choses par des similitudes ; mais le temps vient que je ne vous parlerai plus par des similitudes, mais je vous parlerai ouvertement de mon Père.

26 En ce temps-là vous demanderez en mon nom, et je ne vous dis point que je prierai le Père pour vous.

27 Car mon Père lui-même vous aime, parce que vous m’avez aimé, et que vous avez cru que je suis venu de Dieu.

28 Je suis venu du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant je laisse de nouveau le monde, et m’en vais au Père.

29 Ses disciples lui dirent : C’est maintenant que tu parles ouvertement, et tu ne dis point de similitude.

30 Nous voyons présentement que tu sais toutes choses, et que tu n’as pas besoin que personne ne t’interroge ; c’est pour cela que nous croyons que tu es venu de Dieu.

31 Jésus leur répondit : Croyez-vous maintenant ?

32 Voici, l’heure vient, et elle est déjà venue, que vous serez dispersés chacun de son côté, et que vous me laisserez seul ; mais je ne suis pas seul, parce que mon Père est avec moi.

33 Je vous ai dit ces choses, afin que vous ayez la paix en moi ; vous aurez des afflictions dans le monde ; mais prenez courage, j’ai vaincu le monde.

REFLEXIONS

On doit considérer sur ce chapitre :

Premièrement, que comme les apôtres devaient être exposés à de grandes persécutions, les vrais fidèles doivent s’attendre à ressentir les effets de la haine de ceux qui ne connaissent et qui n’aiment pas Jésus-Christ.

II. Qu’il a été nécessaire pour notre bien que Jésus-Christ quittât le monde afin qu’il entrât dans sa gloire, qu’il envoyât le Saint-Esprit et qu’il établît son règne.

III. Ce que notre Seigneur disait : que le Saint-Esprit convaincrait le monde de péché, de justice et de jugement signifie que la venue du Saint-Esprit et la prédication des apôtres convaincrait les Juifs d’une incrédulité volontaire et les rendrait inexcusables, qu’elle montrerait que Jésus était le fils de Dieu et qu’elle détruirait le règne du diable. Tout cela arriva en effet après l’ascension de notre Seigneur et fit voir à toute la terre que sa doctrine venait de Dieu.

IV. Les excellentes promesses que Jésus-Christ faisait aux apôtres de les remplir abondamment des dons du Saint-Esprit et de ses lumières furent aussi accomplies dans ces temps-là et l’on en vit les effets par les fruits merveilleux de leur prédication.

V. Les apôtres ne comprirent pas ce que Jésus-Christ voulait marquer lorsqu’il leur disait que bientôt ils ne le verraient plus, mais que dans peu ils le reverraient, qu’il s’en irait à son Père et qu’alors ils seraient pleinement consolés. Mais ces paroles, de même que les précédentes, furent parfaitement éclaircies par sa résurrection, par son ascension et par les suites glorieuses qu’elle eut.

Ces promesses qui affermirent la foi des apôtres doivent aussi fortifier la nôtre et nous faire penser que quoique Jésus-Christ soit maintenant absent de nous, ce n’est pas pour toujours, que si nous persévérons dans son amour, il nous fera obtenir de Dieu les grâces les plus salutaires et que comme il revint à ses apôtres après sa résurrection, il reviendra aussi à nous lors de son second et dernier avènement pour nous introduire dans la gloire de son royaume.

CHAPITRE XVII

C’est ici la prière que Jésus-Christ adressa à Dieu son Père avant que de souffrir la mort et elle a trois parties : I. Jésus-Christ prie pour soi-même et il demande d’être reçu dans la gloire céleste afin que Dieu en fût glorifié. II. Il prie pour les apôtres qu’il allait quitter et il demande à son Père de les protéger et de les sanctifier afin qu’ils pussent persévérer dans la foi et prêcher l’Évangile par tout le monde sans crainte des persécutions. III. Il prie pour tous ceux qui croiraient en lui et qui recevraient la prédication des apôtres et il souhaite que tant les apôtres que tous les fidèles soient toujours unis avec lui et entre eux par la foi et par la charité et qu’ils soient un jour reçus dans la gloire où il était sur le point d’entrer pour être éternellement avec lui.

1 Jésus dit ces choses ; puis levant les yeux au ciel, il dit : Mon Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie ;

2 comme tu lui as donné puissance sur tous les hommes, afin qu’il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.

3 (Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent, toi qui es le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que tu as envoyé.)

4 Je t’ai glorifié sur la terre ; j’ai achevé l’ouvrage que tu m’avais donné à faire.

5 Et maintenant, glorifie-moi, toi mon Père, auprès de toi-même, de la gloire que j’ai eue vers toi, avant que le monde fût fait.

6 J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde ; ils étaient à toi, et tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole.

7 Ils ont connu maintenant que tout ce que tu m’as donné vient de toi.

8 Car je leur ai donné les paroles que tu m’as données, et ils les ont reçues ; et ils ont reconnu véritablement que je suis venu de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.

9 Je prie pour eux ; je ne prie point pour le monde, mais je prie pour ceux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi.

10 Et tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux.

11 Et maintenant je ne suis plus au monde, mais eux sont au monde, et je vais à toi. Père saint, gardes-en ton nom ceux que tu m’as donnés, afin qu’ils soient un, comme nous.

12 Pendant que j’ai été avec eux dans le monde, je les ai gardés en ton nom. J’ai gardé ceux que tu m’as donnés, et aucun d’eux ne s’est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l’Ecriture fût accomplie.

13 Et maintenant je vais à toi, et je dis ces choses, étant encore dans le monde, afin qu’ils aient ma joie accomplie en eux.

14 Je leur ai donné ta Parole, et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde.

15 Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal.

16 Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde.

17 Sanctifie-les par ta vérité ; ta Parole est la vérité.

18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde.

19 Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité.

20 Or, je ne prie pas seulement pour eux ; mais je prie aussi pour ceux qui croiront en moi par leur parole ;

21 Afin que tous ne soient qu’un, comme toi, ô mon Père ! tu es en moi, et que je suis en toi ; qu’eux aussi soient en nous, et que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé.

22 Je leur ai fait part de la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un, comme nous sommes un.

23 Je suis en eux, et tu es en moi ; afin qu’ils soient perfectionnés dans l’unité, et que le monde connaisse que c’est toi qui m’as envoyé, et que tu les aimes, comme tu m’as aimé.

24 Père, mon désir est que là où je suis, ceux que tu m’as donnés y soient aussi avec moi, afin qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée, parce que tu m’as aimé avant la création du monde.

25 Père juste, le monde ne t’a point connu ; mais moi, je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que c’est toi qui m’as envoyé.

26 Et je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que je sois moi-même en eux.

REFLEXIONS

Il y a deux considérations à faire sur la première partie de cette prière que le Sauveur du monde fit avant que d’être crucifié.

Il nous y apprend que la religion chrétienne consiste : à connaître le seul vrai Dieu et Jésus-Christ qu’il a envoyé

Et que c’est là le seul moyen d’obtenir la vie éternelle, par où nous voyons que la foi en Dieu et en Jésus-Christ est d’une absolue nécessité pour parvenir au salut.

On voit de plus ici le grand zèle de notre Seigneur pour la gloire de Dieu et la glorieuse récompense qu’il attendait après ses souffrances.

À l’exemple de notre Sauveur, nous devons être animés du même zèle et glorifier Dieu sur la terre autant que nous en sommes capables afin qu’il nous reçoive dans la gloire qu’il a préparée à ses élus avant la création du monde.

II. On découvre dans cette prière le grand amour que notre Seigneur portait à ses disciples et avec combien d’ardeur et de tendresse il les recommandait à la protection de Dieu son Père avant que de les quitter. L’événement fit voir que les prières de notre Seigneur furent exaucées, puisqu’à la réserve de Judas, dont Jésus-Christ avait prévu l’infidélité, les apôtres persévérèrent tous dans la vérité qu’ils avaient embrassée et qu’ils s’employèrent avec un zèle et un succès admirable à la conversion des hommes.

III. Ce que nous devons surtout remarquer ici et qui nous regarde principalement, c’est que notre Seigneur priait non seulement pour les apôtres, mais aussi pour tous ceux qui croiraient en lui et qui recevraient leur prédication. L’on voit en cela combien les vrais fidèles sont chers à Jésus-Christ, le soin qu’il prend d’eux et le désir qu’il a de les rendre participants de la gloire où il est présentement, ce qui doit remplir tous ceux qui aiment véritablement le Seigneur Jésus d’une ferme confiance et d’une joie indicible. Mais il faut bien remarquer que Jésus-Christ ne priait ainsi que pour les vrais fidèles et qu’il a déclaré qu’il ne priait point pour les gens du monde et pour les incrédules. Si donc nous voulons être du nombre de ceux pour lesquels Jésus-Christ a fait cette prière et pour qui il intercède dans le Ciel, il faut se séparer du monde et être unis à notre Seigneur par une vraie foi et avec nos prochains par une sincère charité et persévérer ainsi dans la communion de Dieu notre Père et de Jésus-Christ notre sauveur jusqu’à la fin de notre vie.

CHAPITRE XVIII

Jésus-Christ est pris dans le jardin. Il est ensuite conduit devant le conseil des Juifs, et, après cela, devant Pilate, qui refusa d’abord de le condamner. On voit enfin dans ce chapitre le reniement de Saint Pierre.

1 Après que Jésus eut dit ces choses, il s’en alla avec ses disciples au-delà du torrent de Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples.

2 Judas, qui le trahissait, connaissait aussi ce lieu-là, parce que Jésus s’y était souvent assemblé avec ses disciples.

3 Judas ayant donc pris une compagnie de soldats et des sergents, de la part des principaux sacrificateurs et des Pharisiens, vint là avec des lanternes, des flambeaux et des armes.

4 Et Jésus, qui savait tout ce qui lui devait arriver, s’avança et leur dit : Qui cherchez-vous ?

5 Ils lui répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus leur dit : C’est moi. Et Judas, qui le trahissait, était aussi avec eux.

6 Et dès qu’il leur eut dit : C’est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre.

7 Il leur demanda encore une fois : Qui cherchez-vous ? Et ils répondirent : Jésus de Nazareth.

8 Jésus répondit : Je vous ai dit que c’est moi ; si donc c’est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci.

9 C’était afin que cette parole qu’il avait dite fût accomplie : Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés.

10 Alors Simon Pierre ayant une épée, la tira et frappa un serviteur du souverain sacrificateur, et lui coupa l’oreille droite ; et ce serviteur s’appelait Malchus.

11 Mais Jésus dit à Pierre : Remets ton épée dans le fourreau : ne boirai-je pas la coupe que le Père m’a donnée à boire ?

12 Alors les soldats, le capitaine et les sergents des Juifs prirent Jésus et le lièrent.

13 Et ils l’emmenèrent premièrement à Anne, parce qu’il était beau-père de Caïphe, qui était le souverain sacrificateur cette année-là.

14 Et Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs, qu’il était à propos qu’un seul homme mourût pour le peuple.

15 Or, Simon Pierre, avec un autre disciple, avait suivi Jésus ; et ce disciple était connu du souverain sacrificateur ; et il entra avec Jésus dans la cour de la maison du souverain sacrificateur.

16 Mais Pierre était demeuré hors de la porte. Et cet autre disciple, qui était connu du souverain sacrificateur, sortit et parla à la portière, qui fit entrer Pierre.

17 Et cette servante, qui était la portière, dit à Pierre : N’es-tu pas aussi des disciples de cet homme ? Il dit : Je n’en suis point.

18 Et les serviteurs et les sergents étaient là, et ayant fait du feu, parce qu’il faisait froid, ils se chauffaient. Pierre était aussi avec eux, et se chauffait.

19 Et le souverain sacrificateur interrogea Jésus touchant ses disciples, et touchant sa doctrine.

20 Jésus lui répondit : J’ai parlé ouvertement à tout le monde, j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où les Juifs s’assemblent de toutes parts, et je n’ai rien dit en cachette.

21 Pourquoi m’interroges-tu ? Interroge ceux qui ont entendu ce que je leur ai dit ; ces gens-là savent ce que j’ai dit.

22 Lorsqu’il eut dit cela, un des sergents qui était présent donna un soufflet à Jésus, en lui disant : Est-ce ainsi que tu réponds au souverain sacrificateur ?

23 Jésus lui répondit : Si j’ai mal parlé, fais voir ce que j’ai dit de mal ; et si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?

24 Or, Anne l’avait envoyé lié à Caïphe, le souverain sacrificateur.

25 Et Simon Pierre était là, et se chauffait ; et ils lui dirent : N’es-tu pas aussi de ses disciples ? Il le nia et dit : Je n’en suis point.

26 Et l’un des serviteurs du souverain sacrificateur, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, lui dit : Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui ?

27 Pierre le nia encore une fois ; et aussitôt le coq chanta.

28 Ils menèrent ensuite Jésus de Caïphe au prétoire ; c’était le matin ; et ils n’entrèrent point dans le prétoire, de peur de se souiller, et afin de pouvoir manger la Pâque.

29 Pilate donc sortit vers eux, et leur dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme ?

30 Ils lui répondirent : Si cet homme n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré.

31 Sur quoi Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes, et le jugez selon votre loi. Les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis de faire mourir personne.

32 Et ce fut ainsi que s’accomplit ce que Jésus avait dit, en marquant de quelle mort il devait mourir.

33 Pilate rentra dans le prétoire, et ayant fait venir Jésus, il lui dit : Es-tu le roi des Juifs ?

34 Jésus lui répondit : Dis-tu ceci de ton propre mouvement, ou si d’autres te l’ont dit de moi ?

35 Pilate répondit : Suis-je Juif ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ?

36 Jésus répondit : Mon règne n’est pas de ce monde ; si mon règne était de ce monde, mes gens combattraient, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon règne n’est point d’ici-bas.

37 Alors Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis ; je suis roi, je suis né pour cela, et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est pour la vérité écoute ma voix.

38 Pilate lui dit : Qu’est-ce que cette vérité ? Et quand il eut dit cela, il sortit encore pour aller vers les Juifs, et leur dit : Je ne trouve aucun crime en lui.

39 Mais vous avez une coutume, que je vous relâche un prisonnier à la fête de Pâque ; voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ?

40 Alors tous crièrent de nouveau : Non, pas celui-ci ; mais Barabbas. Or, Barabbas était un brigand.

REFLEXIONS

Il y a quatre choses principales à considérer dans ce chapitre.

I. La première que Jésus-Christ renversa par terre d’une seule parole qu’il prononça ceux qui venaient pour le prendre. St. Jean remarque que notre Seigneur donna cette preuve de sa puissance pour mettre en sûreté ses apôtres qui étaient avec lui et pour obliger ceux qui venaient le saisir à les laisser aller sans leur faire aucun mal. Il fit aussi voir par là qu’il aurait pu, s’il l’eût voulu, éviter la mort.

II. La deuxième réflexion regarde la conduite de St. Pierre qui mit l’épée à la main pour défendre son Maître et qui peu après le renia. Voilà qui marque que cet apôtre avait du zèle, mais que ce zèle n’était, ni assez éclairé, ni assez affermi. D’où il faut tirer ces deux instructions.

L’une que si notre Seigneur blâma ce que Saint Pierre fit dans cette occasion qui paraissait si légitime, s’agissant de s’opposer à ceux qui voulaient ôter injustement la vie à son Maître. Toutes les actions de violence et de vengeance sont défendues, qu’il n’y a rien qui puisse les autoriser et que la patience et la douceur sont le caractère des disciples de Jésus-Christ.

L’autre instruction est que ceux qui ont du zèle et de bonnes intentions sont capables de faire de très grandes chutes lorsqu’ils présument d’eux-mêmes et qu’ils n’ont pas recours à la vigilance et à la prière pour se garantir des tentations. C’est ce qu’il faut aussi observer sur le reniement de St. Pierre.

III. Dans la manière dont on procéda contre notre Seigneur lorsqu’il parut devant le conseil des Juifs, on voit bien clairement que Jésus-Christ était innocent et que les Juifs ne cherchaient que des prétextes pour le condamner. Mais on y remarque aussi que notre Seigneur voulut bien se soumettre à leur jugement, quoiqu’injuste, qu’il souffrit tous les outrages qu’on lui fit et qu’il marqua dans cette occasion une patience et une douceur admirables. C’est là un grand exemple de patience et de résignation pour tous les chrétiens.

IV. Il faut remarquer enfin que lorsque Jésus-Christ fut présenté à Pilate, ce gouverneur ne voulut pas d’abord le condamner et qu’ayant demandé à notre Seigneur s’il était le roi des Juifs, Jésus répondit qu’il était roi, mais que son règne n’était point de ce monde. Ces circonstances servent à faire voir l’innocence de Jésus-Christ. Outre cela, cet aveu qu’il fit en présence de Pilate nous apprend qu’il faut toujours faire une franche confession de la vérité, quand même nous devrions attirer par-là la haine du monde, imitant en cela le Seigneur Jésus-Christ, lequel comme St. Paul le remarque : fit cette belle confession devant Ponce Pilate et dit : qu’il était venu au monde pour rendre témoignage à la vérité quoique cet aveu dût être la cause de sa condamnation et de sa mort.


CHAPITRE XIX VERSETS 1 A 16

Pilate condamne Jésus-Christ à être fouetté et il le fait traiter avec indignité et avec mépris par les soldats, croyant apaiser par-là les sacrificateurs et les principaux des Juifs. Il leur déclare qu’il le trouvait innocent et il tâche de lui sauver la vie, mais les Juifs continuant à demander sa mort, il consent enfin qu’il soit crucifié. 

1 Alors Pilate fit prendre Jésus, et le fit fouetter.

2 Et les soldats plièrent une couronne d’épines, et la lui mirent sur la tête, et le vêtirent d’un manteau de pourpre.

3 Et ils lui disaient : Roi des Juifs, nous te saluons ; et ils lui donnaient des soufflets.

4 Pilate sortit encore une fois et leur dit : Le voici, je vous l’amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve aucun crime en lui.

5 Jésus donc sortit, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre ; et Pilate leur dit : Voici l’homme.

6 Mais quand les principaux sacrificateurs et les sergents le virent, ils s’écrièrent : Crucifie-le, crucifie-le ! Pilate leur dit : Prenez-le vous-mêmes et le crucifiez ; car je ne trouve aucun crime en lui.

7 Les Juifs lui répondirent : Nous avons une loi, et selon notre loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu.

8 Quand Pilate eut entendu ces paroles, il eut encore plus de crainte.

9 Il rentra donc dans le prétoire, et il dit à Jésus : D’où es-tu ? Et Jésus ne lui fit aucune réponse.

10 Alors Pilate lui dit : Tu ne me dis rien ? Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te faire crucifier, et le pouvoir de te délivrer ?

11 Jésus lui répondit : Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, s’il ne t’avait été donné d’en haut ; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi est coupable d’un plus grand péché.

12 Depuis ce moment Pilate cherchait à le délivrer ; mais les Juifs criaient : Si tu délivres cet homme, tu n’es pas ami de César ; car quiconque se fait roi se déclare contre César.

13 Quand donc Pilate eut entendu cette parole, il mena Jésus dehors, et s’assit dans son tribunal au lieu appelé le Pavé, et en hébreu Gabbatha.

14 Or, c’était alors la préparation de Pâque, et environ la sixième heure ; et Pilate dit aux Juifs : Voilà votre roi.

15 Mais ils criaient : Ôte-le, ôte-le, crucifie-le ! Pilate leur dit : Crucifierai-je votre roi ? Les principaux sacrificateurs répondirent : Nous n’avons point d’autre roi que César.

16 Alors il le leur livra pour être crucifié. Ils prirent donc Jésus et l’emmenèrent. 

REFLEXIONS

Dans l’histoire de la condamnation de Jésus-Christ, nous devons considérer la conduite de Pilate, celle des Juifs et celle de notre Seigneur.

On voit dans la conduite de Pilate, le caractère d’un juge inique. Quoi qu’il crût Jésus innocent, il le fit fouetter et traiter avec indignité. Il pensait contenter par-là, les Juifs et à les engager à consentir que Jésus ne fût pas crucifié. Mais les Juifs voyant la mollesse de Pilate et les égards qu’il avait pour eux le pressèrent davantage et ce fut ainsi que ce gouverneur, après avoir déjà commis une injustice en condamnant Jésus au fouet, s’engagea à en commettre une autre encore plus criante en le condamnant à mort.

Les égards que l’on a pour les méchants les rendent plus entreprenant et plus hardis, quand on a une fois commencé à faire le mal, on va toujours plus loin, un péché conduit à un autre péché encore plus grand et l’on en vient enfin aux derniers degrés du crime. Tout cela nous montre combien il y a de danger d’agir contre les lumières et la conviction de sa conscience, d’avoir des complaisances dans des choses mauvaises et de chercher des ménagements et des accommodements lorsqu’il s’agit de faire son devoir et de s’opposer au mal.

II. La conduite des Juifs qui ne purent être apaisés, ni par les remontrances de Pilate, ni par ce que Jésus avait souffert et qui continuèrent à demander qu’il fût crucifié, prouve leur fureur et leur injustice et fait voir que quand les hommes se laissent aller à leur passion et qu’ils ont pris un parti, quelque méchant qu’il soit, ils n’écoutent plus rien et qu’ils s’y affermissent de plus en plus jusqu’à ce qu’ils soient venus à bout de leurs desseins.

III. Enfin, la grande patience, la modération et la douceur avec laquelle notre Seigneur se soumit à tout ce que Pilate et les Juifs firent d’injuste et de cruel contre lui doivent faire bien de l’impression sur nous. C’est là une preuve de son grand amour et un exemple qui a beaucoup de force pour nous rendre patients, doux, modérés et soumis à la volonté de Dieu dans tous les maux qui pourraient nous arriver et même lorsque souffririons par un effet de la malice et de l’injustice des hommes.

CHAPITRE XIX VERSETS 17 A 42

Saint Jean fait ici le récit du crucifiement, de la mort et de la sépulture de notre Seigneur. 

17 Et Jésus, portant sa croix, vint au lieu appelé le Calvaire, qui se nomme en hébreu Golgotha ;

18 où ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, l’un d’un côté, et l’autre de l’autre, et Jésus au milieu.

19 Pilate fit aussi faire un écriteau et le fit mettre au-dessus de la croix ; et on y avait écrit : JÉSUS DE NAZARETH, ROI DES JUIFS.

20 Plusieurs donc des Juifs lurent cet écriteau, parce que le lieu où Jésus était crucifié était près de la ville ; et il était écrit en hébreu, en grec et en latin.

21 Et les principaux sacrificateurs des Juifs dirent à Pilate : N’écris pas : Le roi des Juifs ; mais qu’il a dit : Je suis le roi des Juifs.

22 Pilate répondit : Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit.

23 Après que les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits, et ils en firent quatre parts, une part pour chaque soldat ; ils prirent aussi la robe ; mais la robe était sans couture, d’un seul tissu, depuis le haut jusqu’au bas.

24 Ils dirent donc entre eux : Ne la mettons pas en pièces, mais tirons au sort à qui l’aura ; de sorte que cette parole de l’Écriture fut accomplie : Ils ont partagé mes vêtements entre eux, et ils ont jeté le sort sur ma robe. C’est ce que firent les soldats.

25 Or, la mère de Jésus, et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléopas, et Marie-Magdelaine, se tenaient près de sa croix.

26 Jésus donc voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils.

27 Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et dès cette heure-là ce disciple la prit chez lui.

28 Après cela Jésus, voyant que tout était accompli, dit, afin que l’Écriture fût accomplie : J’ai soif.

29 Et il y avait là un vaisseau plein de vinaigre. Ils emplirent donc de vinaigre une éponge, et ils mirent de l’hysope autour, et la lui présentèrent à la bouche.

30 Et quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et baissant la tête, il rendit l’esprit.

31 Or, les Juifs, de peur que les corps ne demeurassent sur la croix le jour du sabbat, (car c’en était la préparation, et ce sabbat était un jour fort solennel) prièrent Pilate de leur faire rompre les jambes, et qu’on les ôtât.

32 Les soldats vinrent donc, et rompirent les jambes au premier, et ensuite à l’autre qui était crucifié avec lui.

33 Mais lorsqu’ils vinrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui rompirent point les jambes.

34 Mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau.

35 Et celui qui l’a vu en a rendu témoignage, (et son témoignage est véritable, et il sait qu’il dit vrai) afin que vous le croyiez.

36 Or, cela arriva ainsi, afin que cette parole de l’Écriture fût accomplie : Aucun de ses os ne sera rompu.

37 Et ailleurs l’Écriture dit encore : Ils verront celui qu’ils ont percé.

38 Après cela, Joseph d’Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret, parce qu’il craignait les Juifs, pria Pilate qu’il pût ôter le corps de Jésus ; et Pilate le lui permit. Il vint donc et emporta le corps de Jésus.

39 Nicodème, qui au commencement était venu de nuit vers Jésus, y vint aussi, apportant environ cent livres d’une composition de myrrhe et d’aloès.

40 Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de linges, avec des drogues aromatiques, comme les Juifs ont accoutumé d’ensevelir.

41 Or, il y avait un jardin au lieu où il avait été crucifié ; et dans ce jardin un sépulcre neuf, où personne n’avait été mis.

42 Ils mirent donc là Jésus, à cause que c’était le jour de la préparation du sabbat des Juifs, parce que le sépulcre était proche.

REFLEXIONS

L’histoire de la passion et de la mort de notre Sauveur doit être considérée et méditée dans ces trois vues principales :

I. Comme un sacrifice qu’il a offert à Dieu pour expier nos péchés, et pour nous acquérir le droit à la vie éternelle,

II. Comme un engagement à aimer ce Rédempteur charitable qui nous a tant aimé et à renoncer au péché qu’il s’est proposé de détruire par sa mort,

III. Comme un exemple de patience et d’humiliation que nous devons nous proposer sans cesse pour modèle.

Outre ces considérations générales, il faut faire ces quatre réflexions particulières sur les circonstances de cette histoire :

I. Que l’écriteau qui fut mis sur la croix de Jésus-Christ en trois langues faisait connaître à tout le monde la cause de sa condamnation et par ce moyen son innocence,

II. Que les diverses circonstances de sa passion et de sa mort, comme le partage de ses habits, sa soif, ses os qui ne furent point brisés, son côté percé, avaient été marquées dans les oracles du Vieux Testaments. Ainsi les Juifs devaient reconnaître par tout ce qui se passait alors que Jésus était le Messie promis par les prophètes et c’est de quoi nous devons être pleinement convaincus par cette admirable conformité qu’il y a entre les prédictions du Vieux Testament et ce qui est arrivé à notre Seigneur.

III. Ce que Jésus-Christ dit de dessus la croix pour recommander la Sainte vierge à St. Jean marque la tendresse et les soins de notre Seigneur envers sa bienheureuse mère et en même temps son amour pour cet apôtre. On doit remarquer dans le récit de la sépulture de Jésus-Christ le courage et la hardiesse de Joseph, qui dans le temps que Jésus vient d’être condamné et de mourir, se déclare hautement pour lui, de même que Nicodème qui avait autrefois été timide. Les circonstances de cette sépulture servent aussi à prouver la vérité de sa mort et de sa résurrection.

IV. Enfin, la pensée que Jésus-Christ a été enseveli doit nous apprendre à ne craindre, ni la sépulture, ni la mort puisque nous savons que si nous mourons comme lui, nous ressusciterons aussi comme il ressuscita le troisième jour après sa mort.

CHAPITRE XX

Jésus étant ressuscité se montre premièrement à Marie Magdeleine. Ensuite aux apôtres en l’absence de Thomas. Et après cela à Thomas lui-même. 

1 Le premier jour de la semaine, Marie-Magdelaine vint le matin au sépulcre comme il faisait encore obscur ; et elle vit que la pierre était ôtée de l’entrée du sépulcre.

2 Elle courut donc trouver Simon Pierre, et l’autre disciple que Jésus aimait ; et elle leur dit : On a enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où on l’a mis.

3 Alors Pierre sortit avec l’autre disciple, et ils allèrent au sépulcre.

4 Et ils couraient tous deux ensemble ; mais cet autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre.

5 Et s’étant baissé, il vit les linges qui étaient à terre ; mais il n’y entra point.

6 Mais Simon Pierre, qui le suivait, étant arrivé, entra dans le sépulcre, et vit les linges qui étaient à terre.

7 Et le linge qu’on lui avait mis sur la tête n’était pas avec les autres linges ; mais il était plié en un lieu à part.

8 Alors cet autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, y entra, et il vit, et il crut.

9 Car ils n’avaient pas encore bien entendu ce que l’Écriture dit, qu’il fallait que Jésus ressuscitât des morts.

10 Après cela, les disciples retournèrent chez eux.

11 Mais Marie se tenait dehors, près du sépulcre, en pleurant ; et comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre.

12 Et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, au lieu où le corps de Jésus avait été couché.

13 Et ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur dit : Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis.

14 Et ayant dit cela, elle se retourna, et vit Jésus qui était là ; mais elle ne savait point que ce fût Jésus.

15 Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, croyant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si tu l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je l’irai prendre.

16 Jésus lui dit : Marie ! Et elle, s’étant retournée, lui dit : Rabboni ! c’est-à-dire, mon Maître !

17 Jésus lui dit : Ne me touche point, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va vers mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu.

18 Marie-Magdelaine vint annoncer aux disciples qu’elle avait vu le Seigneur, et qu’il lui avait dit cela.

19 Le soir de ce même jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où les disciples étaient assemblés étant fermées, parce qu’ils craignaient les Juifs, Jésus vint, et il fut là au milieu d’eux, et leur dit : La paix soit avec vous !

20 Et quand il leur eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples donc voyant le Seigneur, eurent une grande joie.

21 Il leur dit encore : La paix soit avec vous ! Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie aussi de même.

22 Et quand il eut dit cela, il souffla sur eux et leur dit : Recevez le Saint-Esprit.

23 Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.

24 Or, Thomas, l’un des douze, appelé Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus y était venu.

25 Les autres disciples lui dirent donc : Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit : Si je ne vois la marque des clous dans ses mains, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point.

26 Huit jours après, comme ses disciples étaient encore dans la maison, et que Thomas était avec eux, Jésus vint, les portes étant fermées, et il fut là au milieu d’eux et leur dit : La paix soit avec vous !

27 Puis il dit à Thomas : Mets ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et la mets dans mon côté, et ne sois plus incrédule, mais crois.

28 Thomas répondit et lui dit : Mon Seigneur, et mon Dieu !

29 Jésus lui dit : Parce que tu m’as vu, Thomas, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru !

30 Jésus fit encore en présence de ses disciples plusieurs autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre.

31 Mais ces choses ont été écrites, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom.

REFLEXIONS

Nous apprenons dans ce chapitre que Jésus-Christ, étant ressuscité, se fit voir premièrement à Marie Magdelaine et après à tous les apôtres. Marie Magdelaine fut d’abord informée de la résurrection de notre Seigneur par l’apparition des anges et elle eut la première la consolation de le voir ressuscité. Ce fut là une récompense de sa piété et de son attachement à Jésus-Christ et c’est ainsi que Dieu a accoutumé de se communiquer à ceux qui l’aiment et qui le cherchent sincèrement.

I. Il parait par le récit de St. Jean que les apôtres ne crurent pas d’abord la résurrection de notre Seigneur et qu’ils n’en furent pleinement persuadés qu’après qu’il leur eut donné des preuves certaines et réitérées. C’est ce que l’on voit surtout par l’exemple de Thomas qui ne voulut pas croire que Jésus fut ressuscité à moins qu’il ne le vît et qu’il ne touchât ses mains et son côté, mais qui fut ensuite convaincu de cette vérité qu’il avait d’abord refusé de croire et qui reconnu Jésus-Christ comme son Seigneur et comme son Dieu. Toutes ces différentes apparitions de notre Seigneur servent à prouver la vérité de sa résurrection et à confirmer la sincérité du témoignage que les apôtres ont rendu sur ce sujet.

Jésus-Christ étant ainsi ressuscité, nous ne pouvons pas douter qu’il ne soit le Fils de Dieu et qu’il n’ait parfaitement expié nos péchés par sa mort. Nous avons surtout dans cette résurrection une image et un gage certain de la nôtre, ce qui doit fortifier puissamment notre foi et nous remplir d’espérance et de joie. Il faut aussi que la foi en Jésus-Christ ressuscité nous purifie et nous sanctifie et qu’à l’imitation de Marie et des apôtres qui eurent une si grande joie de le revoir et qui marquèrent tant de zèle et tant d’amour pour lui, nous l’adorions comme notre Seigneur et notre Dieu, en sorte que, marquant par notre obéissance la sincérité de notre foi, nous parvenions par ce moyen au bonheur qu’il promet à tous ceux qui auront véritablement cru en lui.

CHAPITRE XXI.

Jésus se manifeste aux apôtres près de la mer de Tibériade et il leur donne des preuves de sa résurrection. Il confirme St. Pierre dans l’apostolat et il lui prédit ce qui devait lui arriver et à St. Jean et c’est par là que finit l’Évangile.

1 Après cela Jésus se fit encore voir aux disciples près de la mer de Tibériade, et il se fit voir de cette manière :

2 Simon Pierre, et Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, qui était de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples étaient ensemble.

3 Simon Pierre leur dit : Je m’en vais pêcher. Ils lui dirent : Nous y allons aussi avec toi. Ils y allèrent donc aussitôt ; et ils entrèrent dans une barque ; mais ils ne prirent rien cette nuit-là.

4 Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage ; mais les disciples ne savaient pas que c’était Jésus.

5 Jésus leur dit : Enfants, n’avez-vous rien à manger ? Ils lui répondirent : Non.

6 Et il leur dit : Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous en trouverez. Ils le jetèrent donc ; mais ils ne pouvaient plus le tirer, à cause de la grande quantité de poissons.

7 Alors le disciple que Jésus aimait, dit à Pierre : C’est le Seigneur. Et quand Simon Pierre eut entendu que c’était le Seigneur, il se ceignit de sa robe de dessus, car il était nu, et il se jeta dans la mer.

8 Mais les autres disciples vinrent avec la barque, tirant le filet plein de poissons, car ils n’étaient éloignés de terre que d’environ deux cents coudées.

9 Quand ils furent descendus à terre, ils virent de la braise qui était là, et du poisson mis dessus, et du pain.

10 Jésus leur dit : Apportez de ces poissons que vous venez de prendre.

11 Simon Pierre remonta dans la barque, et tira le filet à terre, plein de cent cinquante-trois grands poissons, et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se rompit point.

12 Jésus leur dit : Venez et dînez. Et aucun des disciples n’osait lui demander : Qui es-tu ? sachant que c’était le Seigneur.

13 Jésus donc s’approcha, et prenant du pain, il leur en donna, et du poisson aussi.

14 Ce fut déjà la troisième fois que Jésus se fit voir à ses disciples, après être ressuscité.

15 Après qu’ils eurent dîné, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jona, m’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Il lui dit : Pais mes agneaux.

16 Il lui demanda encore une seconde fois : Simon, fils de Jona, m’aimes-tu ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Il lui dit : Pais mes brebis.

17 Il lui demanda pour la troisième fois : Simon, fils de Jona, m’aimes-tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes-tu ? Et il lui dit : Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis.

18 En vérité, en vérité, je te le dis, lorsque tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais lorsque tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudrais pas.

19 Jésus dit cela pour marquer de quelle mort Pierre devait glorifier Dieu. Et après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi.

20 Et Pierre s’étant tourné, vit venir après lui le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, était penché sur le sein de Jésus, et lui avait dit : Seigneur, qui est celui qui te trahira ?

21 Pierre donc l’ayant vu, dit à Jésus : Seigneur, et celui-ci, que lui arrivera-t-il ?

22 Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi.

23 Ce qui fit courir le bruit parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Cependant Jésus n’avait pas dit : Il ne mourra point ; mais il avait seulement dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?

24 C’est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et qui les a écrites ; et nous savons que son témoignage est véritable.

25 Il y a aussi beaucoup d’autres choses que Jésus a faites, et si elles étaient écrites en détail, je ne pense pas que le monde pût contenir les livres qu’on en écrirait. Amen. 

REFLEXIONS

On voit premièrement dans ce chapitre que notre Seigneur voulut assurer les apôtres de sa résurrection, non seulement en se montrant à eux et en mangeant en leur présence, mais en leur faisant voir des marques de sa puissance divine. Cela doit nous persuader de plus en plus de cette grande vérité de laquelle toute notre consolation dépend.

II. Jésus-Christ, avant que de confirmer Saint Pierre dans la charge d’apôtre, lui demanda par trois fois s’il l’aimait. Il exigea de lui ces trois déclarations afin que cet apôtre sentît d’autant mieux le péché qu’il avait commis en le reniant par trois fois, qu’il réparât le scandale qu’il avait donné par sa chute.

Cette conduite de notre Seigneur montre qu’il ne nous reçoit en grâce que lorsque nous confessons nos péchés, que nous les réparons et que nous rentrons dans notre devoir. Mais ce qu’il demande de nous sur toutes choses, c’est que nous l’aimions de tout notre cœur et l’on ne mérite pas d’être appelé son disciple si l’on ne peut lui dire comme Saint Pierre : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime.

III. Après que cet apôtre eut fait cette déclaration, Jésus-Christ le confirma dans l’apostolat. Il lui dit de paître ses brebis et il lui prédit même qu’il souffrirait le martyre, ce qui marquait que la fidélité de Saint Pierre serait désormais à tout épreuve.

Dieu pardonne toujours à ceux qui se repentent véritablement, il leur accorde même de nouvelles grâces, mais le devoir de ceux à qui il a ainsi pardonné c’est de lui marquer leur fidélité pendant toute leur vie par un zèle et par un attachement inviolable.

Enfin, le Seigneur prédit que St. Jean demeurerait jusqu’au temps de sa venue, cela signifiait que cet apôtre vivrait jusqu’à ce qu’il eût vu la destruction de Jérusalem et la ruine des Juifs.

Ce fut là un privilège que Jésus-Christ voulut accorder à ce disciple qu’il aimait. Cette promesse fut accomplie, St. Jean parvint à une vieillesse fort avancée, il vécut longtemps après tous les autres apôtres et environ trente ans après la ruine de Jérusalem et il vit avant sa mort l’accomplissement de tout ce qu’il avait entendu dire à notre Seigneur touchant cette ruine et l’établissement de son règne.